6/8 ans

Ils peuvent en faire plus
que vous ne le croyez

Marre d’écoper de tout le boulot à la maison ? Ras-le-bol de vous époumoner pour la moindre demande ? Il est temps de passer aux choses sérieuses : impliquer vos enfants dans des routines et tâches ménagères.

Ils peuvent en faire plus que vous ne le croyez

Il est 20h30, les enfants sont couchés. Vous regagnez le salon dans l’espoir de vous poser. Mais c’est sans compter sur la capacité de vos monstres à mettre le souk partout où ils passent. Kapla, livres, déguisements et Lego jonchent le sol de votre living.

Côté cuisine, ce n’est pas mieux. Les casseroles sont entassées dans l’évier, les restes du pique-nique squattent le plan de travail et une partie du souper a atterri sur le sol. Dans l’espoir de vous voir avancer, vous vous dirigez vers la buanderie pour démarrer une machine, mais les chaussures et vestes des enfants étalées au sol entravent votre route.

C’en est trop. Vous refusez de consacrer la paire d’heures qu’il vous reste à ranger. Le constat est clair : il faut revoir l’organisation des tâches ménagères pour mieux les et la répartir entre les membres du foyer, et notamment avec votre marmaille.

Oui, mais comment ? Nous avons cherché l’inspiration auprès de quelques parents et de Malorie Flahaux, « familitatrice » chez Happy Family Factory. Et pour mieux vous imprégner de leurs conseils, nous les avons déclinés sous la forme de dix commandements, car, ici aussi, il est question de se libérer d’une certaine forme d’esclavage. C’est parti !

► Au clair avec toi et ta moitié, tu seras

La toute première condition, c’est d’assumer de mettre vos enfants à contribution et que votre moitié soit sur la même longueur d’onde. Vous culpabilisez à l’idée de solliciter vos petit·e·s ? Pensez au mode d’organisation des écoles, crèches et mouvements de jeunesse. Pour que le groupe fonctionne, chacun fait sa part.
Élodie et Laurent ont l’impression de passer leur vie à courir lorsqu’ils décident de faire appel aux services de Malorie. « On était dans un mode où on faisait tout. On se disait : mettre la table, ça ne prend que trois minutes, on peut le faire. Même chose pour débarrasser, charger le lave-vaisselle... Malorie est venue à la maison pour passer en revue nos habitudes et voir ce que l’on pouvait déléguer aux enfants âgés de 6 et 8 ans. À la cuisine, par exemple, nous avons revu l’organisation pour que tout ce qui concerne le petit déjeuner soit à leur portée et qu’ils puissent mettre la table le matin. Ce qui a changé surtout, c’est notre état d’esprit sur la possibilité de fonctionner autrement et de leur déléguer des choses ».

► Sans culpabilité tu le feras

Certains parents ont du mal à impliquer leurs enfants pour des raisons multiples : scrupule à les détourner de leurs jeux, crainte d’entrer en conflit, réserve quant aux résultats obtenus, etc. Si le partage des tâches est bon pour vous, il l’est tout autant pour votre enfant. Cela lui permet de renforcer certaines compétences, de gagner en autonomie, de travailler en équipe, mais aussi d’augmenter sa confiance en lui.
Malorie Flahaux ajoute : « Le partage des tâches signale aux enfants qu’au sein d’une famille, il est normal que chacun participe. Cela permet aux parents de retrouver du temps et de l’énergie à investir dans du temps de qualité, notamment avec les enfants ».  

► Efficacement tu délégueras

Marie, maman de trois enfants de 3 ans et demi, 7 et 15 ans, a convoqué une réunion au sommet pour décider avec sa troupe des choses à mettre en place. « Après être passée par des phases d’épuisement parental, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de raison que je m’évertue à tout faire pour tout le monde. Je les ai interrogés sur ce qu’ils se voyaient faire et on a établi un tableau des tâches. La petite dresse la table, la grande débarrasse et charge le lave-vaisselle et mon fils passe l’aspirateur après le repas ».
Pour déléguer de manière efficace, il faut un cadre, explique Malorie Flahaux. « C’est-à-dire définir clairement qui fait quoi, pour quand et avec quel résultat. Cela suppose de prendre le temps d’expliquer comment faire la tâche, de la montrer, de regarder faire l’enfant et de corriger au besoin ».
Autre point important : formuler des consignes claires. Si vous lancez un « Allez, maintenant, tout le monde range », il y a de fortes chances pour que personne ne s’y mette, car les enfants ne sauront pas par où commencer. Entre 3 et 6 ans, morcelez en étapes. On commence par ranger les voitures dans le bac jaune, on empile les livres et ainsi de suite.

Du sens tu donneras

Pour que le cadre soit pleinement efficace, il faut encore un dernier élément : le pourquoi. Donner du sens facilite l’adhésion de l’enfant. Ce sens peut se raccrocher aux valeurs de respect et d’entraide, chères à la famille. Cela peut aussi être lié au bénéfice engendré. Puisque chacun fait sa part au moment des repas, il y a du temps libre pour jouer ensemble après avoir mangé.

► Des tâches adaptées à l’âge tu fixeras

Dès l’âge de 2 ans, l’enfant peut déjà participer. « Ranger, c’est aussi développer les capacités psychomotrices des petits. La plupart des tâches Montessori sont basées sur ce type de manipulation », observe Malorie Flahaux. S’habiller, mettre la table ou débarrasser, pendre sa veste, ranger dans une caisse, sont autant de petites actions à la portée d’un enfant de 2-3 ans.
Vers 4-5 ans, vous pouvez solliciter son aide pour nourrir les animaux, arroser les plantes, passer l’aspirateur, ranger les courses. À 6-7 ans, l’enfant est capable de vider sa boîte à tartines, de préparer un sac, de faire ses devoirs, de rassembler les poubelles.
Dès 8-9 ans, il peut préparer son pique-nique pour l’école, faire la vaisselle, promener le chien (si la zone ne comporte pas de danger), trier du linge, faire les poussières, balayer. À partir de 10 ans, l’enfant peut concocter un repas simple, lancer une machine, enlever les draps de lit, laver son vélo.

► Des routines tu établiras

Ce qui mine beaucoup le quotidien des parents, c’est de rappeler chaque jour les mêmes choses. Là encore, les collectivités montrent l’exemple avec des semainiers et rituels affichés aux murs. Pourquoi ne pas en faire autant à la maison ?
Marie a déniché sur Pinterest de chouettes modèles de routines du matin et du soir qu’elle a plastifiés. Chaque tâche est présentée sous la forme de pictogrammes. Lorsque l’enfant a réalisé la mission, il vient scratcher la version colorée sur le modèle en noir et blanc pour visualiser où il en est dans sa routine.
« Plus c’est routinier, plus c’est logique et moins ils râlent, remarque la maman. Quand on rentre de l’école, plus besoin de rappeler les mêmes choses, la routine est intégrée : ranger les chaussures sur l’étagère, pendre la veste au porte-manteau, vider la mallette sur le plan de travail et puis l’accrocher à sa place. »

L’aspect ludique tu soigneras

Si vos enfants sont tout à fait capables de faire leur part de boulot, encore faut-il qu’ils veuillent le faire et c’est souvent là que le bât blesse. Il faut l’avouer, les tâches ménagères ne sont gaies pour personne. Alors autant essayer de rendre ce moment un peu plus agréable.
Chez Marie et Patrick, c’est la minuterie qui joue le rôle de booster. « Tous les vendredis, je lance la minuterie du four pour quinze minutes et tout le monde s’active. Le fait qu’on le fasse tous ensemble évite que les enfants rouspètent. Pour les autres tâches, nous avons établi un système de tournante, un dresse la table, l’autre débarrasse et le troisième charge le lave-vaisselle ». Former des équipes, mettre un morceau de musique, se lancer des défis, il y a plusieurs façons de rendre ce moment moins pénible.

Du temps tu laisseras

Que ce soit pour l’acquisition des routines ou l’implication dans les tâches, ne baissez pas les bras si ça ne démarre pas au quart de tour après quelques jours. Allez-y piano avec un changement à la fois. Par exemple, démarrez avec les tableaux de routine du matin et du soir et comptez un délai de trois semaines, temps nécessaire pour qu’une habitude s’installe.
Malorie Flahaux suggère aussi de recourir aux « mini-habitudes ». « Le cerveau n’aime pas créer de nouvelles habitudes et a donc tendance à saper les intentions. Mettre en place une mini-habitude permet de contourner son boycott avec une mission qui peut paraître infime, mais dans laquelle l’enfant s’engage quotidiennement. Cela peut être, par exemple, ranger sa chambre pendant une minute tous les soirs avant le coucher. »

Lâcher prise tu sauras

S’il y a bien un point sur lequel on ne peut pas transiger, c’est celui du lâcher prise. « C’est un exercice particulièrement difficile pour le parent », observe Malorie Flahaux. Le parent rechigne à déléguer car il sait que ce sera mieux fait si c’est lui qui s’en charge. Sauf que c’est justement ça le problème. En confiant une tâche à votre enfant et en acceptant que ce soit fait à sa manière, vous lui offrez de la latitude et de l’autonomie, conditions essentielles pour qu’il se sente motivé à s’impliquer.
Sans ces deux ingrédients, la demande est perçue comme un ordre et les notions d’entraide et de respect n’ont plus leur place. C’est le seuil de perfection qui fait que certains parents s’épuisent et craquent. Il faut choisir ses combats. Un salon rangé où chaque jouet trouve sa place, oui. Un espace tip top digne d’un magazine de déco, oubliez.

Faire un retour tu penseras

Last but not least : le retour. L’enfant qui s’implique s’attend à un retour sur son investissement. Leur sentiment d’utilité et de fierté grandira au fur et à mesure de ces retours qui signalent la reconnaissance du parent, un très bon carburant pour que votre troupe continue à s’impliquer.

Clémentine Rasquin

Pour aller + loin

Parents efficaces au quotidien, de Thomas Gordon (Marabout Poche),
Jouons malin du petit déjeuner au coucher, de Delphine de Hemptinne (Au fil de soi),
Retrouvez sur happyfamilyfactory.com les super-héros de l’autonomie, six badges ludiques et leurs fiches pour autonomiser vos enfants et l’offre de services de Malorie Flahaux,
Pixy, l’appli mobile pour s’organiser facilement en famille.