Vie de parent

Ils sont le monde de demain !

Plus que des travailleurs ou des consommateurs, vous voyez avant tout en votre progéniture les personnes à qui vous allez confier les clés du royaume. Conscient que vos enfants sont l’héritage légué au futur, vous les faites grandir avec vos valeurs et tentez de les éclairer afin qu’ils soient maîtres d’un monde toujours plus juste. Enfin, dans l’idéal, quoi... Esteban, Emily, Audrey et les autres nous en parlent avec, toujours en écho, les réactions du psychologue Jan De Mol.

Ils sont le monde de demain !

UN ÊTRE CONSCIENT

Esteban et Emily, quatre enfants de 4 à 16 ans : « Réinventons l’éducation »  

Ces parents se définissent comme « inconsciemment altermondialistes ». Pour eux, l’éducation est avant tout affaire de créativité. « Nous devons nous réinventer au fil des générations. Nous évitons de reproduire les bêtises de nos aînés. Et ce qui est terrible, c’est que nous savons déjà que nos enfants éduqueront les leurs en contradiction avec nos valeurs. Nous assumons le fait d’éduquer de façon péremptoire, avec le moins possible d’école que nous estimons être porteuse d’une propagande. Donc, nous nous organisons à tour de rôle pour élever nos enfants, leur apprendre à lire et à écrire, à compter, mais aussi à jouer, à cuisiner, à inventer et à créer. Nous les invitons à prendre conscience des conséquences de leurs actes sur la planète. Nous les voulons acteurs du changement et pas révolutionnaires théoriques, aigris par une vie impitoyable dont ils sont victimes. »

Audrey, un fils de 11 ans : « L’éduquer en accord avec mes convictions »

La maman, homoparentale séparée, nuance le propos par rapport au témoignage précédent. « Je ne ressens nul besoin de dresser mon fils en futur révolutionnaire, mais c’est vrai que je m’interroge en permanence. Mon orientation sexuelle m’amène forcément à tout remettre en question. Un papa, une maman ? Oui, mais… Des jouets pour les garçons ou pour les filles ? Ah bon, parce que l’on joue aux petites voitures avec ses parties génitales ? Le pas de côté constant dans l’éducation conduit à un changement des habitudes. On a l’impression que cette conscience et cette ligne de conduite idéologique sont complexes. En fait, à l’appliquer dans la vie de tous les jours, ça ne l’est pas. Il suffit peut-être d’être juste un peu en accord avec ses convictions... »

► L'avis de l'expert

Ces témoignages nous montrent des hommes et des femmes qui ont des idées très engagées pour leur progéniture. Ils rêvent d’une société simple et bonne. Ces convictions sont un peu extrêmes parfois. Vous, parents rêveurs, sachez tout de même que les transmissions sont générationnelles, jamais linéaires. On réinvente toujours quelque chose. On ne peut pas avoir de mainmise là-dessus, même si cela donne un sentiment de responsabilité. Vous pensez pouvoir influencer votre enfant et peut-être même que cette influence que vous exercez sur lui vous rendra copain ? Ce n'est pas le cas. Et tant mieux. Vous vous êtes construit vos propres idées. Ne le vivez pas comme un échec. On ne peut pas changer son enfant. Vous ne pouvez que vous en réjouir.

DU TEMPS POUR EUX

Ecatarina, un garçon de 5 ans : « Qu’il apprenne la patience »

Pour cette maman, la parentalité est avant tout affaire de réflexion. « Je suis présente quand il faut et m’efface quand c’est nécessaire. Je pars à la recherche de subterfuges permettant de jongler entre deux types de temporalités bien distinctes : celle de l’enfance et celle du reste du monde. Ce qui consiste à batailler avec une conscience stupide qui nous bourre de remords. Je suis partisane du fait de prendre le temps. Et on a perdu l’habitude de faire les choses doucement. Notre société nous interdit de nous diriger vers la temporalité nécessaire à celle de l’enfance. L’état de parent nécessite l’apprentissage de la patience, surtout à une époque où tout doit arriver vite et sans transition. Je m’échine donc à me mettre à la hauteur de mon petit homme et à le prendre tel qu’il est, sans vouloir le façonner à mon image. Tout cela est très enrichissant. Et si on parvient à adhérer à quelques règles simples, à contourner les remords et à maîtriser notre vitesse de croisière, la vie est vachement plus belle. »

Julien, deux garçons de 3 ans et 8 ans : « Nous nous éduquons l’un l’autre »

Ce grand enfant réapprend à grandir avec ses deux garçons. « Mes fils et moi, c’est une grande histoire d’amour ! Depuis qu’ils sont là, je m’accorde à nouveau le droit de faire le con avec des blagues de 5 ans d’âge mental. Je peux aller mater le Hobbit en toute légitimité ! Je peux faire du bordel à coups d’oreiller, dans toute la maison, en sautant partout ! Nous avons inventé les pogos-câlins ! J’ai l'immense chance de me faire aussi éduquer par mes enfants et de partager leur vision du monde et de la vie. Une grande leçon. Bien sûr, des fois, il faut assurer le rôle du papa qui pousse une gueulante, mais, dans l’ensemble, tout est plutôt fluide et harmonieux. Ce n’est pas toujours simple de trouver du temps pour son couple, mais là encore, c’est intéressant de palper l’amour que l’on transmet à ses enfants ! »

► L'avis de l'expert

Voici ce que j'appelle la parentalité « pleine conscience ». Je dois ralentir. Je dois porter des réflexions et prendre le temps. Je dois bien comprendre où est ma place, où est mon rôle. Vous vous posez les bonnes questions et vous ne vous obligez pas à avoir la solution au moment même. Tout est affaire de réflexion. On accepte qu’on ne peut pas tout contrôler. Les conflits sont bien réels. La relation à l'autre est souvent synonyme de difficultés. Mais quand on aime, on résout. Julien nous montre bien que les relations sont bidirectionnelles. Deux personnes construisent. Et votre famille, votre relation à l’enfant, ne marchent pas avec une seule autorité morale qui incarne la toute-puissance de la raison.

ÉDUQUER PAR LE TERRAIN

Catherine, deux enfants de 4 et 18 ans : « Engagées de mère en filles »

Voici une mère très engagée politiquement. « Nous avons élevé notre fille avec nos valeurs, sans jamais rien lui imposer. Nous sommes très sensibles à l’engagement écolo et, bien sûr, cela implique des choix de vie qui ont des répercussions sur l’éducation de nos enfants. On fait attention à la façon dont on consomme dans les grandes lignes ! Notre aînée suit notre voie… peut-être par la force des choses ? Le fait est que, aujourd’hui, elle est déjà très active pour une jeune fille de son âge et milite pour des causes qui lui sont chères. Très franchement, on ne peut que s’en réjouir, on a l’impression qu’elle reprend le flambeau. »

► L'avis de l'expert

N’oubliez pas que le plus important, c'est le choix de l'enfant lui-même. Encore une fois, le nier, c'est faire fi de sa personnalité, de son existence et de son développement. C'est alors assez paradoxal que vous, parents engagés, passiez à côté d'un tel potentiel. C’est une question fondamentale pour vous !

Yves-Marie Vilain-Lepage

Sur le même sujet

Son avenir passe par un emploi

« Je veux qu’il trouve un emploi », pensez-vous tout bas en croisant les doigts. Vous ne le formulez pas de la sorte, vous y pensez en termes d’autonomie, d’avenir, de sécurité, qui tourne autour de la place du rejeton dans la société. Mais aujourd’hui, avec les bouleversements sur le marché de l’emploi, tout ça fait un peu peur. Il n’en reste pas moins que pour le mener jusque-là, des décisions doivent se prendre. Une mise en scène dont vous êtes… le metteur en scène. Des parents nous content leurs expériences, ponctuées par l’avis de notre expert, Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg

 

L’argent, sa planche de salut !

Ça ne vous vient peut-être pas tout de suite à l’esprit, mais pourtant, vous connaissez forcément autour de vous des parents qui préparent leurs challengers d’enfants à la grande compétition de la vie. Ici, on parle de performance, d’excellence. On apprend à faire de l’argent, on enseigne la gagne, et parfois même à marcher sur la tête du voisin. Oui, aujourd’hui, c’est aussi comme ça que tourne le monde. Rencontre avec des parents qui témoignent et avec Marie-Thérèse Casman, sociologue, qui commente leur parole.

 

D’abord la santé !

Bien sûr, vous souhaitez le meilleur pour votre descendance. Un bon équilibre, la vie la plus saine possible. Il n’y a rien de plus important que de voir pousser et mûrir le fruit de ses entrailles. Le mouvement est magique. C’est aussi un défi, le plus grand, le plus beau. Le premier qui nous vient en tête avant même son apparition, et peut-être même l’ultime, jusqu’au dernier souffle avant d’aller serrer la main aux anges : que nos enfants demeurent en bonne santé. Nous avons rencontré des parents qui en témoignent. Et un psychologue, Jan De Mol, qui nous propose quelques clés pour mieux comprendre cette facette de la parentalité.

 

Oser vivre l’amour !

Aussi intrigant que cela puisse paraître, figurez-vous qu’il existe toujours des parents qui rêvent d’enfants aimants. Des petits êtres heureux qui aimeront l’autre pour ce qu’il est et non pour ce qu’il vaut. Des jeunes à la sexualité épanouie, qui trouveront chaussure à leur pied sans la déformer par les idées préconçues d’une société qui leur dira comment ressentir, comment construire ou comment vivre. Pas des familles neuneu, simplement des parents qui considèrent encore l’amour comme la chose la plus importante à transmettre. Si, ça existe ! En témoignent ces parents rencontrés à l’occasion de ce dossier et les réactions de nos deux experts, la sociologue Marie-Thérèse Casman et le psychologue Jan De Mol.