Vie de parent

Ils vous aident à rester parents

Cette traversée, il va falloir l’effectuer à deux malgré tout, prendre les décisions, régler le quotidien, aborder les questions matérielles. Avec le concours de professionnels, vous allez tenter de trouver des accords pour l’hébergement, les contributions alimentaires, qui permettront à chacun d’avancer, et surtout, de prendre soin des enfants, en évitant de les instrumentaliser. Vous souffrez, eux aussi : ils se retrouvent au cœur de votre séparation. C’est à ce moment qu’interviennent ceux qui interprètent et appliquent la loi, avec, toujours, l’intérêt des enfants en ligne de mire.

Ils vous aident à rester parents

Jeanne, maman de Lulu, 10 ans : « Zéro espace de dialogue »

« Nous sommes séparés depuis cinq ans. Nous n’étions pas mariés, mais ça n’a pas été harmonieux pour autant, les questions pratiques ont empoisonné nos échanges. Au bout de deux ans de recherche d’un accord autour de notre fille, j’ai laissé tomber la procédure, c’était épuisant psychologiquement et financièrement. J’aurais préféré une médiation, mais le père a toujours été contre. J’ai demandé que le juge puisse trancher les questions en suspens : nouveau refus. Mais nous avons rédigé un document de onze pages qui reprend tous les détails relatifs à l’hébergement, aux frais, aux vacances, à l’école, à l’habillement, etc. Cette convention élaborée dans la douleur n’est pas signée, mais c’est une base, on y revient dès que l’on ne parvient pas à s’entendre. Surtout qu’il y a zéro espace de dialogue. »

Marine, maman de Léna et Agathe, 5 et 9 ans : « Les filles s’y retrouvent plutôt bien »

« Nous nous sommes séparés il y a deux ans, au bout de deux années où le couple n’allait plus bien du tout. Nous avons vendu la maison, nous nous sommes facilement accordés sur la garde, ce qui a évité des atermoiements et des disputes. La communication est maintenue au niveau purement organisationnel, autour des enfants, sinon, elle est inexistante. Nous avons mis en place un hébergement particulier : un week-end sur deux chacun, du vendredi soir au lundi matin à l’école, et pour le reste, c’est deux jours fixes par semaine, toujours les mêmes. Les lundis et mardis chez leur père, les mercredis et jeudis chez moi. Cela facilite beaucoup l’organisation pour les activités extrascolaires et ça nous permet de ne pas passer de semaine complète sans voir les filles. On ne se voit quasiment jamais, car nous opérons l’échange à l’école. C’est la formule de base, mais nous sommes assez souples dans notre organisation, il y a toujours moyen de s’arranger. Je pense que les filles s’y retrouvent plutôt bien dans notre organisation. »

Ali, papa de Johan et Yaël, 11 et 15 ans : « Nous n’avons jamais fait appel à la justice »

« Je suis un papa célibataire de deux enfants. Séparés au bout de dix-huit ans, nous avons réglé les questions financières, opté pour l’hébergement alterné égalitaire, c’est l’idéal pour moi. Au centre de nos réflexions, il y avait les enfants. Nous n’avons pas ressenti le besoin de passer devant le juge. Malheureusement, aujourd’hui, il n’y a plus aucun dialogue : la communication est seulement factuelle. »

► Cécile Hayez, juge au tribunal de la famille : « Il n’y a jamais de gagnant devant le juge »

Créé en 2014, le tribunal de la famille gère toutes les mesures liées à la séparation des parents d’enfant·s mineur·s. Un juge de la famille n’est pas là pour faire leur bonheur. Mon rôle est de prendre une décision pour eux, car ils sont en plein conflit. De lever une soupape, leur permettre d’avancer vers autre chose. Mais il ne faut pas se leurrer, on ne sort pas heureux d’une audience devant le juge : je fais du prêt-à-porter, pas du sur-mesure. La loi sur le divorce a supprimé la notion de faute, l’époux qui subit le divorce ou la séparation ne peut pas déposer ses griefs : il n’y a pas de gagnant devant le juge. Les gens sont très fragiles, dans l’émotion, d’où l’importance de s’en tenir à une rigueur exemplaire, avec toujours au-dessus de nous la notion d’intérêt supérieur de l’enfant.

Des parents à responsabiliser

Chaque partie a son rôle : le juge tranche, l’avocat conseille, concilie, puis défend. C’est lui qui met en forme les demandes. Il n’est ni psychologue, ni assistant social, encore moins facteur ! Mais, au départ, il y a le justiciable, qui doit être clair sur ce qu’il désire. Les parents sont le premier maillon de la justice, ils sont responsables de leur dossier.
Je respecte le code judiciaire en précisant qu’il existe des modes alternatifs de règlement de conflits, à l’amiable, comme la médiation, que j’encourage toujours. Heureusement, en matière familiale, nous évoluons vers une culture d’accords qui est entrée dans la pratique. Mais, attention, le juge n’est pas obligé de les homologuer, par exemple en cas de violences familiales, ou si il sent qu’une partie marque son accord de guerre lasse, pour avoir la paix.
Une séparation, c’est très évolutif : quand il y a une séparation abrupte avec un petit, en général, la mère veut le garder. Je peux comprendre que l’on procède progressivement. On peut rendre des décisions provisoires, limitées dans le temps, pendant une année ou deux. Cela permet aux personnes de digérer la séparation, de se poser, de tester, d’y aller doucement. On ne fige pas une situation.
Une fois réglées les questions d’hébergement et de contributions alimentaires, le code judiciaire prévoit que les parents peuvent revenir devant le même juge dans le cas où il y aurait un élément nouveau : perte d’emploi, déménagement à l’étranger, bref, quelque chose d’important. C’est la « saisine permanente », un terme qui prête à confusion, car les justiciables ont l’impression qu’ils peuvent revenir n’importe quand. Or, ce n’est pas le cas ! Il faut que les personnes soient dès le début de la procédure conscient que ma décision sera définitive.

Des enfants à protéger

Si un enfant à plus de 12 ans, la loi m’oblige à l’informer qu’il peut être entendu. Mais ce n’est pas lui qui décide, jamais. Lorsque je lui explique que je suis la juge qui va s’occuper de la dispute entre ses parents, que je vais décider à leur place, je vois le soulagement, les épaules qui redescendent. Je fais l’effort de renvoyer aux ados une image positive du monde adulte. Leurs parents sont pris dans leur conflit, moins disponibles, l’école ne sait pas comment répondre à leur demande. Je m’intéresse à eux, je les encourage, je les félicite.
Cela me permet aussi d’encourager les parents : ils ont réussi quelque chose, ils ont un enfant formidable. Cela participe à la prise de bonnes décisions. Avec eux, mon rôle est aussi social, j’en profite pour faire remarquer des problèmes d’élocutions, problèmes sanitaires, etc. Venant du juge, les parents entendent plus facilement ».

► Pascale Weyten, avocate : « Un hébergement réussi est un hébergement accepté par les deux parents »

Notre difficulté en cas de séparation, c’est de recevoir des personnes en plein désarroi. Il faut les canaliser pour analyser les problèmes dans un certain ordre, leur donner les options possibles : une séparation de fait, une procédure en divorce, etc. La législation relative au droit de la famille est en constante évolution et pas nécessairement vers plus de clarté. Les procédures d’appel peuvent durer jusqu’à deux ans, en attendant, les jugements prononcés en première instance sont exécutoires, mieux vaut partir avec des accords les plus satisfaisant possibles.
La difficulté pour les parents, c’est de me donner suffisamment d’éléments pour prouver ce qu’ils avancent. Mon rôle est d’objectiver le subjectif. Il faudra traduire les demandes en forme juridique, dans leur intérêt et, j’insiste, avec une priorité absolue pour les enfants.
Comment va-t-on procéder ? Qui part, qui reste, qui s’occupe des enfants ? Il faut savoir que les mesures décidées par le tribunal de la famille concernant les enfants se perpétuent après le divorce : on ne va pas recommencer, sauf en cas d’éléments nouveaux significatifs et indépendants de la volonté. Par exemple, si un ado demande un changement d’hébergement, ou en cas d’expatriation en cas d’expatriation ou de modification involontaire de la situation financière de l’un d’entre eux…

Des parents à épauler et défendre, des enfants à préserver

Les parents doivent solliciter leur intelligence face aux enfants, qu’ils vont devoir faire grandir ensemble : il faudra communiquer et constituer un couple parental, faute d’avoir réussi le couple « conjugal ». On peut faire n’importe quel hébergement, s’il n’est pas accepté par les deux parents, c’est une catastrophe. La réussite, c’est quand un enfant peut raconter librement ce qu’il a fait chez l’autre parent, qu’il y a une certaine cohésion parentale. Quand la haine vis-à-vis de l’autre est trop forte, l’enfant devient le centre de toutes les crispations, il est utilisé pour réparer les douleurs, asséner des coups.
Pour l’hébergement, je travaille objectivement : l’âge de l’enfant, la distance entre les domiciles parentaux, les capacités éducatives, l’organisation de son temps. Il n’y a pas de règles, plusieurs scénarios sont possibles, on peut tester des fractionnements différents. Quand ils sont petits, une semaine, c’est très long.
Pour l’hébergement égalitaire alterné, les études le recommandent uniquement à partir de 2-3 ans, avant, ils ont besoin de figures d’attachement, père ou mère, cela semble indispensable à la structure mentale et au développement futur de l’enfant. En égalitaire, je recommande un hébergement du vendredi au vendredi. Cela permet de faire un sas, on est plus cool, on réapprivoise les enfants. Ils ont le temps de réinvestir les lieux et les habitudes de chaque maison. Et quand la famille est recomposée, cela permet à tout le monde de se retrouver, sans contraintes scolaires, ni horaires.
Je défends beaucoup les papas, qui sont de plus en plus nombreux à réclamer l’hébergement alterné, mais pour lesquels il est encore difficile à obtenir, question de mentalités. Un papa doit toujours se justifier, les mères pas. Beaucoup finissent par abandonner : la lutte est incessante et trop douloureuse, ils renoncent à voir autant leur enfant, car ils ressentent l’emprise et/ou l’instrumentalisation de la mère dans leur quotidien avec l’enfant.

Médiation : pour sortir du judiciaire

C’est la loi, juges et avocats vous parleront d’un mode alternatif de règlement des conflits à l’amiable : la médiation. À suivre sur le web, un entretien avec Roxanne Labat, médiatrice agréée. « Chez le médiateur, on cesse de s’accuser, on passe petit à petit à la collaboration. On s’écoute, on décode les besoins des uns et des autres, y compris ceux des enfants même si ils ne sont pas présents. Ensuite, on explore, on recherche, on finit par lister quelques options, qui seront à tester. Enfin, on rédige un document qui reprend l’entente ».

Aya Kasasa

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