Vie de parent

Ils vous aident à vous reconstruire

Sur votre post-it mental, « Ne pas oublier de se mettre à la place de l’enfant ». Il vit les choses différemment, ses besoins ne sont pas les vôtres. Pour être à l’écoute, il faut des parents qui digèrent l’étape, qui s’occupent de leur propre bien-être. « N’oubliez pas que c’est un passage qui n’est pas anodin et qu’il faut soigner, exhorte Bénédicte Gennart de l’asbl Médianes, car c’est une transformation, qui demande de l’énergie et beaucoup de temps. Il n’y a pas une vie avant et une vie après : c’est la même vie qui se transforme ». Les premières ressources sont à portée de clics : prenez rendez-vous !

Ils vous aident à vous reconstruire

Marine, maman de Léna et Agathe, 5 et 9 ans : « Que chacun trouve un nouvel équilibre dans sa vie »

« On s’efforce de ne jamais prendre les filles à partie. Déjà, elles avaient été à portée d’oreilles de quelques grosses engueulades de couple. Je souhaite vraiment que chacun d’entre nous trouve un nouvel équilibre. Que les filles n’aient pas à subir un parent déprimé ou frustré. Nous avons beaucoup de chance : les grands-parents des deux côtés sont très disponibles. »

Jeanne, maman de Lulu, 10 ans : « Notre fille a été témoin de violences »

« Lulu vient de me confier avoir été un peu déprimée, car elle a été témoin de menaces, et même d’épisodes de violences verbale et physique entre son père et moi. Elle m’a expliqué avoir retrouvé goût à la lecture, qu’elle avait délaissée car toutes les histoires la rendaient triste. Je l’ai emmenée voir une pédopsychiatre à l’époque, qui l’a beaucoup aidée. Elle était très demandeuse d’une séance à trois, mais nous n’avons jamais réussi à le faire. Je regrette que notre cadre parental soit si étriqué, qu’il soit impossible de parler sereinement. »

Carmela, maman de Sunny et Giana, 7 et 12 ans : « J’ai souffert du manque de soutien »

« J’ai eu un peu de soutien psychologique de ma famille, mais, pratiquement, j’étais seule. À l’époque de la séparation, j’aurais souhaité une présence : je n’avais pas de relais, je ne pouvais pas me décharger, je devais faire appel à des baby-sitters. Pas moyen de m’évader, d’investir des activités pour moi, sans enfant. Il n’y avait que le travail et la vie de maman et j’assumais seule sur tous les fronts. »

Ali, papa de Johan et Yaël, 11 et 15 ans : « J’ai toute l’aide qu’il me faut grâce aux amis et à la famille »

« Les garçons ne font jamais référence à leur maman. J’imagine qu’ils ne partagent pas non plus de détails sur notre vie auprès d’elle. Ça me désole, mais je suis patient : je suis un enfant du Sud, le temps ne s’écoule pas de la même manière pour tous. Un jour, ça va s’arranger. Nous avons de la chance : ils sont faciles, il n’y a pas lieu de se disputer. Je n’ai pas besoin du soutien de professionnels, j’ai mes amis, j’ai ma famille, c’est bien comme ça. Paradoxalement, la séparation m’a poussé à devenir une meilleure personne. Elle m’a rapproché de mes fils, dans le dialogue, le respect, beaucoup d’attention et de soin. C’est ma plus grande réussite. »

Martine, maman de Manon, Ambre et Élise, 17, 19 et 20 ans : « J’ai immédiatement trouvé des psychologues »

« Nous nous sommes séparés en 2006, alors que nous vivions à l’étranger, ce qui a ajouté des complications. C’était terrible, mais j’ai évité la guerre à tout prix. J’ai immédiatement trouvé des psychologues qui pouvaient recevoir les enfants en français. Le papa n’a jamais voulu de la garde partagée, il s’est remarié avec une femme qui a elle-même des enfants. Il vit avec les filles de son épouse, au grand désarroi des nôtres : tout ça a été trop rapide, leur a été imposé. Je me bats pour qu’elles puissent conserver une relation unilatérale avec leur papa, des moments privilégiés rien qu’à eux. J’ai aussi cherché du soutien de mon côté : j’ai fait beaucoup de sport et j’ai suivi une psychothérapie. Il faut penser à soi-même : les enfants ne vont bien que si le parent va bien. »

Vinciane, maman de Flore, 10 ans : « La semaine prochaine… »

« Mon ex-mari n’a jamais respecté la convention de divorce, ni payé la pension alimentaire convenue de manière régulière : 150 € par mois pour un régime de garde 3 jours/4 jours. Il travaillait trop, n’avait jamais d’argent, c’était toujours « la semaine prochaine », mais il s’occupait plus ou moins de Flore et je n’ai pas fait trop de vagues. Je voulais avant tout qu’elle reste en lien avec son père et qu'ils puissent construire une relation. Je suppose que j'aurais pu aller chez le juge mais j'étais aux prises avec mes scrupules, je ne voulais pas rendre les choses plus compliquées pour lui. L'empathie de la gourde !
Du jour au lendemain, il est parti vivre en France. La colère face à cette nouvelle injustice l'a emporté. Avoir un enfant était une volonté commune, pourquoi devrais-je être la seule à l'élever, à faire tout le boulot, à en assumer toutes les conséquences ? Je me suis donc adressée au service des créances alimentaires, le Secal, qui avance la contribution alimentaire et se charge de la récupérer auprès du débiteur. Il y a un côté violent dans cette démarche, mais le fait de laisser un parent assumer seul un enfant conçu et voulu à deux l'est encore plus. Je ne dois plus quémander, attendre, me résoudre à faire sans. Au final, ce sujet épineux n'étant plus d'actualité, on peut communiquer plus sereinement sur d'autres sujets, même si tous les frais extraordinaires de type voyage scolaire, appareil dentaire, activités extrascolaires, m’incombent toujours à moi seule. C’est révoltant qu’un parent ne contribue pas aux frais de son enfant et ne s’en occupe presque pas non plus ».

► Mireille Pauluis, psychologue : « Ne pas passer son temps à disqualifier l’autre » 

Petit, l’enfant est tout à fait autocentré. Jusqu’à 4-5 ans, il est le centre du monde, il se sent donc responsable de ce qui se passe autour de lui. Ensuite, quand une conscience morale s’installe, cela se poursuit. Il se demande ce qu’il a bien pu faire pour que la situation change : est-ce de sa faute ? N’a-t-il pas été assez gentil ?
Les parents doivent veiller à lui conserver le droit d’être bien avec ses deux parents. Il vous aime tous les deux, ses gènes viennent pour moitié de l’autre. Quand vous dénigrez l’ex-conjoint, c’est votre enfant qui est dénigré. Il se sent obligé de prendre parti, ce qui le met dans d’horribles conflits de loyauté. Les enfants ont besoin d’être rassurés.
Observez le comportement de votre enfant : cette culpabilité peut se manifester de diverses façons. Il somatise, il dort moins bien, il a mal au ventre, mal à la tête, ça ne va plus fort à l’école. On sent qu’il y a un malaise chez lui, qui se manifeste par des comportements difficiles. D’autres se sentent très responsables et deviennent un peu trop gentils, un peu trop sages, évitent de faire des vagues, se soumettent à tout. Ils peuvent aussi exprimer leur mal-être en étant insupportables, en ne se sentant plus bien nulle part.
C’est très difficile aussi pour les ados : manipulés, certains se mettent à juger l’autre parent, refusent de le voir. C’est important de leur épargner cela le plus possible, de leur permettre d’être fiers de leurs racines. Il ne s’agit pas de leur cacher la réalité, mais il ne faut pas salir, mépriser ou dénigrer. Il faut toujours pouvoir dire qu’ils sont issus de l’amour de leurs parents. Vous n’avez plus les mêmes projets de vie, mais eux restent le fruit de l’amour, même s’ils vont devoir vivre avec deux familles différentes.

Bénédicte Gennart, asbl Médianes : « Se mettre à la place de l’enfant »

Pour devenir une équipe parentale, c’est normal d’avoir besoin d’aide. L’aspect pluridisciplinaire a été notre préoccupation majeure lorsque nous avons créé Médianes, un centre d’accompagnement psycho-juridique pour familles en difficulté. Les parents ont besoin de tout en même temps : du soutien juridique et psychologique. Nous proposons de la guidance parentale et familiale pour aider les ex-conjoints à instaurer la coparentalité, nous travaillons aussi le lien entre parents et enfants, et nous organisons des ateliers pour les enfants de parents séparés. Je suis avocate familialiste et médiatrice agréée, et il y a aussi des psychologues.
Avant tout, nous encourageons les parents à bien faire la part des choses : les sentiments et les blessures appartiennent à la sphère des ex-conjoints. L’enfant, lui, a besoin de garder une bonne image de ses deux parents. Il vit autrement la séparation, il faut prendre en compte sa souffrance particulière.
Le mieux, c’est de partir des problèmes concrets : distraction, maux de ventre, mauvais bulletin, etc. Quand il souffre, nous pouvons aussi le recevoir. Parfois il a seulement besoin de parler, de se décharger. Il se peut qu’il souhaite faire passer un message à un parent ou recevoir des infos pratiques sur la situation, être rassuré. Il faut le dégager du conflit existant entre ses parents. Les guidances familiales nous permettent de ressouder les liens, surtout avec les ados qui ne veulent plus voir un parent, par exemple.

Aya Kasasa

En savoir +

  • Une mine de conseils judicieux pour soutenir vos enfants dans la séparation et au-delà. Une semaine chez Papa, une semaine chez Mamancomment aider votre enfant, par Claire Wiewauters et Monique Van Eyken (Deboeck). Quel hébergement pour quel âge ? Relisez Je veux mon pull qui est chez Papa, une interview de Claire Wiewauters.
  • « Nous deux, on se sépare, mais sans séparer les enfants de nous ». On a ri, on a pleuré, on a adoré. Dans L’amour flou, Romane Bohringer et Philippe Rebot rejouent l’idée folle et géniale qui a émergé lors de leur séparation après dix ans de vie commune : habiter un « sépartement », deux logements séparés par la chambre de leurs enfants. Irrésistible et aigre-douce comédie. Vive le sur-mesure !
  • Plus tragique, mais tellement instructif, Jusqu’à la garde, dans lequel Xavier Legrand raconte la dérive d’une famille, questions de garde, violence et aliénation.
  • Quand récupérer une pension alimentaire est un problème : pensez au Service des créances alimentaires
  • Quand vous vivez une situation d’aliénation parentale, la plateforme SOS papas, basée à Charleroi, milite pour que les accusations mensongères visant à disqualifier le père ou la mère en justice soient considérées comme un délit, et pour que le rôle de chacun dans l’éducation des enfants soit respecté. Permanences : aussi à Namur, Liège et Bruxelles.
  • De l’aide centralisée, médiations familiales, consultations psychologiques et juridiques, ateliers pour enfants et formations : Médianes à Bruxelles (0478/90 71 18) et l’Atelier du lien à Ottignies (010/84 64 00).