0/2 ans

« J’ai testé le ‘sans couche‘ »

Un bébé produit une tonne de déchets et donc une tonne de langes avant de contrôler ses sphincters et de profiter de la vie en culotte ! C’est pourquoi de nombreux parents cherchent une alternative aux traditionnelles couches polluantes. Fanny, maman d’Artur, 17 mois, a testé plusieurs options « vertes » : elle nous partage son expérience. 

« J’ai testé le ‘sans couche‘ »

On avait déjà rencontré des mamans qui testent différents types de langes avec plusieurs enfants, mais tant de tests avec un premier bébé, c’est plutôt rare. Vous semblez bien informée…
Fanny : « Enceinte, je m’étais pas mal renseignée sur les couches lavables. J’en avais récupéré en seconde main pour pouvoir les utiliser dès que je me sentirais prête. À côté de ça, j’avais lu l’expérience d’une Anglaise qui s’était complètement passée de couches avec ses enfants. En discutant autour de moi, j’ai entendu une histoire similaire d’une maman de deux enfants qui est restée à la maison avec ses enfants sans couche jusqu’à l’entrée à l’école et qui arrivait à décoder quand ils devaient aller aux toilettes. L’avantage de cette méthode naturelle, c’est qu’elle pousse l’enfant à aller plus vite sur le pot. Si l’enfant est nu et sans lange, il voit ce qu’il fait. Dans le jardin, il voit son caca, dans une toilette, pas forcément. Et puis, si l’enfant court nu, ça aide la personne qui le garde à le mettre plus facilement sur le pot. » 

Vous avez donc testé cette méthode sans lange avec votre bout de chou…
F. : « Oui, mais pas dès le début. À la naissance, on a commencé avec des langes normaux. Artur était trop petit pour entrer dans des langes textiles. Et on avait besoin de temps pour faire connaissance. Mais je ne me sentais pas très bien par rapport à la planète avec ces langes synthétiques et polluants. On a pris un peu de temps avant de s’en passer car on était fatigués. C’était un effort de se lancer là-dedans. »

Test 1 : pas de couches

C’est donc après les premiers mois de découvertes que vous avez tenté la vie sans couche… Comment ça se passait ?
F. : « On a essayé quand notre bébé avait 3 mois et qu’on pouvait le tenir dans une position plus ou moins assise. Le principe est simple : l’enfant ne porte pas de couche et dès qu’on voit qu’il doit faire pipi ou caca, on le met au-dessus d’un pot. C’est écologique et économique. Comme c’était l’été et qu’il faisait très chaud, on pouvait le laisser tout nu ou juste avec un petit T-shirt. On essayait certains moments en journée, mais pas une journée complète, car ça demande beaucoup d’attention. Il y a certains pipis que je pouvais prévoir : pendant la tétée par exemple, Artur faisait d’office. Le problème, pour moi, c’est que bien donner le sein et tenir en même temps le petit pot en-dessous, c’était vraiment compliqué !
Pour la sieste par contre, on avait une chouette technique : on posait sous notre bébé un drap plastifié. Le côté tissu était contre lui et le coté plastifié protégeait le matelas. On posait juste un tétra sur notre petit bonhomme et il dormait aéré sous ce fin coton. Pour la nuit, par contre, on n'a jamais testé sans lange. La production d’urine et d’excréments aurait été trop abondante, il y en aurait eu partout. Ça aurait été inconfortable pour lui et désagréable pour nous. »

« Nous », le papa s’impliquait donc dans ce challenge ?
F. : « Oui, bien sûr. C’est super important qu’on soit d’accord et motivés tous les deux. Parce qu’on doit se relayer, ça demande beaucoup d’attention. On était impliqués tous les deux. Le papa réussissait même à décoder une petite grimace sur le visage d’Artur quand il devait faire pipi. Chaque fois qu’il la voyait, hop, il le portait au-dessus du pot et ça marchait. Moi, je n’ai jamais décodé cette grimace, un truc de mecs sans doute…
Ce qui était plus compliqué, c’était pour les cacas. J’en ai eu un seul dans le pot. J’avais vu qu’il commençait à pousser. Mais, en général, je m’en apercevais trop tard et ça faisait beaucoup de nettoyage ! Déjà qu’il y avait le lait régurgité à nettoyer, avec les cacas, ça faisait vraiment beaucoup. »

Combien de temps avez-vous testé cette méthode ?
F. : « Telle quelle, on l’a testée une semaine. Après, on a testé une variante : avec un tétra noué autour de la taille. C’était comme un mini-slip dans un coton très léger. Là, on a eu beaucoup, beaucoup de tétras à nettoyer. Car comme le tissu est fin, il était très vite complètement imbibé. Et on le changeait plus de dix fois par jour. »

Test 2 : les langes lavables

C’est à ce moment-là que vous êtes passés aux langes lavables ?
F. : « Oui, on a testé les langes lavables en tissu. Et franchement, c’était mieux, car ils sont plus épais que des simples tétras. On tenait donc plus longtemps. Ça restait naturel pour la peau de mon bébé. Je n’aimais pas trop l’idée d’enfermer ses fesses dans du plastique, je préférais du coton. Pour ça, les langes lavables étaient très bien. Pendant les trois mois durant lesquels on les a utilisés, Artur n’a jamais eu les fesses irritées. Sauf une fois quand ses selles étaient acides. » 

Pendant trois mois vous n’avez donc pas jeté un seul lange à la poubelle ?
F. : « Oui, c’est ça. Les langes textiles étaient pratiques. L’inconvénient, c’était de prélaver et préfrotter les crottes (Ndlr : il n’y avait pas d’insert jetable dans leur modèle). On n’a pas de machine à laver à la maison, donc le papa devait tous les jours aller faire une machine à l’extérieur sur le chemin du boulot. On faisait sécher un max au soleil chez nous. Quand l’automne est arrivé, ça s’est compliqué. On en a eu marre de faire tant de lessives, alors on est passés aux langes écologiques. »

Test 3 : les langes « écologiques »

Quand vous dites « langes écologiques », vous parlez des langes en matériaux recyclés ou en amidon de maïs ?
F. : « Oui. Le challenge, c’est de trouver les langes les moins chers qui soient biodégradables (comme ceux de la marque Moltex…). Comme on voyage souvent depuis cette période-là, on prend ce qu’on trouve dans les magasins. Chez nous, on utilise des langes compostables. On les a mis dans le compost. Ils y sont depuis quelques mois et on attend de voir s’ils se décomposent ou pas. » 

Quelle leçon tirez-vous de ces tests de couches que vous menez depuis presque un an et demi ? 
F. : « Chaque fois qu’on utilise une alternative à un lange jetable, c’est bon pour la planète. Mais, au final, cette histoire de langes reste secondaire par rapport au fait de profiter de son enfant et de sa venue… Le choix avec ou sans couche, lavable ou compostable, doit être aussi simple et facile que des langes normaux. Si ce n’est pas le cas, alors autant laisser tomber. »

Propos recueillis par Estelle Watterman

En vrac… 

Pour tester des langes lavables

  • Choisissez bien vos langes et n’hésitez pas à tester plusieurs modèles. Ceux avec un insert lavable ou jetable sèchent plus vite et sont plus simples à utiliser. Vérifiez le système d’attaches aussi : élastique, pressions, velcro… mieux ça tient, moins il y a aura de fuites !
  • Vous pouvez aussi louer des langes lavables (surtout si vous n’êtes pas sûr·e de les adopter). À Bruxelles, Ecotribu organise un service de location. À Mons, c’est Culito. En province de Luxembourg, c’est le Capucin. À Namur, c’est chez Petite Marmite qu’il faut s’adresser pour louer des langes. Et en région liégeoise, il y a du choix : Bebe Happy, Ecoloop, Babi’Lyne, Graine de vie, Lange&Compagnie et Matern’Elle.
  • Comme pour les langes jetables, il existe plusieurs tailles de langes lavables. Il faut donc changer de kit quand le bébé grandit. À moins d’opter pour des langes évolutifs, plus économiques à long terme.
  • Lavez-les à chaud : 60°C ou 90°C et sachez que certaines taches resteront, c’est normal.
     

Sans couche… (d’après notre maman testeuse)

  • Pas trop tôt : « On peut tester sans couche dès le début. Mais je conseille de ne pas commencer trop tôt pour que ce soit plus facile. On peut essayer une fois, puis une autre fois quelques mois après. »
  • Un peu cracra : « Il faut être à l’aise avec l’idée d’avoir de l’urine et des crottes sur soi. Je crois que je n’étais pas prête à ça. Surtout quand j’allaitais, c’est ce qui m’a décidé à arrêter : je ne profitais pas de l’allaitement, j’étais trop concentrée sur ce qui se passait en dessous ».
  • Un pot large : « Pour ceux qui essayent quand même, je leur conseille d’utiliser un pot large pour ne pas avoir trop de mal à viser. Et d’avoir toujours un tétra près de soi pour absorber l’urine en cas de fontaine surprise. Il faut aussi savoir qu’on doit suivre son enfant à la trace quand il se met à se déplacer ».

Bon à savoir

Compostons !

Si vous enlevez les velcro, les langes compostables sont acceptés avec les déchets organiques dans certaines communes. Renseignez-vous auprès du service en charge de la collecte des sacs verts près de chez vous. 

L’avis de la journaliste 

J’avais déjà lu un bouquin sur « l’hygiène naturelle infantile » et la vie sans couche. Cette technique me paraissait un peu complexe à mettre en place dans notre société où la maman retourne rapidement travailler et ne dispose pas de plusieurs années pour aider son bébé à grandir. Mais ça m’intriguait. Je me demandais si c’était possible. Quand Fanny m’a partagé son témoignage, j’étais aux anges ! J’avais sous la main une maman testeuse qui avait eu le courage d’essayer cette méthode a priori farfelue. 
Ce que j’en retiens : oui, c’est top pour la planète. Mais d’autres techniques peu polluantes et moins contraignantes existent aujourd’hui. Et puis, un bébé ne sera pas propre à 6 mois parce qu’il n’a jamais porté de couche. L’acquisition du contrôle des sphincters est une étape de maturation de l’enfant qui n’arrive pas plus vite selon le type de couche que l’enfant porte (ou pas). Mais sans lange, l’enfant voit et sent quand quelque chose coule. Il ira donc spontanément plus vite sur le pot que s’il a les fesses dans des couches ultra-absorbantes…