12/15 ans

J’en ai plein le dos

15 jours avant la fin des soldes. Vous voulez en profiter pour changer les cartables de la tribu ? Attention, il y a quelques règles à suivre. Figurez-vous que deux adolescents sur trois se plaindraient régulièrement de leurs chères lombaires. Les raisons, les bons gestes, comment faire le bon choix. On vous dit tout, de manière à éviter à nos gamin·e·s d’en avoir plein le dos.

J’en ai plein le dos

Le mal à l’épine dorsale, le mal du siècle ? N’exagérons rien. Cependant, il est de plus en plus répandu chez l'enfant et encore plus chez l'adolescent. Le Centre de kinésithérapie d’Uccle nous apprend même que « 20 à 50 % des enfants entre 10 et 15 ans se plaignent régulièrement de leur dos ».
Un mal répandu et peu traité médiatiquement ? Mais c’est un sujet pour le Ligueur, ça. Pourquoi ? Parce que les experts interrogés nous disent combien il est important de rappeler aux parents qu’il faut traiter ce problème par la racine, ou plutôt le rachis, très tôt, encore plus quand on sait que ça ne s’arrange pas avec les années.

Multiples raisons

Avant toute chose, essayons d’y voir plus clair. D’où vient le mal chez nos préados et ados ? Nous avons poussé les portes de chez Olivier, kinésithérapeute, papa et beau-papa de quatre ados. Il est très préoccupé par la désinformation autour du phénomène.
Selon lui, les facteurs sont multiples : en premier lieu, le cartable, bien sûr. Mal porté, mal réglé, trop lourd. Mais d’après l’homme, il est un peu désigné comme seul coupable, à la va-vite, alors que d’autres facteurs entrent en jeu. À blâmer, le manque de sommeil ou une alimentation déséquilibrée.
Navré, notre kiné constate : « Les problèmes de surpoids, en relation avec la sédentarité et une mauvaise hygiène alimentaire, sont de plus en plus fréquents. Ils provoquent des réactions en chaîne désastreuses pour l’épine dorsale ». Et les activités sportives de nos petits athlètes, alors ? « Très bien, mais à trop forte dose, elles peuvent également agresser la colonne vertébrale de l'enfant, en raison de microtraumatismes répétés ».
Enfin, autre sujet qui préoccupe notre spécialiste : la position quotidienne de ces jeunes gens en pleine construction. « Ça ne va pas, grommelle Olivier. Nos gamins restent assis toute la journée des heures durant. L’an passé, mes fils devaient assister à deux heures d’histoire d’affilée, sans lever leurs fesses de la chaise. Je leur ai dit qu’ils avaient le droit de demander à gambader un peu. Rester comme ça dans une mauvaise posture, sur une chaise inconfortable, mal adaptée, à une hauteur inadéquate des tables, c’est mauvais ».
Sans compter les différentes postures face à l’ordi, à la tablette, devant la télé, avachi ou voûté… tout cela risque évidemment d'engendrer plus tard des problèmes. Ne courbez pas l’échine, on vous dit tout de suite quoi faire.

Quelle posture adopter ?

C’est là où vous, parents, avez un rôle à jouer. D’abord si vous regardez bien la façon légèrement désarticulée qu’ont nos ados de se tenir, on se rend compte qu’il n’est pas bien difficile de rectifier certaines postures. Votre première mission : faire en sorte qu’ils adoptent le plus tôt possible quelques bons automatismes.
À commencer, comme nous l’a indiqué Olivier, par une bonne hygiène de vie. D’ailleurs, il précise. « Je vois des gamins autour de moi qui sont très intéressés par le yoga, le tai-chi-chuan, etc. Bon, pourquoi pas ? Mais si à côté, on s’empiffre de cochonneries, je pense que tout s’annule. La colonne vertébrale, c’est un petit cerveau aussi ».
Donc, on reprend les bonnes habitudes. À savoir une alimentation variée et équilibrée, nécessaire pour fournir aux petits corps de champions des ados, tous les nutriments nécessaires pour être en forme et soulever, par exemple, un cartable qui pèse le poids d’un âne mort.
Autre élément à surveiller (et nous n’aurons de cesse d’insister, dussions-nous devenir chèvre) : la fatigue. Le kiné en remet une couche : « Un adolescent fatigué, à cause d'un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité lié à une alimentation trop riche, sera plus enclin à des tendinites ou des claquages ».
Petite astuce livrée par notre professionnel que vous allez à coup sûr essayer dès ce soir. « Je les oblige à se laver les pieds tous les soirs. Pas nécessairement pour l’hygiène, mais plus pour se masser les terminaisons nerveuses. On peut même leur dire d’étaler un peu d’huile - essentielle ou non - sur la plante des pieds. Vous allez voir les conséquences sur le sommeil. Et même sur celui des parents. Vous le direz bien à vos lecteurs, ça, hein ? ». On l’a promis, le voilà écrit noir sur blanc.

De l’air pour les lombaires

Se chipoter les pieds, très bien. Mais ce n’est pas tout. Le sport a une action bénéfique sur la santé, même si, on l’a vu plus haut, gare aux petits dos fragiles. « Du sport, oui, mais pas à n’importe quel âge. On fait attention aux efforts intensifs dans les pics de croissance, souligne Olivier. Grâce aux activités physiques régulières - j’insiste -, les jeunes développent leur musculature, indispensable pour supporter leur sac, les charges et même résister aux mauvaises postures ». D’accord, mais pour la mauvaise tenue à l’école, alors ? On ne peut pas mettre un parent derrière chaque ado toute la journée.
Lydia, maman de deux ados, est une immense adepte du yoga. Quand elle voit ses enfants se tenir à table, elle manque de faire un malaise. Un jour, elle a eu une bonne idée. « Je n’en pouvais plus de les voir faire le dos rond à longueur de temps. J’imaginais la forme de leur colonne vertébrale et ça m’empêchait de dormir. Je considère que le corps est un capital précieux. J’avais beau leur répéter ‘dos droit’, ça n’était efficace que quelques minutes. Je suis même allée voir un prof pour lui demander de faire gaffe, il m’a évidemment ri au nez ».
Lydia réfléchit. Lydia tâtonne. Et, un jour, elle trouve. Elle et ses enfants sont fanas de vieilles illustrations médicales du siècle dernier. Elle décide donc de customiser leurs plumiers avec les bonnes postures à adopter pendant la journée. À savoir, un dos droit, des bras posés sur le bureau. Verdict ? « Mes enfants m’ont avoué que plusieurs fois par jour, quand leurs pensées dérivent, ça leur arrive de voir les images collées et de se concentrer sur une meilleure posture. Idem pour leurs copains. Je voudrais décliner ce genre d’illustrations pour les classes. Quitte à les distribuer gratuitement ». Le projet est en cours, dès qu’on en sait plus, on vous en reparle. Pour l’heure, parlons cartable.

Chacun cherche son sac

On le répète, le sac à dos, sac à main, cartable, n’est pas le seul facteur de risque pour les lombaires. Toutefois, son réglage n’en reste pas moins essentiel. On retrouve Olivier, qui a même poussé le jusqu’au-boutisme en nous amenant le sac d’un de ses gamins. Un sac à dos d’apparence classique sur lequel est écrit au feutre « Putinbitch »…
Passée la gêne, Olivier explique : « Avant toute chose, il faut ajuster le sac au jeune et non le contraire. C’est-à-dire qu’il faut bien régler les sangles de manière à ce qu’elles se posent sur les courroies des épaules. Pas mal non plus, les modèles avec poitrine rembourrée. Ça réduit la pression dans le dos, et empêche le contenu du sac de s'y enfoncer. De manière générale, même chez les adultes, il faut aller vers les modèles qui réduisent la pression sur le corps et permettent de bien équilibrer le poids ».
Consciencieux, l’expert explique qu’il est préférable de placer ce qu’il y a de plus lourd le plus proche du dos possible. Les lanières ne doivent pas s'enfoncer dans les épaules et permettre aux bras de bouger amplement. L'extrémité inférieure du sac à dos doit s'appuyer sur le contour du bas du dos. Sac ou cartable doit coller de haut en bas sur le milieu des dorsales et ne pas pendre sur les fesses.
Contre toute attente, le kiné privilégie la piste des sacs à dos pour les ados. Il nous explique que, de plus en plus, les produits sont conçus en vue de répartir la charge équitablement. S'ils sont portés correctement sur les deux courroies d’épaule et ne sont pas surchargés, ils sont supportés par les muscles dorsaux et abdominaux. Il s’agit des muscles les plus puissants du corps humain, ils stabilisent le tronc et maintiennent la colonne vertébrale dans un équilibre et un alignement corrects.
Autre point important : le poids de l’équipement. Privilégiez les matériaux légers comme la toile. Que chaque parent garde bien en tête qu’un sac plein ne doit jamais peser plus de 15 % du poids de son enfant. Voilà de quoi orienter vos achats de rentrée si ce n’est pas encore fait. Ruez-vous sur l’encadré ci-contre où l’on vous rappelle les sacro-saintes règles du bon cartable.
Une dernière chose : ne négligez pas les douleurs de votre petit. Si ce dernier se plaint régulièrement ou éprouve de grandes difficultés à se tenir droit, n’hésitez pas à consulter un spécialiste. Même en pleine croissance, une douleur au dos n’est jamais anodine. Pas d’excuses… elles ont bon dos.

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Les 4 commandements du bon cartable

  1. Une valise à roulettes, tu ne chériras point. Pour quelle raison ? Encore le dos. Ces objets nécessitent une torsion de la colonne vertébrale. De plus, la structure est plus lourde qu’un sac classique. Et s’il y a marche à gravir pour votre ado, dites-vous bien que ça risque de ne pas le ravir.
  2. À sa largeur, tu prêteras attention. Elle doit correspondre à celle des épaules. Larges aussi, les bretelles, et pas trop longues.
  3. Une ouverture facile, tu privilégieras. Pensez aux petites mains de votre chérubin et faites le test avec lui lors de l’achat.
  4. Pour la légèreté, tu opteras. Le cartable doit aussi être le plus léger possible, comme on l’a vu. Olivier parle de 15 % du poids de l’enfant, au Ligueur, les experts nous ont parlé de 10 % de la masse, soit, par exemple, un cartable de 3 kg maximum pour un enfant de 30 kg.