9/11 ans

« Je veux pas partager ma chambre ! »

Faute de moyens, de surface disponible ou simplement par choix, il arrive fréquemment que deux enfants ou plus doivent partager leur chambre. Chez certain·e·s, cette cohabitation est parfois ressentie comme imposée, tandis que chez d’autres elle est une évidence. Avantages, inconvénients, organisation, on a poussé la porte de la chambre des 8-11 ans pour en savoir plus.

« Je veux pas partager ma chambre ! »

D’un côté, un lit défait, des jouets qui traînent un peu partout, quelques vêtements en tas, à même le sol. De l’autre, des livres rangés du plus petit au plus grand, des bacs avec leurs couvercles d’où rien ne dépasse et une couette sans pli. Pourtant, nous sommes dans la même chambre, celle de Rosie, 7 ans, et Nina, 10 ans. Les deux sœurs cohabitent depuis toujours, pas possible de faire autrement dans cet appartement un peu exigu qui ne compte que deux chambres.
Alicia, la maman des deux filles, reste la première étonnée de la cohabitation de ces deux mondes dans une même chambre. « Il y a clairement deux espaces dans cette chambre, avec une sorte d’accord tacite entre les filles pour ne pas déborder sur le territoire de l’autre. Ce qui est dingue, c’est que les deux coins ressemblent tellement au caractère de l’une et de l’autre. Nina est hyper sage, cérébrale, très scolaire, très organisée quand Rosie est une pile électrique, très extravertie, à fond dans les activités manuelles et le sport. Et ce qui est encore plus dingue, alors qu’elles se chamaillent à tout bout de champ, c’est que pour rien au monde elles ne changeraient de chambre ».
En matière de partage de chambre dans la fratrie, les configurations sont presque tout aussi nombreuses qu’il y a de familles. On retrouve des lits superposés, des espaces bien délimités, personnalisés et tout autant de zones collectives, des bibliothèques en guise de séparation, des accords presque officiels sur les temps d’occupation du lieu… Bref, on s’arrange, on négocie, on s’adapte pour faire de cette chambre un endroit vivable.

Une mini-société

« Dans ce genre de situation, les cas problématiques sont finalement assez rares, souligne la psychologue Alexia Lesvêque, tout simplement parce que soit la cohabitation a toujours été la norme, soit c’est une situation qui n’a pas d’autre solution quand l’habitation est trop petite, par exemple. Ce qui ne veut pas dire que ça n’induit pas des tensions ou des situations de crise à gérer, particulièrement quand on arrive à la préadolescence, où les notions de territoire et d’intimité commencent à être très prégnantes chez l’enfant ».
Pour les parents, avoir deux enfants dans la même chambre serait donc une solution facile à mettre en place. Vraiment ? Eh bien, difficile de répondre à la question de façon globale, puisque d’une famille à l’autre, les paramètres peuvent différer en fonction de l’âge des enfants, de leur sexe, de leur maturité ou encore de leur caractère.
« Une chambre partagée est en quelque sorte une mini-société, avec ses rapports de force, avec ses luttes de territoire, parfois avec ses dominés et ses dominants, explique Alexia Lesvêque. C’est aussi une terre de compromis, d’arrangements, d’aménagements, de perpétuelle évolution. Vous trouverez quasiment autant d’histoires différentes qu’il y a de combinaisons d’âge, de sexe, de caractère dans les fratries. Certains enfants choisissent volontairement de s’effacer un peu pour laisser plus de place à un frère ou une sœur plus envahissant·e, d’autres vont lutter pas à pas pour conserver des espaces équilibrés, d’autres encore vont mutualiser les affaires ou les meubles. C’est pour cela que je fais le parallèle entre cette chambre et une mini-société, il est là question de vivre-ensemble, de tolérance, mais aussi de choix de ses combats. »

Un cadre à définir

Le parent a bien évidemment un rôle à jouer dans tout cela. Et comme souvent, c’est celui de poser un cadre et des règles à cette cohabitation. Et de les faire évoluer au fur et à mesure que les enfants grandissent. « Mon fils et ma fille, qui ont deux ans d’écart, ont longtemps partagé leur chambre, raconte Thierry, leur père. Quand ils étaient petits, on leur a dit ‘C’est comme ça, on n’a pas assez de chambres pour tout le monde’. Au fil du temps, on a eu les premiers ‘Oui, mais lui a le droit à ça’ et autres ‘Oui, mais elle peut faire ça’. Alors, on a fait ensemble une sorte de règlement intérieur de la chambre, avec ce qu’on pouvait y faire, pas y faire, ce qui était partagé ou pas. Et on l’a fait évoluer parce que certains trucs ne collaient plus. Plus tard, chacun a eu sa chambre, mais il est resté entre eux ce truc de dire clairement ‘Ça, c’est à moi, pas touche’ ou ‘Ça, tu peux prendre, c’est O.K.’ ».
Devant cet exemple, la psychologue abonde dans le même sens. Elle rappelle qu’à cet âge où l’enfant est encore en primaire, les parents restent encore les maîtres à bord et doivent maintenir le cap. « Comme je l’ai dit auparavant, le partage de chambre est un cas de force majeure et ne doit pas être négociable. Les parents qui laissent leur chambre et dorment dans le salon, c’est non. Un des enfants qui refuse la situation et qui veut, lui, dormir dans le salon, c’est non. Cette fermeté va permettre alors de mettre en place la cohabitation. Par contre, à l’intérieur de la chambre, on peut être plus souple, autoriser quelques excentricités. Il ne faut pas oublier que l’essentiel, c’est que les enfants se sentent bien dans cette chambre ».     

Et côté pratique

Du point de vue de l’aménagement de la chambre, deux écoles s’affrontent : celle de la décision ferme et définitive des parents contre celle du compromis et des arrangements à l’amiable. « Après la séparation avec mon ex-conjoint, j’ai acheté un petit appartement, explique Magali, maman de deux garçons de 9 et 12 ans. Les premiers temps, je leur ai laissé les deux chambres disponibles. Finalement, j’ai voulu mon espace à moi et je leur ai annoncé qu’ils partageraient la deuxième chambre… mais aucun n’était décidé pour cette solution. Devant leur obstination à occuper les deux chambres, un week-end où ils étaient chez leur père, j’ai mis deux lits dans la pièce, un de chaque côté, et leurs affaires en vrac dessus. À leur retour, ils n’ont pas eu d’autre choix que de faire avec. J’ai eu la soupe à la grimace pendant une semaine, puis les récriminations une autre semaine. Finalement, tout est rentré dans l’ordre, non sans quelques prises de bec de temps à autre ».
De l’autre côté du mur, quand tout le monde s’est accordé sur le partage de la chambre, il est plutôt question bons plans, trucs et astuces. Pour vous aider dans votre quête de l’aménagement parfait, le web regorge de tutos en tous genres concoctés par des bricoleurs amateurs plutôt doués. Si vous avez plus de moyens, vous pouvez également faire appel à un décorateur d’intérieur qui saura trouver des parades pour répondre aux demandes de vos enfants et leur mettre à disposition un espace pratique et cosy.
« Le point de départ de tout projet, c’est de décider si on opte pour deux zones égales avec un lit dans chacune ou si on choisit un lit superposé et donc une grande zone, commune ou pas, note Olivier Nouary, décorateur d’intérieur depuis quinze ans. D’expérience, je sais que l’âge n’entre que peu dans l’équation. Il y a des préados qui choisissent le lit superposé, des très jeunes déjà très indépendants qui veulent des espaces bien délimités, donc c’est vraiment du cas par cas, voire du sur-mesure. »
Pour ce professionnel de l’aménagement malin, la clef de voûte de la création d’espaces personnels est tout simplement la cloison. « Dans ces cas, on ne parle pas de cloison fixe ou de mur de séparation, explique Olivier Nouary, mais bien de parties amovibles. La modularité, c’est ce qui va permettre une évolution au fil du temps. En grandissant, les besoins des enfants sont différents, on veut plus d’intimité, un bureau rien qu’à soi, une penderie plus grande, etc. Ce qui est génial dans l’aménagement des chambres, c’est qu’on a une grande diversité de meubles, de panneaux ou de tissus qui peut être utilisée ». 

Romain Brindeau

En pratique

Garçon et fille ensemble jusqu’à quel âge ?

La règlementation est différente selon la Région (Wallonie ou Bruxelles) où se situe le logement, mais aussi si c’est un logement social ou du domaine privé.
Il n’est pas possible de maintenir deux enfants de sexes différents dans une même chambre à partir du moment où l’un deux atteint l’âge de 10 ans dans certains cas, 12 ans dans d’autres. De même, le Code du logement de votre région peut stipuler qu’à partir de l’âge de 15 ans, chaque enfant doit pouvoir disposer de sa propre chambre.
Pour toute demande d’infos :

Ils en parlent...

Que de bons souvenirs

« J’ai tout le temps partagé ma chambre avec ma sœur, même quand on a eu la possibilité d’avoir chacune la nôtre. Nous avons seulement deux ans d’écart et c’était très gai d’avoir cette proximité. On partageait un espace, mais surtout des secrets, des confidences, des rêves. Le seul truc qui ne marchait pas, c’est pour les fringues. Il était hors de question que Lucia m’en pique ! »
Chiara

Générateur de valeurs

« Tout comme mon frère et moi, mes enfants partagent leur chambre. C’est génial d’apprendre le partage, le vivre-ensemble dans une fratrie. Je trouve que ça rend les enfants bien plus adaptés à la vie en collectivité. En tout cas, c’est valable pour les miens, je les trouve super partageurs et collectifs dans l’attitude. Ce qui est loin d’être le cas chez certains de leurs copains… »​
Nicolas, papa de deux garçons de 9 et 12 ans

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