Vie de parent

Jeunes homosexuels : un lieu
pour poser ses questions

Les plannings familiaux s’adressent à tous les jeunes, garçons ou filles, hétéros ou homos. Ça, c’est pour le principe. Mais en réalité, ces structures accueillent essentiellement des jeunes filles hétérosexuelles. Face à ce constat, le centre Estelle Mazy (Liège) a créé un nouvel espace dédié aux jeunes qui se posent des questions sur leur homosexualité ou sur leur identité sexuelle. Son coordinateur, Frédéric Burdot, psychothérapeute, nous en ouvre les portes.

Jeunes homosexuels : un lieu pour poser ses questions - Thinkstock

Ce nouvel espace Estelle Mazy, se propose d’accueillir les homosexuels - lesbiens et gays - mais aussi les bisexuels, les transexuels  et les personnes dont le genre est indéterminé. « Ce public que l’on appelle pour faire court LGBTI forme une sorte de catégorie ‘politique’ que leur sexualité pourrait amener à vivre des discriminations », explique Frédéric Burdot.

Un centre unique en son genre

Sans aller, jusque-là, on sait qu’il est difficile pour un jeune qui se pose des questions sur son orientation sexuelle ou qui souffre d’une infection sexuelle transmissible d’aller en parler chez son médecin traitant. D’où cette équipe de médecins, de psychologues, d’assistants sociaux qui partage la même orientation sexuelle ou qui est au moins gay friendly. En jouant sur cette étiquette, le centre Estelle Mazy veut faciliter la prise de rendez-vous afin que les LGBTI se sentent pleinement à leur place.

Un deuil à faire

Certes, les mentalités évoluent. Les enfants qui font leur coming out en annonçant à leurs proches leur homosexualité ne sont plus mis à la porte de chez eux. Cela n’empêche que la nouvelle est rarement accueillie dans la plus parfaite sérénité et que les parents ne sont toujours pas prêts à devenir « parent d’homo » !
« On a coutume de dire que lorsque l’enfant sort du placard, c’est la famille qui y rentre, observe Frédéric Burdot. Les parents ont besoin d’un certain temps pour digérer leur colère, pour faire aussi le deuil d’un avenir qu’ils s’étaient imaginé et qui ne se déroulera pas. C’est pour cela que l’annonce, si elle peut être faite dans un lieu où un accompagnement psychologique et médical, peut apaiser bien des choses. »
Le jeune ne se sent plus seul avec ses nombreuses questions face à des parents dont il redoute la réaction. Comme, par exemple, un père qui le rejette, blessé dans la transmission de sa masculinité ou une mère en état de sidération. Il n’en reste pas moins que le parent le plus ouvert s’interrogera toujours sur le pourquoi de ce choix, cherchant en vain dans l’éducation donnée, ce qu’il aurait loupé. « Ce questionnement est stérile, affirme le coordinateur de cet espace Estelle Mazy, puisqu’on ne sait pas si l’homosexualité est innée ou acquise. »

Une violence à bas bruit

Une large part de l’inquiétude des parents est aussi liée au sort que réserve notre société à l’homosexualité et toute autre recherche d’identité sexuelle. De la cour de récré où fuse le mot « pédé » au crime homophobe, la violence contre la communauté gay est tacite. Le jeune y est d’autant plus sensible qu’il se pose une foule de questions du genre : « Pourquoi ça m’arrive à moi ? Est-ce que je suis tout seul ? Comment vais-je pouvoir en parler ? À qui en parler ? Est-ce que je vais trouver du travail ? »
Si l’adolescent hétéro est déjà perturbé par les bouleversements vécus par son corps et la découverte de ses pulsions, on imagine le désarroi du jeune qui se découvre amoureux… de son meilleur ami (ou à l’inverse, pour les filles). Coupé de tout, il entame un long chemin de solitude qui peut le mener, dans certains cas, au suicide (Des études montrent d’ailleurs que ce risque peut- être six à douze ou même seize fois plus élevé que pour un jeune hétéro). Désormais, un espace lui est entièrement réservé. Espérons que d’autres plannings familiaux suivront l’exemple du centre Estelle Mazy.

Myriam Katz - 10/10/2013

En savoir +

Centre de planning Estelle Mazy, rue Cathédrale 94 à 4000 Liège. Tél. : 04/223 51 20

En pratique

Laissez-lui le temps de faire des allers et retours

On le sait, un jeune peut très bien avoir des attirances homosexuelles sans qu’il y ait un lien définitif avec son orientation sexuelle à l’âge adulte. Si dès 14 ans, un enfant peut déjà être conscient qu’il a un sentiment différent des copains parce qu’il est amoureux d’un garçon (ou l’inverse pour une fille), évitez toute pression pour qu’il fasse son coming out. Ce qui est important, c’est que dès le départ, la sexualité ne soit pas un sujet tabou et que vous ne le poussiez pas dans l’un ou l’autre camp, mais que vous le laissiez prendre son temps et faire des allers et retours.

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