Jouets connectés : amis ou espions ?

Le jouet connecté. Tiens donc, le mot fait désormais partie du paysage parental, il est de plus en plus visible dans les rayons des magasins de jouets. Pourtant, on ne sait pas véritablement comment le définir. Et même si les ventes restent encore marginales, vos enfants en raffolent. Quoi de plus normal ? Ces petits hybrides high tech sont partout : poupées, robots, peluches, montres, jeux de société, etc. Pour ceux qui auraient passé commande auprès de saint Nicolas, voici quelques recommandations délivrées par l’équipe de l’Autorité de protection des données (GBA-APD).

Jouets connectés : amis ou espions ?

Au fond, qu’est-ce que c’est, un jouet connecté ? Nous sommes beaucoup à le confondre avec son cousin éloigné : le bête joujou contenant de l’électronique. Une voiture télécommandée n’est pas un jouet connecté, par exemple. Une poupée qui parle, non plus. En revanche, dès qu’il est question de se relier, en wifi, en Bluetooth, à un autre appareil dit intelligent ou qu’une appli rentre en jeu, on est en plein sur le terrain miné du connected toy, comme aiment à dire nos Ricains souverains.
Difficile de les cataloguer avec précision, tant le champ des possibles est vaste. Un petit poney que l’on fait galoper à partir d’une tablette, une petite poupée flippante qui répond aux questions qu’on lui pose grâce au smartphone, un jeu de société basé sur un principe de géolocalisation, un crapaud en peluche qui fait des câlins via un système de reconnaissance vocale, un hélicoptère équipé d’une caméra qui stocke les données en ligne… Grand est l’amusement, immenses sont les risques. D’ailleurs, ces quelques interrogations de parents nous le prouvent.

Marco, papa de Romie, 11 ans : « Games of Drone »
« Cette année, on réalise le rêve de notre petite : on lui offre un drone. On est juste un peu inquiets de cette histoire de zones que l’on n’a plus le droit de survoler. On ne sait pas trop quelles instructions lui donner. »

Les jouets connectés ne sont pas des jouets comme les autres. Vous pouvez expliquer à vos enfants que la différence entre ces jeux qui les font rêver et les autres, ce sont les problèmes liés à la sécurité et à la confidentialité. Et il est vrai que dans ce domaine-là, les drones sont l’exemple le plus médiatisé ces derniers temps.
► Que dire ? GBA-APD explique qu’une première chose à dire à son enfant, c’est de ne jamais survoler le jardin de personnes qui ne lui en ont pas donné l’autorisation. Ainsi que de ne jamais filmer des gens sans leur accord. La base.
► Votre rôle, parents ? De votre côté, pensez à bien vérifier que les images ou autres enregistrements ne sont pas transmis à des personnes que vous ne connaissez pas. Et pour répondre à Marco, il existe une carte des territoires interdits de survols sur le site droneguide.be

Andréa, maman de Yana, 9 ans : « La poupée de la terreur »
« Ma fille, pour faire comme ses copines, rêve de cette fameuse poupée qui répond aux questions et qui se pilote depuis un smartphone. En dépit des mises en garde que j’ai reçues, on va céder. De quoi faut-il vraiment se méfier ? »

On ne donnera pas le nom de cette poupée pour éviter le coup de pub, mais il est vrai que la CNIL (la Commission nationale de l'informatique et des libertés française) met en garde sur ce type de jouets. Pourquoi ? D’abord parce n’importe qui peut se connecter à ce type de poupée ou de robot via un smartphone ou autre, tant qu’il se trouve dans la zone d’émission Bluetooth. Ce qui peut donc permettre à l’intrus de prendre le contrôle de la figurine connectée à distance ou tout simplement d’écouter ce que l’enfant lui dit. Gardez en tête que vous avez fait entrer une vraie petite espionne dans la chambre.

Que dire ? La GBA-APD conseille de toujours éteindre complètement tout ce qui est poupée ou robot après avoir joué avec. Il est important que votre enfant évite de révéler des choses à son joujou qu’il n’aimerait pas que d’autres sachent. Pourquoi ? Parce qu’il peut enregistrer et transmettre absolument tout ce qu’on lui raconte.
Votre rôle, parents ? L’intérêt d’une telle mise en garde ? Il s’agit d’un préambule pour les règles à appliquer aux écrans. D’où la nécessité de bien apprendre à vos enfants comment s’en servir. Gardez en tête que vous ne lui offrez pas une poupée quelconque. Vous pouvez retrouver tous nos conseils sur la confidentialité des données sur leligueur.be > 6 questions à poser à votre enfant pour lui éviter des ennuis sur le web.

Stéphane, papa de Matéo, 13 ans : « Pas si bête, la tablette »
« Mon fiston est toujours sur ma tablette. Pour la récupérer et aussi lui faire plaisir, je lui en offre une pour les fêtes. Pas une vraie, un truc entre le jouet et la vraie machine. Il s’est toujours montré raisonnable sur la mienne, mais que se passera-t-il quand il aura la sienne ? »

Très bonne question. On entend souvent qu’entre l’usage que l’on fait sur l’écran des parents et le sien, ce n’est plus le même monde. Normal, avec cette acquisition, vous faites faire un pas de géant à votre petit. Parce que, même s’il s’agit d’un jouet, gardez bien en tête que les appareils sont de plus en plus performants.

► Que dire ? En plus des recommandations que l’on donne plus haut sur les bonnes questions à se poser pour éviter les ennuis sur le web, GBA-APD recommande de ne jamais donner sa vraie identité quand votre enfant crée un compte. Le mot d’ordre ? L’utilisation du pseudo. Autre chose importante : répétez encore et encore à votre enfant de ne jamais prendre de photos de lui qui peuvent le gêner ou l’embarrasser à l’avenir. Enfin, règle absolue : ne pas tout partager toujours, à chaque instant, sur les réseaux sociaux.
► Votre rôle, parents ? Là encore, vous ne donnez pas un tel outil à votre petit sans cadrer. Et la première règle peut être la suivante : interdiction de télécharger une application sans votre accord. C’est le B.A.BA. Ainsi, vous gardez un œil (un tout petit) sur la navigation de votre petit.

Toumi, papa de Stacy, 15 ans : « Un monstre de montre »
« Ma grande est une sportive et une geek. Rien de plus normal que de lui offrir une montre connectée. Seul problème, je n’y connais rien de chez rien. J’ai lu pas mal de mises en garde. Notamment une, en ce qui concerne les ados : ils se laissent facilement envahir par ce type d’objet. Je ne sais pas trop quoi en penser ».

Pas mal d’utilisateurs déchantent. La montre connectée, la mal-nommée, n’est pas à considérer comme une montre, mais plus comme un écran attaché au poignet. Le piège avec les ados, c’est que chaque notification est signalée en permanence. Encore plus qu’avec n’importe quel appareil connecté. Votre ado l’a sous le nez, il est donc sans arrêt sollicité.

► Que dire ? GBA-APD met en garde sur les informations liées à la santé dont beaucoup de sportifs raffolent. Utiliser une montre connectée pour suivre sa fréquence cardiaque, les calories consommées, tout ceci est lié aux applications de santé. Expliquez alors à votre enfant qu’il donne des informations que l'appli va collecter et utiliser. Rappelez qu’une app - quelle qu’elle soit - n'est pas un médecin. Exit donc le devoir de confidentialité. En acceptant de donner certaines informations, Stacy autorise les entreprises qui ont conçu ces applis à accéder à des données souvent très personnelles : poids, schéma alimentaire, sommeil, etc. Le tout va nourrir les fameux algorithmes publicitaires. Votre enfant peut donc se retrouver, par exemple, inondé de produits de régime sur la base des données qu’il a innocemment partagées.
► Votre rôle, parents ? Expliquer que la solution la plus simple consiste à éviter de partager trop d’informations. Vous pouvez lire ensemble les conditions d’utilisation avant de télécharger une application sportive sur la montre. Soyez attentifs aux données qui sont collectées. Si vous jugez qu’une app veut en savoir trop au sujet de votre enfant, c’est qu’elle n'est peut-être pas fiable. Dans ce cas, multipliez les infos, demandez conseil aux sportifs autour de vous et, ensemble, cherchez une alternative.

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Je décide

Toutes ces précieuses informations que nous livre l’Autorité de protection et bien d’autres sont compilées sur le site jedecide.be. Le principe consiste à fournir toutes les données nécessaires aux jeunes utilisateurs pour protéger leur vie privée en ligne. Mot de passe, astuces pour se protéger, paramétrage des comptes en ligne, droits, contrôle parental, etc., le site fourmille d’informations pratiques à la fois destinées aux jeunes, mais aussi tant aux parents qu’aux enseignants, pour trouver les bons mots. Ou, simplement, l’argument choc qui va permettre à nos enfants du numérique d’acquérir les armes nécessaires pour ne pas se noyer dans cet océan d’informations qu’est le web.
Vous le savez, les pièges sont nombreux et les tentations sont suffisamment grandes pour ne pas, en plus, se faire envahir par les jouets connectés. Loin de nous l’idée de vous décourager quant à un éventuel achat. D’ailleurs, régulièrement, nous vous présentons des jouets high tech dans nos sélections jeux/jouets. Vous nous connaissez, nous ne permettrons jamais d’interdire, simplement d’avertir. Parce qu’un parent averti… oui, vous connaissez la suite.