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Jouets et bactéries,
un drôle de ménage

Cracras, les jouets de nos petits ? À force d’être manipulés, léchouillés, partagés et promenés, ils collectionnent des bactéries… et parfois du moisi. Alors, sans tomber dans l’excès, un petit nettoyage de printemps peut être bienvenu.

Jouets et bactéries, un drôle de ménage

Avouez, vous les avez déjà vues. Ces horribles petites crasses noires qui se logent insidieusement dans les canards de bain de vos enfants. On a beau se dire que c’est du savon… quand ça moisit, ce n’est pas joli-joli et ça ne sent même pas bon. Quand on voit le plus grand qui suçote son pistolet à eau dans le bain et la deuxième qui fait « tchin-tchin » avec des gobelets savonnés, on a le droit de se demander si ces saletés ne seraient pas un peu toxiques pour eux.
Brigit Pruess, professeure américaine de microbiologie, s’est amusée à compter les différentes bactéries présentes sur quelques jeux de nos petits et grands. Pas de canard de bain ni de pistolet à eau dans son échantillon, mais un autre jouet souvent mordillé par les tout-petits : Sophie la girafe. Elle a également analysé un avion en plastique, un ours en peluche, un jeu vidéo pour enfant de 4 ans (oui, on est aux États-Unis…), un GSM et une console portable pour préado.
Alors, même si ce n’est pas une étude de grande envergure avec des milliers de jouets testés, ça vaut la peine d’y jeter un œil…

La girafe aux 450 bactéries

Sans surprise, le jouet le plus « décoré », c’est aussi le plus mâchouillé : Sophie la girafe contenait pas moins de 450 bactéries ! S’ensuit le GSM du préado avec un total de 150 à 200 bactéries, le jeu vidéo pour enfant de 4 ans avec 90 bactéries. Par contre, aucune bactérie n’a été détectée sur l’ours doudou qui dormait toutes les nuits avec un petit de 4 ans. Peut-être parce que les bactéries logées sur le tissu sont particulièrement difficiles à déloger.
Mais ces bactéries sont-elles toxiques ? Catherine Bouland, biologiste et professeure à l’École de santé publique de l’ULB explique : « Le fait d’avoir des bactéries dans notre environnement n’est pas dangereux. On vit en symbiose avec elles. Au quotidien, on est plus entourés de bactéries que d’êtres humains. Certaines sont dangereuses, mais la plupart des bactéries qui vivent à des températures inférieures à celles du corps humain ne sont pas dangereuses du tout. Elles stimulent même l’immunité. »
Loin de prôner l’excès de propreté, cette biologiste préconise un juste équilibre à trouver. Et ce ne sont pas les parents, déjà assez débordés, qui s’en plaindront ! « Laver les jouets avec des produits chimiques peut être beaucoup plus nocif que vivre avec des bactéries. L’eau de Javel et les dérivés chlorés sont très persistants dans le corps humain. Donc, je nuance. Il est important de retirer les grosses salissures : le vomi, la boue ou les déjections… Et, surtout, éviter les choses qui restent humides et qui moisissent », souligne Catherine Bouland.
C’est le cas notamment de tous les jouets de bain, qui ont une fâcheuse tendance à noircir. « Si c’est noir et un peu duveteux, c’est du moisi, confirme la biologiste. Le savon agglomère le peu de salissures que le bébé peut avoir : de la peau, des squames… Et dans un endroit humide, la matière organique moisit. D’où l’importance de faire sécher un jouet ou un doudou humide. »
Concrètement, pour le nettoyage, on ne fait pas de chichis : de l’eau, du savon de vaisselle et un passage en lessive pour les tissus. « Il ne faut surtout pas mettre des produits anti-odeurs sur les jeux des enfants. Cela rajoute des produits et c’est souvent avec du limonène, un irritant à l’odeur citronnée. Je préconise l’utilisation de savons simples, d’éviter les parfums et de bien aérer les jouets, une fois qu’il fait sec dehors », ajoute la professeure.
Autre piste pour éviter des saletés dans les jouets : ne pas les autoriser à table et laver les mains de nos petits cracras qui reviennent du parc ou du jardin.

Estelle Watterman

En pratique

Comment laver et désinfecter les jouets de nos bambins ?

  • Les doudous et jouets en tissu peuvent aller à la machine à laver.
  • Les jeux en plastique se lavent avec du produit de vaisselle ou du vinaigre blanc (un antiseptique bon marché qui ne laisse aucune trace après un rinçage).
  • Les jouets de bain remplis de moisi peuvent être remplis de vinaigre blanc, puis rincés, ou directement jetés à la poubelle. Pour éviter ou retarder l’apparition de ces crasses, bien vider l’eau prisonnière du jouet à la fin de chaque bain. Et le faire sécher entre les bains.
  • Et le congélateur ? Réputé pour tuer les acariens, il ne supprime hélas pas leurs déjections, qui sont allergisantes. Un lavage en machine à 60°C sera plus efficace qu’un tour au congélo.
     

Et dans les crèches ?

L’ONE conseille d’opter pour des jeux et jouets facilement lavables. Elle conseille également un entretien quotidien des jouets : au lave-vaisselle pour les jouets en plastique ou à la machine à laver pour les jouets en tissu, le tout à 60°C minimum. Pour les plus grandes pièces, comme pour les sols, elle recommande trois étapes : un nettoyage, un rinçage et une désinfection.
Sur le terrain, un lavage quotidien des jeux, c’est assez rare, voire impossible. La responsable d’une crèche namuroise nous confie : « Le sol est lavé deux fois par jour. Mais il est difficile d’évaluer la fréquence de lavage des jeux. On profite des stagiaires ou des congés annuels pour laver en une fois tous les jeux avec du produit de vaisselle. L’eau de Javel est interdite dans les crèches. Et on ne pourrait pas passer son temps à laver tous les jeux, alors que les enfants s’échangent joyeusement leurs tétines ! »

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