Vie de parent

JOURNAL DE BORD | Mardi 17 mars. École fermée, on s'adapte

Ciel bleu, température clémente. La nature sort le bout de ses bourgeons, alors que l'humain, lui, se confine. Toutes ses activités culturelles et sociales sont annulées jusqu'au 3 avril. Depuis hier, lundi, la vie professionnelle est déclinée en mode télétravail. Les crèches ne sont pas encore fermées. Les écoles, oui, mais avec un système de garderie. Moins de 5 % des enfants y ont été conduits. Ceux dont les parents n'avaient pas le choix. Sinon, ils auraient suivi le message entourant la photo de profil de leurs amis sur Facebook. « Soyez responsables ! Restez à la maison ! Protégez les autres ! ». Derrière ces mots, toute une nouvelle organisation à mettre en place. Journal de bord de quatre familles belges. 

JOURNAL DE BORD | Mardi 17 mars. École fermée, on s'adapte

La boîte à défis 

Lundi, le défi était de confectionner des éclairs et des meringues. Aujourd'hui, ils doivent imaginer une pièce de théâtre sur le coronavirus. Les quatre enfants d'Amélie et Mathieu (7, 9, 12 et 13 ans) piochent au hasard un challenge à réaliser par jour. C'est une des nombreuses occupations que leurs parents ont imaginé à Genval.

« Ils ont aussi des jeux à faire en ligne avec les autres enfants de la classe : ils doivent se dessiner et les autres doivent deviner qui c'est, explique la maman. Et puis, on a également fait ce qu'on appelle notre 'liste de petits vieux'. Ce sont les personnes âgées de notre entourage : on se relaye pour les appeler tous les jours ». Amélie et Mathieu ont également acheté des carrés de potager. « Comme on est là pour un bout de temps, ils vont pouvoir suivre leurs plantation au fil des saisons ».

Mais ce n'est pas parce que les enfants ne vont pas à l'école qu'il n'y a pas cours. « On a décidé de garder un rythme de semaine. On se lève et on fait les devoirs envoyés par les instits. Enfin, surtout ceux de primaire, car, pour le moment, ceux qui sont en secondaire n'ont pas reçu de boulot. Pas question de traîner sur les écrans toute la journée pour autant, ils peuvent aussi veiller sur les plus jeunes ».

Amélie les accompagne dans leurs tâches, tout comme elle aide son compagnon dans son travail. Il a créé une plateforme d'entre-aide en ligne. « Elle existait déjà avant la pandémie, précise Amélie. Give a day, c'est une sorte de Tinder du bénévolat pour se rendre service. Avec le coronavirus, on a beaucoup de boulot ». Logopède, la maman a annulé ses consultations non-urgentes et arrive donc à jongler entre le soin aux enfants, la plateforme d'entre-aide et le reste de ses consultations. Elle décrit l'ambiance comme sereine. « Mais on est qu'au deuxième jour ! En tant qu'indépendants tous les deux, c'est très insécurisant comme situation, même si on comprend les mesures gouvernementales... et ce n'est que le début ! », conclut, lucide, Amélie.

Télétravail trois jours semaine

Au bureau hier, en télétravail aujourd'hui. Pour Laurence, maman solo de deux enfants à Bruxelles, on s'organise comme on peut. « Le grand, 11 ans, a pu rester tout seul à la maison hier et j'ai pris la plus jeune, 9 ans, avec moi au bureau, explique-t-elle. Aujourd'hui, ils sont avec moi à la maison où je télétravaille. Si c'est facile à gérer ? Oui et non. Oui, parce que le grand est autonome. Non, parce que si je ne les surveille pas, ils ne font pas leurs devoirs. Ils ont reçu des cours en ligne. On essaye de garder le rythme et de travailler quotidiennement ». Laurence n'a pas établi de règles particulières. « Ils sont assez grands pour savoir que je dois travailler ».

La Bruxelloise s'est aménagé un bureau... « mais je suis souvent déconcentrée, car ils ont envie de discuter, ils ont envie d'aller voir les copains. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas sortir alors qu'ils pensent qu'il n'y a que les personnes âgées qui sont touchées. Ils ont beaucoup d'infos sur les réseaux sociaux, sur Tik Tok, parfois fausses ». Alors Laurence leur explique, vérifie les informations qu'ils ont eux-mêmes trouvé sur internet. Non, le covid-19 n'est pas dangereux seulement pour les personnes âgées. Oui, vous risquez de le refiler à quelqu'un d'autre.

« Le côté positif, c'est qu'on a finalement plus de temps ensemble. On fait davantage de jeux de société. On prend le temps de faire des choses qu'on ne fait pas d'habitude. On va se balader en gardant les distances de sécurité ». Au deuxième jour sans école, l'ambiance est toujours bonne dans la petite famille ,« mais il faut prévoir des activités », fait remarquer la maman.

Une organisation à trouver

Être à la tête d'une équipe, Patrick a plutôt l'habitude. Mais aujourd'hui, celle qui l'entoure est composée de cinq enfants âgés de 4, 6, 8 12 et 15 ans. L'open space d'une haute tour de verre rempli d'employés devant leur ordinateur a été remplacé par la la maison familiale. Les tâches professionnelles, quant à elles, restent les mêmes. Les réunions s'enchaînent... en ligne et il n'est pas rare d'être interrompu par un bambin en pleine demande d'attention. C'est d'ailleurs le cas lors de cette interview. « Excusez-moi deux minutes. Demande à ton grand frère ».

Depuis lundi, Patrick essaye de jongler entre son rôle de papa et sa casquette de cadre dans le secteur de l'énergie. Son épouse, consultante dans le même domaine a des journées bien remplies elle aussi. « On travaille dès 7h du matin avant que les enfants ne se lèvent, mais ils se réveillent plus tôt avec le beau temps, nous explique-t-il entre deux réunions. On essaye de se relayer sur certaines parties de la journée pour aller faire des balades dans les bois, par exemple. Nous avons aménagé un espace bureau dans la maison, mais nous sommes souvent interrompus. Oui, bien sûr, il y a des règles mais la discipline n'est pas encore installée... Pardon, deux minutes, s'interrompt-il. Essaye d'aller jouer dehors... Oui, donc, comme vous l'entendez, on doit encore trouver un juste équilibre ».

Les plus grands ont pour mission de s'occuper des plus jeunes mais les négociations ne sont pas faciles. « Heureusement, il fait beau et ils peuvent jouer dans le jardin, car les sorties seuls sont exclues. Les ados sont beaucoup sur les réseaux sociaux et se sont remis à jouer en ligne. Ils ont donc des échanges et sont moins en demande d'attention que les plus jeunes ». Derrière lui, les cris s'intensifient. « Le stress nous touche plutôt nous, en tant que parents. Cette semaine par exemple, il n'y aura plus personne qui viendra faire le ménage. Ce sera des tâches en plus ». Notre conversation s'arrête là. Il y a une crise à gérer. « Après 5 minutes d'attention, c'était passé », nous précisera-t-il par SMS. Ouf ! On est rassuré.

Maman infectée, câlins assurés

Si le confinement total n'est pas encore d'actualité ce mardi en Belgique, il l'est pour Amélie à Braine-le-Comte, maman d'une petite Manon, 6 ans, avec son mari, Roch. « J'ai développé les symptômes ce week-end. J'ai donc suivi les recommandations de mon médecin : écartement de deux semaines complètes ».

Cette travailleuse dans le secteur pharmaceutique peut néanmoins télétravailler. « Les symptômes sont passés. Je ne saurai jamais s'il s'agissait du covid-19, car mon cas n'était pas jugé assez critique pour passer un test ». Et les câlins ? « Manon est très demandeuse et, de toute façon, j'ai dépassé le stade de contagion. Mais je respecte tout de même les règles d'hygiène ».

Reste à s'organiser et surtout à s'occuper. « À 6 ans, le plus difficile, c'est de trouver constamment quelque chose à faire. Si elle fait une activité pendant dix minutes, c'est long. Nous n'avons pas de formation d'instituteur, pas de nouvelles de l'école. On ne sait rien. Alors on s'improvise professeur. Chapeau à eux d'ailleurs ! ».

Amélie a commandé des livres de la même collection que celui utilisé par l'institutrice. « C'est compliqué parce qu'on ne connaît pas les moyens pédagogiques de l'école. Heureusement, merci les réseaux sociaux et internet. Il y a plein de ressources en ligne comme les capsules C'est pas sorcier ». Merci Sabine, Fred et Jammy. La petite voix et Marcel aussi.

« Mais sans école, ça a été du sport, hier ! On s'est adapté aujourd'hui : on a mis en place un planning pour ne pas constamment être à la recherche de nouvelles activités. Depuis ce matin, elle est autonome et joue dans son coin. On a établi des règles, expliqué qu'on devait continuer à travailler et que ce n'était pas les vacances. » L'ambiance est bonne selon la maman.

► On le voit : pas facile de gérer les casquettes de travailleur, parent et professeur en même temps. Alors on vous conseille vivement cette petite lecture : Petit manuel de survie, côté enfants – côté parents.

Marie-Laure Mathot

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