Julie et Laure, connecting people

Appelez-les Super ! Tout simplement, Super. Quand l’actu déprime, cette rubrique est là pour remonter le moral. Son objectif ? Mettre en scène des héros. Ceux qui rendent l’espoir possible. Il n’existe hélas pas grand-monde pour parler d’eux. Nous leur ouvrons donc largement nos colonnes.

Julie et Laure, connecting people

Deux amies de vingt ans décident de célébrer leur amitié en mettant leurs talents au service des autres. C’est-à-dire en soulageant les parents solos, en réinsufflant un peu de proximité dans l’anonymat des villes et en bouleversant les bases très nucléaires de la relation familiale. Tel est le très bel objectif de leur asbl, Hamac. Deux Super pour le prix d’une, mais qui parlent d’une seule voix. Plurielle et singulière à la fois.

Non, ce n’est pas l’histoire de deux copines qui, d’un coup, ont une idée remarquable et vont la mettre en application, en trois coups de cuillère à pot. Le parcours qui conduit Laure et Julie jusqu’à la création de leur asbl, Hamac qui vise à apaiser les parents solo, est rempli de détours.
Elles tâtonnent, font des tours sur elles-mêmes, doutent, reconstruisent et repartent de plus belle. Le déclic est amusant, c’est Laure qui en parle quelques semaines avant cette rencontre. « On se connaît depuis qu’on a quoi, 15-16 ans ? Ça fait donc vingt ans. Un jour, on s’est dit : ‘Et si au lieu de discuter du monde autour d’une bière, on s’y engageait ?’ ». Pourquoi pas…

Trop individualiste, la famille

Une fois n’est pas coutume, ce sont les deux compères qui sont venues à notre rencontre. Elles arrivent hyper-enthousiastes, un même sourire aux lèvres. Coiffées de chignons jumeaux, elles se ressemblent et s’en amusent. « On vient encore de nous prendre pour des jumelles dans la rue », raconte Julie. Si elles s’amusent tant de leurs convergences, elles sont bien conscientes de leurs différences et y puisent leurs forces.
Julie est historienne de l'art, céramiste et active professionnellement dans plusieurs champs qui embrassent l'éducatif, l'accès à l'art, l'ouverture à l'autre. Laure, maman de deux enfants de 4 et 6 ans, est chargée de communication à Unia et détentrice d'un master en droits de l'Homme. Depuis des années et sous différentes formes, elle s’investit dans des projets professionnels et personnels qui ont le droit humain comme fil conducteur.
« On a des tonnes d’envie au départ. On veut s’adresser dans un premier temps à un public large. On veut connecter les gens, les inciter à quitter leur zone de confort, mais on ne sait pas encore sous quelle forme ». Ce ne sont pas que de beaux discours. Ce que les deux copines veulent mettre en place, elles se l’appliquent à elles-mêmes.
Julie n’a pas d’enfant et a noué une relation tout à fait exceptionnelle avec les enfants de Laure. « Combien d’adultes ont envie de construire une relation forte avec des enfants qui ne sont pas les leurs ? Je crois énormément au potentiel et à la richesse de la relation hors famille. Et l’essence de Hamac, c’est d’encourager ça. Sortir de la conception très nucléaire de la famille. Réussir à nourrir l’enfant et l’adulte. Il est là, l’enjeu ».
Ces idées sont nées sur les routes de tous les pays qu’elles ont parcourus. Ensemble ou pas. Laure applique d’ailleurs cette base de la famille hors racine dans la vie de tous les jours. « Avec mon compagnon, nous partageons l’envie d’ouvrir nos enfants à un monde qui leur est propre. En plus de la relation très forte que vit ma fille avec Julie, ça fait quatre ans maintenant qu’elles ont une amie équatorienne qui passe du temps avec elles, sans que l’on sache ce qu’elles font ou que l’on vienne demander des comptes. C’est leur monde à elles trois. ». Et l’idée, c’est bien sûr d’offrir ça à d’autres parents. Et pourquoi ne pas les soulager en même temps ?

La solitude non choisie

Petit à petit, le projet se précise et semble de plus en plus évident. « On choisit de s’adresser aux parents solos. D’abord, parce qu’on part de notre instinct. Et puis, parce qu’après avoir avalé pas mal d’études, lu beaucoup de témoignages et croisé pas mal de trajectoires chaotiques autour de nous, c’est là où on veut être. Et, depuis toujours, on est particulièrement sensibles à deux choses : la solitude non choisie et le fait qu’un·e enfant puisse un jour pâtir d’une situation qu’il ou elle n’a pas choisi ».
À partir de là, tout s’accélère. Les deux complices posent les premières pierres. Elles rencontrent pas mal d’acteurs de terrain, elles citent entres autres Parrain-Ami, le Petit Vélo Jaune, Bras dessus-Bras dessous et consultent la plateforme Fovento. Elles s’appuient sur des conseils de juristes pour développer le projet. Elles écrivent les statuts de l’asbl, les conventions.
« Il y a une règle absolue quand on rencontre des parents solos ou de futurs accompagnants : on demande un extrait de casier judiciaire vierge, d’abord. Ensuite, chacun s’engage et adhère à nos valeurs dans le cadre de cet échange. Notre rôle consiste d’abord à cadrer et rassurer. Il faut que les uns et les autres sachent où ils mettent les pieds ». Les premières pierres posées, ne reste plus qu’à brandir l’arme redoutable…

Connecter les gens par le plaisir

Dans ce XXIe siècle confus, s’il y a une chose évidente - ou du moins qui devrait l’être -, c’est que chaque projet s’appuie sur une artillerie virtuelle viable. En cela, Julie et Laure mettent le paquet. Leur site est effectivement simple et efficace. « Dès le départ, on savait qu’on voulait un site court et factuel. Pour cibler tous les publics ». Comment ? En utilisant les bons termes. Ceux qui parlent aux parents solos.
Elles s’entourent ainsi de personnes dans cette réalité quotidienne, histoire de voir si elles font mouche. « On voulait vraiment tout créer de A à Z, de l’ergonomie au dessin, en passant par l’identité visuelle… On ne voulait pas être à côté de la plaque ». Le projet lancé, reste à le faire vivre. Elle s’adressent à leur entourage, le relais virtuel fonctionne.
En moins de temps qu’il en faut pour s’assoupir dans son hamac, elles sont approchées tout de suite par une quinzaine de familles et par sept propositions d’accompagnants. Qui ? « Des personnes de tous horizons. On n’a aucun critère, si ce n’est l’envie de créer un lien. On connecte les gens par le plaisir. ‘Qu’est-ce que tu aimes faire, toi ?’. Pas besoin d’aller à Walibi tous les mois. On attend des accompagnants qu’ils s’investissent et de la famille - papa ou maman - qu’elle permette à son enfant de vivre autre chose. Non seulement pour se reposer, mais pour pouvoir redémarrer une relation familiale plus apaisée. On pressent le binôme, avec cet objectif en tête ».
Nos deux héroïnes sont conscientes de la hauteur de leurs ambitions mais n’en démordent pas. Chacun donne. Chacun reçoit. C’est sur cette pierre angulaire que Hamac se balance. Mais alors, comment se passent les rencontres ?

D’abord pour l’enfant

Première petite déconvenue de terrain : au départ, pour bien établir le projet et poser le cadre, Julie et Laure s’étaient décidées à rencontrer le parent sans l’enfant. Évidemment, c’est impossible. « Hamac existe de cette nécessité, on a vite compris que confier son enfant ne serait-ce qu’une heure pour nous rencontrer, pour certains parents, c’est impossible. Alors, ça nous arrive de babysitter pendant l’entretien. Comme on adore les enfants, pour l’instant ça fonctionne ».
Ces entretiens sont évidemment capitaux. Ils vont servir à trianguler la relation parent-enfant-accompagnant. Tous s’engagent dans l’aventure d’abord pour l’enfant. « On sent très vite les attentions quand on rencontre un parent ou un adulte qui s’engage. Hélas, de temps en temps, il y a des manques de compréhension. Ce matin-même, on a rencontré une maman qui cherchait un accompagnant pour emmener son fils au judo. Et ça uniquement. Ça ne va pas, on ne propose pas un service de babysitting, mais bien de créer une nouvelle relation pour l’enfant. D’abord pour lui, pour avoir un autre adulte sur qui compter. Ensuite, de peut-être renouer avec son père ou sa mère seul·e, qui sera plus détendu·e, du fait d’être un peu soulagé·e, un peu moins débordé·e ».
Les deux fondatrices de Hamac proposent, mais laissent les gens libres. C’est pourquoi elles misent sur l’atout de l’hyper-proximité. Gros coup de bol ou fruit du destin ? Chaque accompagnant qui a proposé son aide se trouve dans un rayon de quelques kilomètres seulement d’un parent solo. Comme si les deux complices voulaient réinventer la ville en un petit village solidaire. Parent et accompagnant sont amenés à se croiser quotidiennement. Belle idée donc pour autonomiser la relation.
« On ne transige ni sur la proximité, ni sur la diversité des rencontres, ni sur la diversité sociale. La solitude ne souffre aucune frontière socio-économique. On préfère la qualité à la quantité. On n’est prêt ni à s’industrialiser et encore moins à exister via une appli. On est là pour se parler, se rencontrer ».
On sait tout ou presque. Mais alors, pour ceux qui n’auraient pas compris, pourquoi Hamac ? Pour l’aventure, le lien, l’installation facile, la détente, les moments de bonheur, de plaisir. « Et vous, ça vous évoque quoi ? », demandent les jumelles. « La fugacité », réponds-je benoîtement... « Ah, c’est pas mal, ça. Offrir un peu de fugacité aux parents ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

► Combien ça coûte ?
Absolument rien. La gratuité est totale. Mais rien ne vous empêche de faire un don à partir du site hamacasbl.be

► Quelles sont les conditions ?
Avec Julie et Laure, tout est simple. Même la paperasse ! Il suffit juste d’un extrait de casier judiciaire vierge pour l’accompagnant, de disposer d’une R.C. pour la famille, pour le reste la Cocof couvre le bénévolat pour 200 jours par an.

► Qui peut être accompagnant ?
Tout le monde est le bienvenu. Jeunes, anciens, infortunés, aisés. La seule condition requise semble être celle de vouloir construire quelque chose.

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Pas de relais, comment je fais ?

On retient sa respiration. C’est parti pour quelques semaines mouvementées pendant lesquelles le rythme réaccélère. Pour certain·e·s, le temps rétrécit davantage. Notamment pour celles et ceux qui manquent d’appui, privé·e·s d’une mamie disponible ou d’ami·e·s en or. La bonne nouvelle est qu’il existe des solutions qui permettent de souffler.