Vie de parent

L’accueil extrascolaire : tellement nécessaire, si peu reconnu

Les services d’accueil extrascolaire - appelés plus communément « garderies » - sont indispensables pour une majorité de parents. Pendant le confinement, ils sont restés en activité. Les pouvoirs publics les ont d’ailleurs reconnus comme « essentiels » depuis la crise Covid. Pourtant, la qualité de ces services est aléatoire. Sous-financé·e·s, dépourvu·e·s de statut, les professionnel·le·s font ce qu’ils et elles peuvent, mais sont rarement dans des conditions optimales pour répondre aux exigences des parents.

L’accueil extrascolaire : tellement nécessaire, si peu reconnu

Entre la garderie du matin, parfois dès 7 h, et celle du soir, parfois jusqu’à 18h, certains enfants passent plus de vingt heures par semaine dans les services d’accueil extrascolaires (SAE). D’où l’importance que ces derniers soient de qualité. Or, l’offre proposée varie énormément d’une école à l’autre. Parmi les témoignages de parents récoltés, on passe du tout au tout, entre ceux ravis du service proposé, et d’autres vraiment déçus.

Une offre très inégalitaire

Amélie est la maman de Marius, 3 ans et demi. Il est en 1re maternelle dans une école namuroise. Amélie dépose son fils à la garderie vers 7h15 et vient le récupérer aux alentours de 17h. Elle est satisfaite des activités proposées et du personnel encadrant.

« Le matin, il y a une accueillante seule pour une vingtaine d’enfants. Le soir, elles sont deux pour le même nombre d’enfants. Ils sont répartis par groupe selon leur âge et des jeux d’éveil de toutes sortes leur sont proposés. Il y a aussi un coin histoires, lues par madame Rachida. Quand je vais chercher Marius plus tôt que prévu, il pleure et ne veut pas partir. »

Du côté de Berchem-Sainte-Agathe, Lina, maman de Nora, 4 ans, et de Sinane, 10 ans, met ses enfants à la garderie « par obligation ». « Si je le pouvais, je ne les mettrais pas. Quand je les dépose le matin, les enfants sont groupés dans une salle, assis sur leur chaise, et ne peuvent pas jouer ou lire, ils doivent rester silencieux jusque 8h15. Le soir, quand je vais les chercher, mon fils me raconte qu’il a joué au foot, mais Nora m’explique qu’elle n’a rien fait, qu’elle a dû rester assise et regarder une tablette entre 15h et 17h30 ».

À Bruxelles, Évelyne met ses trois enfants de 4, 7, et 8 ans à la garderie le soir. « Nous ne sommes pas particulièrement contents de l’offre. Les enfants passent un petit temps dans la cour, puis se retrouvent au réfectoire ou dans des locaux au sous-sol où ils sont surveillés par une personne qui ne s’implique dans aucune activité avec eux. Cette personne peut être très charmante, mais peut aussi être ultra sévère et, dans ce cas, nous retrouvons les enfants dans un état pas possible au retour à la maison ».

Enfin, Gaëlle vient de Genappe et est très contente du SAE de l’école de sa fille Lucie, 6 ans. « La garderie du matin est gérée par l’école et celle du soir par l’intercommunale sociale du Brabant wallon. Les animateurs et animatrices formé·e·s proposent des activités comme du bricolage, des jeux de société, des déguisements, du vélo… ils lisent aussi des histoires ou font des beaux dessins. Ma fille adore et on la laisse volontairement plus longtemps car elle nous le demande ».

Un secteur peu reconnu et sous-financé

La diversité de ces témoignages montre à quel point l’offre proposée en matière d’accueil extrascolaire dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) varie énormément d’un établissement à l’autre. Cécile Van Honsté est directrice de la Fédération des initiatives locales pour l’enfance (FILE), qui représente une centaine de pouvoirs organisateurs publics ou privés laïques d’accueil de l’enfance de 0 à 18 ans sur l’ensemble du territoire de la FWB. Elle explique : « En FWB, les compétences sont très éclatées entre le secteur de l’enseignement et les autres milieux de vie de l'enfant. L’accueil extrascolaire ne fait pas partie des missions de l’école, il ne dépend donc pas de l’institution scolaire. Il peut être géré par un opérateur extrascolaire communal ou par une association ou, dans de rares cas, s’il n’y a rien d’autre, par les parents eux-mêmes ! Sous certaines conditions, l’opérateur extrascolaire peut être agréé par l’ONE et bénéficier d’un subventionnement. Mais tous ne l’ont pas et, dans tous les cas, ce financement demeure largement insuffisant. Il sert à payer les frais de fonctionnement, mais ne suffit pas à payer les salaires. Les opérateurs sont donc contraints de demander une participation financière aux parents. Enfin, vu le manque de moyens, les professionnel·le·s sont généralement engagé·e·s sous des contrats précaires (ALE, PTP, Article 60, APE…), qui ne les lient pas durablement à l’employeur et rendent difficile l’obligation de formation ».

À ce sujet, même si certains parents sont déçus des services proposés, la majorité s’est montrée consciente des conditions de travail difficiles en SAE. Amélie confie : « J’ai beaucoup de reconnaissance pour les accueillantes de Marius, d’autant plus qu’elles sont sous-payées. Quand je vois comme je suis facilement sur les nerfs avec deux enfants, j’ai de l’admiration pour ces dames. Elles doivent gérer vingt petits monstres dans un moment de transition : si c’est le matin, ils sont mal réveillés, si c’est le soir, ils sont fatigués ».

Un troisième lieu de vie de l’enfant

Face aux difficultés, le secteur des SAE souhaite une réforme ambitieuse. Celle-ci devrait passer par une reconnaissance de l’accueil extrascolaire comme « troisième lieu de vie de l’enfant » et non comme un moment d’attente ou de transition. L’accueil extra-scolaire, c’est un temps pour l’enfant qui se situe entre la vie familiale et le milieu scolaire.

« Un élève, c’est avant tout un enfant, précise Cécile Van Honsté. Aujourd’hui, le fonctionnement est tel que, quand il arrive à 7h30, c’est un enfant, à 8h30, il devient élève et, à 15h30, il redevient enfant. Ce cloisonnement est problématique et ne nous aide pas à être reconnu·e·s. Nous souhaiterions qu’une politique transversale soit menée pour aboutir à un projet d’accueil de qualité, centré sur l’enfant avec le parent et du personnel qualifié. »

La ministre de la Petite Enfance, Bénédicte Linard (Ecolo), entend ces revendications et semble déterminée à agir : « Mon objectif, ainsi que celui du Gouvernement, est de faire en sorte que ce secteur puisse offrir à tous les enfants un AES de qualité. Je suis très attachée à la Convention internationale des droits de l’enfant qui met en avant le droit aux loisirs. L’AES est le troisième milieu de vie des enfants. C’est un moment privilégié, important pour le développement affectif et social des enfants, mais aussi pour les familles. Nous devons travailler à une réforme du secteur pour les enfants, mais aussi pour les travailleurs et travailleuses qui sont parfois sous statut extrêmement précaire. Concrètement, nous négocions pour l’instant l’inscription de cette réforme dans le futur contrat de gestion de l’ONE, qui aboutira en janvier ou février. Ensuite, dès 2021, nous mettrons en place une commission transversale avec tous les acteurs du secteur en vue de construire ensemble le contenu de cette réforme ».

Alix Dehin

Le chiffre

6 parents sur 10 ont un enfant qui va à la garderie

C’est un chiffre qui s’impose. Il montre (fallait-il s’en douter ?) qu’une grosse majorité des parents a recours aux services extrascolaires. Pourtant, ces services sont peu médiatisés. À tort. Lorsqu’on demande aux parents de s’exprimer sur le sujet, ils sont intarissables.
Après un appel à témoignages consacré à cette thématique sur notre page Facebook, les réactions ont fusé. En une poignée d’heures, 14 234 personnes ont été touchées par le post, 136 parents l’ont commenté, et une trentaine d’entre eux nous ont envoyé un message privé ! Suite à ce constat, nous nous sommes lancé·e·s dans des recherches sur la qualité de l’offre extrascolaire disponible dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Vocabulaire

« Garderie », un terme à proscrire

Alors que le terme « garderie », synonyme d’accueil extrascolaire, est encore très utilisé, le secteur souhaite le proscrire. « C’est un mot que vous n’entendrez jamais dans ma bouche, soutient David Gosseries, coordinateur ATL (accueil temps libre) de la commune de Mont-Saint-Guibert. Il ne s’agit pas d’un ‘parking à enfants’ : nous parlons d’un cadre éducatif, avec des professionnel·le·s qui accueillent les enfants de manière réfléchie et leur font passer un moment agréable. C’est un vrai combat que celui de changer le vocabulaire, dans les familles, dans la société en général, et au sein du Gouvernement ».