Vie de parent

L’addiction aux jeux vidéo ? On se calme…

Les geeks de la Terre entière ne s’en remettent toujours pas : l'addiction aux jeux vidéo est officiellement reconnue comme une maladie. Par l’OMS, en plus. Mais au Ligueur, on s’interroge. Est-ce que cette classification un peu sommaire va vraiment aider, tant les gosses accros au joystick, que leur entourage ? Arnaud Zarbo, psychothérapeute au Centre Nadja, nuance et nous permet même d’avoir une vision moins… pixellisée.

L’addiction aux jeux vidéo ? On se calme…

C’est acté. Officiellement dans les tuyaux depuis janvier dernier, le "trouble du jeu vidéo" - dites-le anglais, c’est encore plus chic, le gaming discorder - est reconnu comme une maladie par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Et pour bien le rendre encore plus officiel, il figure désormais dans la liste de la Classification internationale des maladies, la fameuse CIM sur laquelle s’appuient experts santé et assureurs, entre autres. Alors, en quoi consiste ce trouble du jeu vidéo ? Il se caractériserait par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité trop croissante accordée aux jeux qui l’emporterait sur tout le reste. Ne va-t-on pas trop vite ?

Le jeu vidéo comme source d’addiction, vous y croyez ?

Arnaud Zarbo : Je trouve qu’on est un peu dans la caricature. Encore plus quand on voit l’ampleur et le relais médiatique autour. D’abord, il faut dire que la communauté scientifique est encore très divisée sur la question. On manque de recul. Beaucoup d’experts trouvent qu’on est dans la pure spéculation, parce qu’on n’a pas assez de données précises. Et pour les acteurs de terrain liés à la santé mentale, est-ce utile de créer un type de classification ? Je pense que ça risque de nuire à la précision du diagnostic et donc à la solution à y apporter. J’ai peur qu’avec cet effet d’annonce massif, on stigmatise le joueur. Et j’imagine les inquiétudes de parents qui vont avec. « Mais alors, si mon enfant est malade, est-ce qu’il peut guérir ? ».

En un mot, vous regrettez cette décision ?

A.Z. : Parfaitement. Pour plusieurs raisons. Les études n’ont été menées qu’auprès d’adultes. Encore une fois, je pense aux parents dont le gamin a une approche problématique et qui va à partir de maintenant, penser illico « addiction ». Ça va crisper le débat davantage. Alors qu’au final, on n’a pas avancé plus sur le rapport des enfants aux jeux vidéo. Quant au joueur, on ne l’aide pas plus dans sa souffrance. J’aimerais qu’on parle un peu plus du contexte. C’est dangereux, cette approche simpliste. « Mon fils a des problèmes de dépression, il rencontre des difficultés scolaires, il a du mal à socialiser, etc. Pourquoi ? » Mais parce qu’il joue aux jeux vidéo, bien sûr ! Exit donc la question du plaisir que ça peut procurer aux joueurs. Et plus encore, de la question du sens que chaque gamer y trouve. On condamne de façon ferme et définitive. Sans se soucier de qui doit aider, ni de comment l’entourage peut soutenir.

Un joueur doit montrer une addiction « anormale » pendant au moins un an avant d'être diagnostiqué… Que peut-on conseiller en amont ?

A.Z. : Oui, la question de la prévention, là encore, passe à la trappe… Et là, je suis obligé de sortir un gros mot : l’éducation aux médias. Tout l’enjeu du problème tourne autour de ça. Et je suis intimement convaincu que ce n’est pas en créant le terme d’addiction aux jeux vidéo ou au numérique, ou que sais-je, que l’on va résoudre quoi que ce soit. Aux parents qui nous lisent : ne cataloguez pas à la va-vite. Demandez-vous toujours s’il y a souffrance. Et comment vous pouvez aider. Essayez d’avoir une discussion à ce propos, en étant un peu curieux. Maximiser l’échange autour du jeu. « À quoi tu joues, là ? Tu m’expliques ». Essayez toujours de bien comprendre quelle est la place du jeu dans la vie de votre enfant et plutôt que de s’inquiéter d’une éventuelle addiction si quelque chose ne va pas, comprenez ce qu’il y a autour. Pourquoi il s’isole. Le comportement au jeu peut être problématique, c’est vrai. Mais le problème vient d’ailleurs, dans la plupart des cas. Il faut donc avoir une approche un peu plus subtile et toujours éviter les simplismes. C’est la meilleure façon d’aider son enfant.

Yves-Marie Vilain-Lepage

À qui s’adresser ?

Le centre Nadja : Carrefour liégeois incontournable de tout ce qui touche de près ou de loin aux différentes formes d’addiction. On aime leur approche préventive pour les problèmes spécifiques aux écrans. Loin de toute forme anxiogène, ils partent de l’enfant et de son contexte.
Nouveau : vous pouvez-même consulter leur nouvelle base de données pour le centre de documentation en ligne.

Arnaud Zarbo recommande fortement les différents Centres de Santé mentale à travers le pays, à condition de les sentir "ouverts" sur la question. Il répète qu’en cas de problème, une diabolisation du jeu vidéo n’apporte jamais une solution.

Bientôt dans le Ligueur...

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