L’air de rien, nos maisons pourraient nous empoisonner

Parents, la santé de vos enfants dépend aussi de la qualité de leur habitat. Les polluants et contaminants peuvent être nombreux dans un logement. On n'en soupçonne généralement pas le nombre.

L’air de rien, nos maisons pourraient nous empoisonner

Le souci de la qualité de l'environnement a beaucoup progressé au cours des dernières décennies au sein de la population. Mais l'attention reste le plus souvent focalisée sur les nuisances extérieures qui affectent la qualité de l'air, de l'eau ou de notre nourriture. Curieusement, nous sommes pour la plupart beaucoup moins attentifs à notre environnement intérieur, alors que nous passons une bonne partie de notre vie dans notre logement ou dans d'autres bâtiments.
On estime que l'être humain passe, en moyenne, environ 80 % de son temps à l'intérieur de bâtiments. Ceux-ci ne sont pas nécessairement des cocons protecteurs. Les risques nés des pollutions domestiques sont en effet loin d'être négligeables. La conséquence ? Notre maison pourrait nous rendre malades.
Si la pollution sur les lieux de travail a été de plus en plus réglementée, il n'en va pas de même pour celle qui sévit dans les logements. Les spécialistes de l'environnement et les autorités de santé y sont cependant de plus en plus attentives. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 4 millions de personnes meurent chaque année des effets de la pollution intérieure. Cette mortalité touche essentiellement les populations pauvres, surtout dans le tiers monde, où il est encore fréquent de cuisiner ou de se chauffer à l'aide de feux ouverts, sans évacuation adéquate. Mais la pollution intérieure agit de manière plus insidieuse dans les pays riches, où nous sommes exposés à de multiples matières synthétiques et produits chimiques.

Polluants de proximité

Les différentes pollutions extérieures influencent bien entendu la qualité de l'habitat. Les études réalisées ces dernières années indiquent toutefois que la majorité des substances nocives présentes dans l'habitat proviennent de sources intérieures.
Selon l'OMS, un polluant intérieur a mille fois plus de chances d'atteindre nos poumons qu'un polluant libéré à l'extérieur. Cette pollution a des sources multiples et est rarement détectable à la vue ou à l'odorat. Les substances responsables de la pollution intérieure se trouvent aussi bien dans les éléments d'infrastructure (l'amiante, par exemple), les matériaux de construction et d'ameublement que dans les produits de nos modes de vie et de nos activités (chauffage, nettoyage, bricolage, tabagisme, animaux, plantes, etc.).
Des matériaux comme les bois compressés peuvent émettre de la formaldéhyde (un agent irritant et cancérigène) pendant des années. De même, des colles peuvent dégager dans l'air des solvants bien après leur emploi.
Divers matériaux de construction ou de bricolage peuvent dégager des substances nocives pour la santé, à plus ou moins long terme. Beaucoup de peintures et de meubles relâchent des composés organiques volatils (COV), parfois très longtemps après leur pose.
La gamme des COV est très large : outre le formaldéhyde, on peut citer le benzène, le toluène, le xylène, l'isopropanol… Ils émanent des peintures, des vernis, des colles, des enduits de vitrification, des huiles pour bois, des matériaux prétraités en usine. Les COV passent facilement à l'état gazeux à la température qui règne habituellement dans les logements. Ils sont alors inhalés et peuvent entraîner des allergies et même, parfois, des cancers. Les jeunes enfants y sont les plus sensibles.

Ventilation insuffisante

Les effets de ces pollutions sont souvent aggravés par le manque de ventilation de beaucoup de logements, surtout en hiver. Une ventilation insuffisante accroît la concentration des polluants. En outre, les atmosphères confinées et humides favorisent la prolifération des moisissures ou des acariens, qui sont parmi les grands responsables des allergies, de l'asthme notamment.
Certains aménagements, comme les rideaux ou les moquettes, peuvent devenir des nids à poussières, qui sont un lieu de séjour privilégié des acariens, des insectes microscopiques de la famille des arachnides. Poussière, manque d’aération, chaleur et humidité se combinent pour former les conditions idéales à la prolifération des acariens, qui se nourrissent notamment des poils, cheveux et particules de peau que nous laissons sur la literie, les coussins et les moquettes.
La présence d’animaux domestiques et le tabagisme des parents aggravent encore la situation. Les animaux, spécialement les chats, sont reconnus comme une source importante d'allergies. Quant à la fumée du tabac, elle favorise non seulement l'apparition d'allergies, mais aussi de problèmes respiratoires. Elle est aussi une des causes de la mort subite du nourrisson.
Attention aussi aux émanations de monoxyde de carbone (CO) ! Des appareils de chauffage ou des chauffe-eau mal installés ou mal entretenus peuvent émettre du CO (un gaz invisible et inodore) qui peut rapidement provoquer une intoxication grave, pouvant provoquer un coma suivi du décès en quelques minutes.

Acariens et moisissures

Tous ces polluants peuvent avoir des effets sur la santé et le bien-être des occupants du logement. Cela peut aller d'une gêne passagère à une intoxication. L'exposition chronique peut conduire à des allergies. Par exemple, tel enfant va faire des rhumes à répétition, qu'on va soigner avec des médicaments, alors que ce sont peut-être les meubles ou l'environnement dans lequel il vit tous les jours qui sont à la base de ses problèmes.
La présence d'acariens et de moisissures sont deux problèmes majeurs. Le Cripi, l'ambulance verte bruxelloise (voir encadré), intervient dans quelque 200 logements par an. Les demandes d'intervention concernent surtout des familles avec de jeunes enfants. Les constats effectués sont préoccupants : seulement 37 % des habitations étaient exemptes de moisissures, 16 % comprenaient au moins une pièce avec plus de 3 m² de moisissures. Des problèmes d'acariens ont été relevés dans 38 % des cas, 17 % des matelas en étaient gravement infestés.
Parmi les contaminants chimiques, c'est le benzène qui est le plus présent : plus de 40 % des logements dépassent la norme européenne de 5 microgrammes par m³. Si l'on se réfère à la norme française (2 µg/m³), quatre logements sur cinq dépassent ce seuil. La présence de benzène est le plus souvent liée au tabagisme, mais ce contaminant peut aussi provenir de produits d'entretien, de peintures, de poêles à pétrole…
Les moisissures, des champignons microscopiques, émettent des spores de petite dimension qui pénètrent dans les voies respiratoires par inhalation. Il est désormais bien établi que ces spores provoquent des problèmes respiratoires, en particulier des réactions allergiques, et aggravent l'asthme. Des études publiées ces dernières années montrent une augmentation de 30 à 50 % de problèmes respiratoires variés et de symptômes asthmatiques en présence de moisissures.
Souvent, ces moisissures sont détectables à l'odeur ou à la vue, surtout quand elles s'étalent en grosses taches sur les murs. Mais ce n'est pas toujours le cas : elles peuvent aussi se développer derrière des plaques de plâtre ou sur la face inférieure des matelas.
L'apparition de moisissures dans un logement est toujours liée à des problèmes d'humidité. Celle-ci favorise également la multiplication des acariens, qui prolifèrent dans les poussières, les literies, les fauteuils, les tentures… Ils favorisent des allergies (rhinite, asthme, dermatite), surtout chez les jeunes enfants. Il n'est pas facile de s'en débarrasser. Étant donné qu'ils affectionnent la chaleur et l'humidité, il faut commencer par aérer chaque jour, nettoyer très régulièrement l'habitation et prendre une série de mesures préventives : limiter strictement tout ce qui est laine, plumes, plantes vertes et animaux domestiques, utiliser un aspirateur avec un filtre spécial (à remplacer régulièrement), protéger les matelas avec des housses anti-acariens, préférer des fauteuils en cuir à ceux en tissu, etc.

Jean-Paul Vankeerberghen

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Ambulances vertes au chevet de nos logements

Même si elles n'arrivent pas en urgence, les « ambulances vertes » peuvent aider à poser un diagnostic précis sur les causes de problèmes de santé liés à l'état du logement.
Créées il y a une quinzaine d'années à Bruxelles et en Wallonie, ces équipes pluridisciplinaires de spécialistes peuvent intervenir au domicile, toujours à la demande d'un médecin qui suspecte une relation entre l'état de santé d'un de ses patients et une pollution intérieure.
Cette équipe se rend à domicile pour effectuer des prélèvements chimiques et biologiques. Elle complète aussi un questionnaire avec l’aide de l’habitant, à propos du mode de vie de la famille et de ses problèmes de santé. Les résultats des analyses sont envoyés au médecin, tandis qu'une infirmière sociale retourne chez l’habitant afin de lui proposer des conseils généraux et individualisés en vue d'améliorer l'état du logement.
À Bruxelles, ce service est assuré par la Cellule régionale d'intervention en pollution intérieure (Cripi). En Wallonie, ce sont les provinces qui financent ces ambulances vertes, assurées par les Services d'analyse des milieux intérieurs (SAMI).
Les coordonnées de ces services peuvent être trouvées à l'adresse suivante : http://indoorpol.wiv-isp.be