Vie de parent

L’appel du large en livres jeunesse

L’appel du large : on en rêve tous et toutes depuis bientôt deux ans. Voici l’été et ses promesses de vacances… Pour ceux et celles qui partent ou qui restent à la maison, voici quelques propositions de livres qui invitent aux voyages et à la découverte. Heureux qui comme Ulysse…

L’appel du large en livres jeunesse

► L’appel du large

Avec son titre et sa couverture dans un camaïeu de bleus, mettant en scène un personnage de dos, un oiseau maritime et l’océan, cet album attire. Ses phrases simples avec un « on » collectif comme sujet surprennent dès les premières pages. Qui est ce « on » ? Le lecteur, la lectrice, des voyageurs, des voyageuses, des réfugié·e·s, toi, moi ? Un certain mystère plane. Le livre énumère différentes situations pour célébrer un trio : « Quand la mer nous appelle, on est juste tout ça, l’arbre, le goéland et moi ». Empreintes elles aussi de mystère, les illustrations sont des tableaux gravés dans le papier pour songer aux sens que peut prendre un départ, entre inquiétudes et poésie.
L’appel du large, de Cathy Ytak et Laurent Corvaisier (À pas de loups). À partir de 6 ans.

► Le grand voyage de Flamingo

Alors que le bleu et le rose tendres peuvent parfois donner des boutons, Sébastien Mourrain leur redonne des couleurs de plaisante façon. Il raconte l’histoire de Flamingo, une bouée en forme de flamant rose, démodée et délaissée par les enfants. Un coup de vent la libère et l’emporte au loin. Elle prend le large et croise plein d’animaux maritimes. Elle glisse sur les océans et des rivières. Elle affronte les dangers. Que du bonheur en images. À la fin, elle découvre l’amitié. Que serait un tel périple sans les rencontres ?
Le grand voyage de Flamingo, de Sébastien Mourrain (Actes sud junior). Dès 3 ans.

► La rencontre

Après La Sieste en 2019, le duo de créatrices, Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier, organise un grand voyage dans ce livre minimaliste par le format de poche, les illus géométriques et colorées ainsi que la simplicité du récit. Soit la rencontre, comme l’indique le titre, entre un pingouin et un chat qui veulent changer de quotidien. De leur amitié naît une réflexion sur l’endroit d’où ils viennent. Sans oublier l’incontournable séparation à la fin de bien des voyages.
La rencontre, de Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier (L’étagère du bas). Dès 4 ans.

► Poisson et chat vont à la mer

Dans leur collection Coup de cœur d’ailleurs, les éditions Rue du Monde publient la suite des aventures de Poisson et Chat, signées par les artistes australiens Grant et Curtis. Un univers graphique très fort, en noir et blanc, proche de la gravure, pour une fable sur la rencontre entre deux mondes et la subtilité du vivre ensemble. L’objectif de Poisson et Chat : atteindre l’autre côté de la mer, tout en restant eux-mêmes.
Poisson et chat vont à la mer, de Joan Grant et Neil Curtis (Rue du Monde). Dès 4 ans.

► Nicodème en vacances

Au départ, cet album propose le récit d’un séjour à la plage on ne peut plus classique. On notera l’audace des crayonnés gris pour des scènes estivales, avec des touches colorées éparses qui apportent du relief. Puis s’installe un suspens quand le père annonce une visite surprise à Nicodème. Enthousiaste, celui-ci attend son amie Violette, mais voici Hyppolite. Son pire ennemi ! Commence un duel à la plage, celui des deux garçons, doublés l’un par son chat, l’autre par son chien. Le tout vire à la catastrophe. Les tensions sont rendues par des cadrages cinématographiques pour trois narrations parallèles : celle des adultes, celle des enfants et celle des animaux, sans oublier les interventions discrètes d’une mouette facétieuse en guest star !
Nicodème en vacances, d’Agnès Laroche et Stéphanie Augusseau (Alice éditions/coll. Histoires comme ça). Dès 5 ans.

► La colonie de vacances

Il y a les vacances en famille, il y a celles en camp ou en colonie. Louise, Jeanne, Nina, Ali et Marco, de 6 à 10 ans, ne se connaissent pas encore. Chaque étape de leur voyage en colo est vécue à travers un·e protagoniste différent·e : les préparatifs, les au revoir, le car, la solitude, le dortoir, la cantine, les moniteurs et monitrices, les olympiades, les chants, les premières fois… La montagne est omniprésente et superbe dans ce gros album de 128 pages, avec les lumières changeantes, sa faune et sa flore. La Suissesse Fanny Dreyer, installée à Bruxelles où elle anime le magazine pour enfants Cuistax, a dû puiser dans ses souvenirs d’enfant pour raconter cette histoire de socialisation et de débrouillardise tant le ton est juste. Elle rend aussi hommage à l’univers montagnard qui nous ramène à une autre dimension, adultes compris.
La colonie de vacances, de Fanny Dreyer (Albin Michel Jeunesse/coll. Trapèze). Dès 6 ans.

► Les glaces aux coquelicots

Un père amène sa fille et ses parents en voiture pour découvrir une surprise : la plage de ses souvenirs d’été. Mais les grands-parents ne sont pas d’accord : eux ont le souvenir d’autres lieux. Et voilà la famille repartie, tantôt à la montagne, tantôt dans un village de France. La gamine n’a plus qu’une envie : avoir elle aussi des trésors de souvenirs à raconter quand elle sera grande comme eux ! Cet album intergénérationnel cultive les bonheurs simples, tout en bienveillance. Les aquarelles de Geneviève Casterman reflètent la douceur de vivre estivale.
Les glaces aux coquelicots, de Gérard Goldman et Geneviève Casterman (L’école des loisirs/Pastel). Dès 6 ans.

► Comment mettre une baleine dans une valise ?

À la question de ce qu’il emporterait sur une île déserte, l’étrange personnage de Raúl Guridi répond sa baleine sans hésiter. Mais comment mettre une baleine dans sa valise ? Excellente question, d’autant plus pertinente quand le départ est précipité. Par la force graphique de la baleine face au petit homme, Guridi partage subtilement la fragilité et le sentiment d’impuissance de ceux et celles qui doivent se dépouiller de tout. L’arrière-plan tout en blanc accentue le dénuement de ce déracinement. Finalement, vous demandez-vous, la baleine (et tout ce qu’elle représente) entrera-t-elle dans la valise ? Eh bien, oui, figurez-vous. Entre réalisme et résilience, ce livre nous emporte très, très loin.
Comment mettre une baleine dans une valise ?, de Guridi (CotCotCot éditions). Dès 6 ans.

► L’attente

Les livres, c’est connu, font également voyager. Celui-ci vous place dans la peau d’un explorateur parti au fin fond d’une jungle. Nous progressons à son rythme à la recherche de son rêve : voir l’oiseau de paradis ! Avec lui, on construit l’abri pour observer. Et l’attente commence. Nourri de refrains, le texte épouse le mouvement du temps qui passe trop lentement aux yeux de cet explorateur. L’univers graphique est très original, trois couleurs pures, dont un rose quasi fluo et beaucoup de vert, ainsi que des images simples basées sur la technique de la sérigravure numérique. Dans un monde où tout va vite et où l’on veut tout, tout de suite, ce récit apprend les vertus de la patience.
L’attente, de Maïa Brami et Clémence Pollet (HongFei Cultures). Dès 7 ans.

► Le voyage d’Od

Et si nous partions à la découverte d’une autre culture ? C’est ce que proposent Susanna Isern et Ana Sender dans Le voyage d’Od. Elles nous immergent chez les Doukha, un peuple nomade de la taïga mongole, avec ses tentes, ses rennes, ses habits rustiques… Le tout est détaillé dans une double page documentaire à la fin. Pour guérir son frère malade, Od doit partir dans la montagne à la recherche d’une plante médicinale. Il la trouvera grâce à sa générosité et avec l’aide d’un renard, d’un aigle et de son renne. Une aventure aux accents chamaniques entre forêts et montagnes.
Le voyage d’Od,de Susanna Isern et Ana Sender (Père Fouettard). Dès 7 ans.

► Le Clan des Cabossés

Ce court roman pour jeunes lecteurs et lectrices a tous les ingrédients pour plaire. Jessie Levi Strauss, fille nantie du fabricant de jeans, est une vraie petite peste, imaginative et insolente. Dans une ambiance de vacances à Vabras-Plage et au camping Les Cigales, notre héroïne s’entoure d’une bande de camarades cabossés et délaissés : Manuel le bègue, Arthur le moche et Alice dont le défaut est d’être… parfaite. Sur sa propre rosalie (un cuistax en bon belge), elle entraîne ces trois solitaires dans ses défis à la bienséance. Ou les initie au jeu du Boomerang Vérité. « Mais pourquoi Jessie refuse-t-elle de se montrer plus agréable avec les gens ?, se demande Manuel. Cela cache quelque chose, forcément ». Ce que nous allons découvrir avant que cette histoire ne tourne au drame… grâce à la solidarité des Cabossés, des gendarmes et d’une adulte compréhensive ! Après Petite Peste, on retrouvera bientôt le Clan des Cabossés dans Range ta plage !
Le Clan des Cabossés, de Jo Witek et Walter Glassof (Actes sud junior). Dès 8 ans.

Une sélection de Michel Torrekens

Le coup de cœur

Lilly sous la mer

Thomas Lavachery est un de nos plus fabuleux raconteurs d’histoires. Sa série Bjorn le Morphir a marqué plusieurs générations et il nous a encore emporté bien loin en 2019 avec Le voyage de Fulmir. Lilly sous la mer est d’abord un magnifique objet. Sous la forme d’un carnet d’explorateur, il se lit verticalement, avec des rabats de divers formats qui créent des effets de surprise. Sa couverture bleu roi rehaussée de filets dorés fait référence aux romans d’aventures de Jules Verne, dont il reprend les codes pour raconter cette descente 2 000 mètres sous la mer.
Lavachery s’est inspiré du premier sous-marin en forme d’œuf, le Turtle, et des onze expéditions marines du couple Bullitt dans les années 1920. Leur livre, Into the Deep (Dans les profondeurs) a connu un succès mondial. Thomas Lavachery le revisite avec humour en imaginant cette fois un séjour abyssal d’un mois, en famille, sous les yeux de Lilly, 5 ans, dans l’espoir de trouver un signe de vie dans l’obscurité des grandes profondeurs. Mutique, Lilly a les yeux collés au hublot et voit ce que personne n’a jamais vu auparavant.
Lilly sous la mer, de Thomas Lavachery (L’école des loisirs/Pastel). Dès 6-7 ans.