Vie de parent

L’après-quatre heures

Les cours terminés, en route pour la « seconde journée » de nos mômes : faire les devoirs (ce qui leur prend un peu ou beaucoup de temps, selon les âges et les écoles), jouer (avec ou sans les omniprésents écrans) et, surtout, jongler avec leurs activités extrascolaires. Une constante, parmi les enfants que nous avons rencontrés : du lundi au vendredi, de l’équitation à la rythmique en passant par le solfège ou le frisbee, ils ont un « agenda de ministre ». Mais ils adorent ça !

L’après-quatre heures

► Ceux qui sont heureux

Charlie, 10 ans : « Difficile de savoir si papa est sérieux »
Le soir, après l’école, la règle, c’est jamais d’écran. On fait les devoirs puis, avant de manger, on fait des jeux, tout seul ou ensemble. Je trouve que c’est bien comme ça. En fait, j’ai plutôt des parents cool. Ou, plutôt, ils m’expliquent les décisions qu’ils prennent. Et je peux donner mon avis si je ne suis pas d’accord. Alors, on en parle. La seule chose qui est difficile pour moi, c’est que parfois je ne sais pas trop si papa blague ou s’il est vraiment fâché.

Samhy, 11 ans : « Je sais, je dois mieux me concentrer »
Je commence mes devoirs à l’étude et, quand j’ai pas fini, je les termine à la maison. Parfois, je les termine tard, à cause de toutes mes activités. En général, papa m’aide. Il me prépare des exercices que je dois faire tout seul. Quand c’est du calcul ou de la géographie, ça va, car j’aime. La grammaire, par contre, c’est bof. Et si je ramène des mauvais points ? D’abord, je ne suis pas content de moi. Mes parents ne se fâchent pas. Ils me disent juste que je dois mieux réfléchir. Enfin, plus me concentrer.

► Ceux qui râlent

Lina, 8 ans : « Ma gerbille, encore mieux que la Switch »
J’aime vraiment beaucoup les jeux vidéo. Mes parents me font souvent des remarques parce que j’y joue trop. Mon papa a d’ailleurs mis un petit compteur pour limiter le temps. Des fois, j’exagère. Alors, ils me demandent d’arrêter, encore puis encore… puis, ils confisquent ma Switch. Ouais, je sais qu’ils ont raison, mais j’aime trop ça, jouer. Alors, parfois, je me mets en colère et je râle. Ce qui me fait du bien alors, c’est de prendre Titi, ma gerbille, dans les bras et de la caresser. Je sais pas pourquoi, mais ça me calme. En fait, je crois que j’aime encore plus les animaux que les jeux vidéo. D’ailleurs, quand je serais grande, j’aurais plein d’animaux dans ma maison.

► Ceux qui feintent

Youri, 11 ans : « Heureusement, maman est tête en l’air »
Les parents nous laissent choisir nos activités en semaine après l’école. Mais la règle, une fois qu’on les a choisies, c’est de terminer l’année. Le solfège, j’aime bien, mais c’est un peu dur et il faut quand même beaucoup travailler, surtout en 5e année. Parfois, le jeudi en sortant de l’école, je rêve que maman oublie de m’y conduire. En fait, c’est déjà arrivé car elle est un peu distraite. Et moi, je n’avais pas oublié et je n’ai rien dit. Et si c’était le jour du basket ou de la chorale ? Euh… Je lui aurais rappelé évidemment !

Juliette, 13 ans : « Surfer en cachette sur le trône »
Parfois, le soir, je traîne à la toilette avec mon téléphone alors que la règle est qu’il doit rester en bas après le souper. Je fais semblant de lire une BD et ça passe. Quoique, je me suis déjà fait capter. J’avais trop la haine. Papa me dit qu’il va finir par couper le Wi-Fi dans les toilettes. J’y crois pas, c’est même pas possible.

► Ceux qui sont envieux

Éloïse, 6 ans : « Vite grandir pour jouer comme mes frères »
Mes grands frères, le soir, ils peuvent jouer à un jeu de société avec mes parents et moi, non, car je dois aller dormir plus tôt qu’eux. C’est normal car je suis beaucoup plus petite que mes frères. Mais quand même j’aimerais parfois jouer au « Mo’poly » avec eux.

Lina, 8 ans : « Faire de la boxe pour me battre »
Mon rêve, je le fais déjà, c’est de l’équitation. Mais mon vrai rêve, en fait… c’est la boxe ! Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi. Pour frapper. Pour me battre. J’aimerais bien ça. Je ne l’ai jamais demandé à mes parents. Je ne sais pas s’ils seraient d’accord.

Charlie 10 ans : « Un smartphone ? Pas avant d’être adulte ? »
J’aimerais bien déjà avoir un téléphone. Pour jouer, un peu. Et puis surtout pour communiquer. Dans ma classe, il y en a déjà qui en ont, mais mes parents ne veulent pas. Ce sera sans doute quand j’aurai, euh… peut-être disons 18 ou 20 ans. Et c’est normal : mes parents m’ont raconté qu’ils étaient déjà adultes quand ils ont eu leur premier téléphone.

En coulisses

Étonnant, le contraste entre la sagesse, voire la douce naïveté de certaines paroles récoltées, et le questionnement de ces enfants et de ces ados à l’idée d’être interviewés par une journaliste. Une première expérience pour la majorité d’entre eux. Hésitation pour trouver le bon mot. Mains qui tremblent.
Questionnement aussi parce que, au fond, « c’est franchement difficile de parler ainsi de sa vie privée ». Et même, du haut de leurs 10 ou 12 ans, des interrogations quant à l’usage de « leurs » paroles dans un journal, donc au vu de tous. Des rencontres qui se sont donc chaque fois prolongées par une explication des différentes étapes de la fabrication de votre Ligueur. Sympa aussi !

Anouck Thibaut