Vie de parent

L’argent, sa planche de salut !

Ça ne vous vient peut-être pas tout de suite à l’esprit, mais pourtant, vous connaissez forcément autour de vous des parents qui préparent leurs challengers d’enfants à la grande compétition de la vie. Ici, on parle de performance, d’excellence. On apprend à faire de l’argent, on enseigne la gagne, et parfois même à marcher sur la tête du voisin. Oui, aujourd’hui, c’est aussi comme ça que tourne le monde. Rencontre avec des parents qui témoignent et avec Marie-Thérèse Casman, sociologue, qui commente leur parole.

L’argent, sa planche de salut !

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Thérèse et Jean-Luc, quatre enfants de 15 à 30 ans : « Notre réussite ou la leur ? »

Ils ont élevé et élèvent leurs enfants avec un état d’esprit impitoyable, ne laissant rien au hasard : « Nous avons toujours tout fait pour l’avenir de notre famille. J’ai même interrompu ma carrière, au début de notre mariage, pour me consacrer à leur réussite. Nous ne voulions pas qu’ils nous reprochent de ne pas les avoir armés. Après, libre à eux d’aller au bout de ce que nous leur avons destiné. L’aîné, en échec scolaire, a très vite interrompu ses études et nous ne nous sommes pas obstinés pour qu’il réussisse coûte que coûte. En revanche, nous poussons les autres et mettons tout en œuvre pour qu’ils aillent le plus loin possible. Pas de télé quand ils étaient jeunes, pas de sorties, tout pour le carnet d’adresses… Et ça paye. C’est dans notre tradition familiale de viser le plus haut possible. Tant pis pour les autres. »

Daniel, deux enfants de 25 et 27 ans : « Qu’ils aient le sens de l’argent »

Ce père de famille évoque le parcours de ses deux enfants avec fierté. « Avant même que l’on parle de crise, je savais que les temps seraient durs. J’ai élevé mes deux fils en leur inculquant le sens de l’argent. Je ne voulais pas qu’ils en aient peur ou qu’ils fassent n’importe quoi avec. A priori, ça a marché, ils sont banquiers tous les deux. Du coup, ils sont très à l’aise, ils s’en sortent bien et me citent toujours comme référent parce que je ne les ai pas fait rêver avec des bêtises. Je leur ai présenté le monde tel qu’il est : on se lève le matin pour aller gagner son pain. »

► L'avis de notre expert

Vous souhaitez que votre enfant n'ait pas de problème. Et cela peut être accompagné de valeurs qui peuvent sembler superficielles. Beaucoup de parents se rendent compte que c'est aujourd'hui obligatoire. Ils acceptent que leurs enfants aient tout ce dont ils ont besoin et plus encore. On ne croit plus en la lutte collective. Les places sont rares, les places sont chères. Bien sûr, cet état d'esprit n'est pas monnaie courante. Mais cela existe. Tout ceci n'exclut pas d'autres tendances, d’autres valeurs, comme ce dossier le montre. Et heureusement ! On se trouve face à deux manières de penser : se battre contre ou se battre ensemble.

LE SENS DE LA COMPÈTE

Philippe, deux enfants de 12 et 20 ans : « Les rendre prêts à tout sacrifier »

Autre corde à l’arc éducatif : la compète. La gagne, quoi ! La société est dure et il faut savoir marcher sur la tête de l’autre pour rebondir. Hé, mais pourquoi pas ? C’est sans détour que Philippe raconte le fabuleux destin qu’il prépare pour ses enfants. « Nous sommes huissiers depuis cinq générations dans la famille. Ça peut peut-être surprendre, mais il est hors de question de faire flancher l’étude familiale. J’ai dû faire des sacrifices, comme virer mon frère, par exemple. J’élève mes enfants dans cette voie-là. Mon fils de 20 ans a conscience du prestigieux héritage qu’il va reprendre et le petit est encore trop jeune. Je leur ai appris à tout sacrifier pour cette entreprise. Ce sont nos valeurs. Celles avec lesquelles j’ai été élevé et, très honnêtement, ma situation n’est pas à plaindre. »

Sylvie, mère de quatre enfants de 6 à 28 ans : « Il faut qu’ils se battent »

Pour cette femme de médecin, même combat. Elle peut donner l’impression d’entraîner ses enfants à un sport de combat : « Nos enfants sont passionnés par la médecine depuis tout petits. Ils ont grandi dans un cabinet et se destinent à cela depuis le plus jeune âge. Je les prépare dans cette optique, en appuyant bien sur le fait que la compétition sera coriace. Il faut se battre d’arrache-pied pour obtenir ce que l’on veut. Les autres ne font pas de cadeaux, qu’ils n’en fassent pas non plus. Je ne les incite pas à donner le premier coup, mais à rendre au centuple ceux qu’on leur a donnés. On dirait que c’est un crime de réussir. Je suis persuadé qu’il y a quelque chose de très instinctif, là-dedans, une relation dominant-dominé. Je veux des battants et pas des battus. »

► L'avis de notre expert

Je pense et déplore que ce genre de discours ait encore un avenir. On ne se fait pas de cadeaux. Derrière cette phrase : ‘Dans ce monde extrêmement cruel, je veux que mon enfant tire son épingle du jeu’, il y a une manière de protéger sa progéniture. Si on remonte à plusieurs décennies, la place des petits était très différente. L'enfant était une force de travail comme une autre. Être mère est un choix plus qu'un destin aujourd'hui. L'enfant a une importance énorme. On a envie de le protéger, qu'il s'en sorte le mieux possible. Et cela passe par ce genre de plan d'avenir.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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« Je veux qu’il trouve un emploi », pensez-vous tout bas en croisant les doigts. Vous ne le formulez pas de la sorte, vous y pensez en termes d’autonomie, d’avenir, de sécurité, qui tourne autour de la place du rejeton dans la société. Mais aujourd’hui, avec les bouleversements sur le marché de l’emploi, tout ça fait un peu peur. Il n’en reste pas moins que pour le mener jusque-là, des décisions doivent se prendre. Une mise en scène dont vous êtes… le metteur en scène. Des parents nous content leurs expériences, ponctuées par l’avis de notre expert, Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg

 

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Plus que des travailleurs ou des consommateurs, vous voyez avant tout en votre progéniture les personnes à qui vous allez confier les clés du royaume. Conscient que vos enfants sont l’héritage légué au futur, vous les faites grandir avec vos valeurs et tentez de les éclairer afin qu’ils soient maîtres d’un monde toujours plus juste. Enfin, dans l’idéal, quoi... Esteban, Emily, Audrey et les autres nous en parlent avec, toujours en écho, les réactions du psychologue Jan De Mol.

 

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Bien sûr, vous souhaitez le meilleur pour votre descendance. Un bon équilibre, la vie la plus saine possible. Il n’y a rien de plus important que de voir pousser et mûrir le fruit de ses entrailles. Le mouvement est magique. C’est aussi un défi, le plus grand, le plus beau. Le premier qui nous vient en tête avant même son apparition, et peut-être même l’ultime, jusqu’au dernier souffle avant d’aller serrer la main aux anges : que nos enfants demeurent en bonne santé. Nous avons rencontré des parents qui en témoignent. Et un psychologue, Jan De Mol, qui nous propose quelques clés pour mieux comprendre cette facette de la parentalité.

 

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