3/5 ans

L’art est un jeu d’enfant

Que ce soit au musée, en promenade ou chez vous, votre enfant découvre le monde animé par un élan vital et une curiosité qui lui sont innés. À l’adulte de l’accompagner sans pression. Voyage illustré avec l’un des auteurs du dernier ouvrage du Fraje (Centre de Formation permanente et de Recherche dans les milieux d’Accueil du Jeune Enfant), qui emmène des petits à la rencontre de différentes formes d’art.

L’art est un jeu d’enfant

Camille, 3 ans, est accroupie et fixe une fourmi qui transporte une feuille sur son dos. Tout à coup, son attention est détournée par une bourrasque de vent qui fait tournoyer les feuilles tombées sur le sol et qui fait du bruit dans le feuillage des arbres environnants. La petite fille est fascinée. Elle sent l’air frais sur son visage et plisse les paupières, elle respire l’odeur du sous-bois, ravivée par la pluie qui s’est doucement mise à tomber.
Camille sent les gouttes qui ruissellent et attend avec impatience les suivantes qui viendront caresser son visage, elle jubile... Camille est en contact avec la nature, connectée avec ses sens de la même manière qu’elle le serait face à une œuvre d’art. C’est alors que sa maman se précipite, lui met son capuchon sur la tête, dégaine son parapluie et l’attrape pour l’asseoir dans la poussette, avant de courir jusqu’à la voiture. La fillette est désemparée, elle hurle et sa maman se fâche, interprétant cet acte de rébellion comme un caprice.
Cette scène vous parle ? Le « bon parent responsable » que vous êtes se dit qu’il aurait eu la même réaction pour éviter à son chérubin de tomber malade. Et pourtant, nous ratons ainsi de belles occasions de partager des moments magiques et instructifs avec nos tout-petits en pleine découverte de leur univers. Nous pourrions en faire des moments spéciaux, uniques et enrichissants, non seulement pour notre enfant, mais aussi pour nous, adultes. Cela demande de s’arrêter consciemment, de s’ouvrir à notre environnement et surtout à nos émotions et à celles de notre petit. L’amorce d’un beau voyage à faire dans un musée ou dans votre jardin.

Chut, il explore !

Dans l’ouvrage, Pour toi, promenades... édité par le Fraje et les éditions Grandir, les auteurs montrent des bébés et de jeunes enfants, seuls ou accompagnés d’adultes, qui découvrent des tableaux, des concerts ou des spectacles en tout genre et vont à la rencontre des artistes.
Votre enfant est trop petit, pensez-vous ? Détrompez-vous, même les tout-petits y sont sensibles et réceptifs. En témoigne cette maman, étonnée d’entendre son fils de 3 ans chantonner « Patati, patata, la chanson, elle est en toi », les paroles d’une chanson entendue lors d’un concert une semaine auparavant, alors qu’elle-même l’avait déjà oubliée.
Nos enfants sont des éponges, observent tout et captent tout, du moins quand on le leur permet. Mais, attention, si nous les guidons trop, si nous intervenons trop souvent pour leur « expliquer les choses », nous coupons l’enfant de son propre vécu intérieur, de son imaginaire en cours de formation. « Mieux vaut se donner le temps d’observer comment son petit met ses cinq sens au service de l’exploration, la découverte et profiter avec lui de ce qui s’offre », conseille la psychologue Isabelle Chavepeyer.
De manière suffisamment proche pour pouvoir capter ses émotions (doute, crainte, hésitation) et y répondre si nous l’estimons nécessaire : « Cette grande tache noire au milieu de la toile te fait peur ? Ah bon, et pourquoi ? ». Mais avec assez de distance pour ne pas trop l’influencer, pour laisser l’enfant libre de choisir son propre chemin.
« Le petit de 3 ans et plus est animé d’un élan vital et d’une curiosité naturelle à découvrir le monde, il est en perpétuelle observation. C’est au contact de l’adulte en qui il a confiance et dans sa relation avec lui qu’il va pouvoir donner du sens aux perceptions sensorielles et aux émotions que cet univers génèrent chez lui », explique la psychologue. Or, l’adulte a tendance à vouloir inculquer à l’enfant ce qu’il doit faire, ce qu’il doit dire... et pourquoi pas ce qu’il doit penser et ressentir tant qu’on y est ! Quelle place reste-t-il pour le développement de sa propre personnalité, à un âge où on n’a pas encore la force de l’affirmer ?

Chouette, il s’émerveille

Si votre enfant n’a pas envie de faire le compte rendu de ce qu’il a vu pendant un spectacle, qu’il n’a pas envie de partager en temps réel toutes ses émotions devant une œuvre ou qu’il n’a pas envie de revenir sur une expérience culturelle, mieux vaut ne pas insister. L’objectif de lui faire découvrir l’art n’est pas d’en faire un petit savant, mais d’ouvrir un espace qui permet au parent de voir son enfant s’émerveiller.
« Faites confiance à votre petit dans sa capacité à entrer en contact avec les œuvres et les artistes. Faites confiance au lien que l’enfant fera à l’intérieur de lui », conseille la psychologue. Et l’adulte a d’ailleurs tout à gagner de ce partage d’émotions qui le reconnecte à sa propre sensibilité. Pour en arriver à regarder à nouveau les choses avec des yeux d’enfant.

Tiens, il pense « global »

En tant qu’adulte, notre journée est structurée de manière très claire, entre nos obligations de parent, notre travail ou nos activités, et nos loisirs. Nous séparons et catégorisons tout, par souci d’efficacité, peut-être, par éducation, sans doute. Mais ce n’est pas le cas des enfants : selon la psychologue, « ils appréhendent le monde de manière globale. Ils organisent leur pensée et construisent des références en faisant constamment des liens entre leurs sensations, leur imaginaire, ce qu’ils captent comme informations des adultes de l’entourage, et ce qu’ils vivent dans la vie de tous les jours. Ils font constamment des liens entre leur monde interne et le monde externe. Leur imaginaire se construit ainsi, dans toutes ces relations et dans les liens qu’ils sont capables de faire grâce au fait qu’ils ne cloisonnent pas les univers. »
C’est la raison pour laquelle ils ne vivent pas du tout l’art de la même manière que leur parent. Le tout-petit qui vit une œuvre, un concert ou un spectacle repartira chez lui empli des émotions que lui aura fait vivre cette expérience. Sa fantaisie sera toujours en pleine ébullition : il imaginera la danseuse qu’il a vue sur scène dans le feuillage des arbres qui bouge avec le vent, il retrouvera le son d’une trompette dans le klaxon d’une voiture sur la route, il retrouvera les matières d’un tableau dans son jardin. Bref, il fera en permanence des liens entre ce qu’il a vécu ou observé auparavant, et ce qu’il vit dans le présent.

Julie Robin

En pratique

Pas de pression

  • Ne lui imposez pas un marathon et ne vous arrêtez pas dix minutes devant chaque œuvre sous peine de le dégoûter.
  • Pas la peine non plus de lui faire passer un examen oral à la sortie du musée, ni de lui demander ce qu’il a observé et retenu.
  • Si vous arrivez au théâtre de marionnettes et que votre bambin se met à hurler après la première scène parce que le méchant lui fait très peur, soyez philosophe et remballez vos affaires.
  • No picture, please ! Qui d’entre nous n’a pas cette fâcheuse habitude de dégainer son smartphone à la moindre occasion ! Il fait son premier pas, il participe à sa première fancy-fair, il met pour la première fois ses pieds dans la mer... Et hop, à force de capturer les moments précieux de la vie de notre enfant, nous en arrivons à oublier l’essentiel : de lui sourire, de l’encourager, de le féliciter quand il saute un pas important.
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