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L’e-réputation dès les premiers gazouillis

Et s’il avait son tweet à dire ? Emportés par la fierté parentale et les joies du numérique, on diffuse, à foison parfois, des photos ou des vidéos de nos marmots sur les réseaux sociaux. Mais on ne pense pas toujours aux conséquences à long terme.

L’e-réputation dès les premiers gazouillis - Thinkstock

On connaissait les faire-part, les SMS pour annoncer la naissance d’un enfant. Depuis quelques années, il faut compter sur les réseaux sociaux. On tweete la bonne nouvelle, on poste sa photo sur Facebook, puis toutes les étapes de son évolution… Et voilà que, à peine arrivé dans le monde réel, bébé se retrouve plongé dans le virtuel. Certains ont même leur propre compte Facebook ou Twitter avant leur naissance. Notre monde numérique est ainsi fait.
Les uns « likent », les autres crient à la folie. Qu’est-ce qui est bien, mal ou grave ? C’est à chacun d’apprécier ce qu’il convient de partager publiquement sur un site ou un réseau social. Mais dans tous les cas, il faut savoir ce qu’on fait et avoir conscience des conséquences que cela peut avoir.

Parents, propriétaires d’image

Il n’y a rien d’illégal à poster des photos ou des vidéos de ses enfants sur la Toile. Les parents, jusqu’aux 18 ans de leurs marmots, exercent le droit à l’image de leurs enfants, confirme Étienne Wery, avocat spécialisé dans le droit à l’image. Le problème, c’est qu’on fait parfois preuve de maladresse. Oui, c’est mignon une photo de sa petite fille toute nue dans le jardin, lorsqu’il fait beau...

Mais c’est mignon parce que ça reste dans le cadre de la famille. Une fois que la photo apparaît sur les réseaux sociaux, elle peut être vue par les amis d'amis, partagée, et ce sont peut-être 1 000 ou 2 000 personnes qui la voient.

 

« Comment t’as pu me faire ça ? »

Nudité, pipi au lit, bêtises, bagarre, mini-miss, sportif ou supporter… Il faut garder en tête que, un jour, nos gamins deviendront grands. On sait combien l’image est importante à l’adolescence, quand on rencontre quelqu’un ou lorsqu’on postule pour un job.

Ils pourraient aussi finir par nous le reprocher. Qui sait s’ils ne se retourneront pas contre nous dans quelques années, à cause d’une photo embarrassante ? « On n’a pas encore tellement de recul parce qu’entre le moment où les parents mettent des photos embêtantes et celui où ça se retourne contre l’enfant, il faudra 10, 15 ans. Ça, ça ne s’est pas encore produit. Mais ça va arriver, ça me paraît évident », soutient le juriste.

Bien sûr, les parents restent protégés par le droit. « Quand les parents mettent une photo de leur enfant mineur, c’est comme si c’était le gamin qui l’avait publiée lui-même, puisqu’ils exercent l’autorité parentale jusqu’à sa majorité », rappelle le juriste. Mais ils nous en voudront peut-être à vie. Car, à l’heure actuelle, il est très compliqué de revenir en arrière.

Pas vraiment le droit à l'oubli

« Si l’info est entrée sur internet en raison d’un acte de la personne elle-même, ou de ses parents qui exercent l’autorité parentale, on considère que la personne était d’accord », explique le spécialiste du droit à l’image. Elle ne peut donc pas s’adresser aux réseaux sociaux pour retirer un contenu. Et on le sait, tout ce qui entre sur internet reste, quasiment pour toujours, sur internet. Il vaut donc mieux réfléchir à deux fois avant de diffuser des images de nos enfants qui, aujourd’hui, nous font sourire mais pourraient un jour les desservir. Autant soigner leur e-réputation dès les premiers gazouillis.

Stéphanie Grofils

En savoir +

Vers le droit à l’oubli

L’Union européenne envisage de créer un « droit à l'oubli numérique ». Ce règlement, en cours de préparation, permettra, non pas d’effacer - ce qui reste impossible sur internet - mais de contrôler l’usage qui peut être fait de ses données et des informations concernant l’internaute. Il pourra alors, par exemple, exiger de son réseau social qu’il supprime son ancien mur ou des publications le concernant.

Témoignages

Montrer comment il grandit

On lui a ouvert un compte Facebook à sa naissance. C’était la grande mouvance. C’était l’occasion de marquer son nom sur les photos et ça permet aux gens qui sont amis avec lui de voir son évolution, comment il grandit… Et pour le côté comique.
Julien, papa de Maxime, 5 ans

L’occasion de partager son visage

J’ai posté une photo d’elle sur mon mur Facebook parce que c’était une manière d’annoncer sa naissance. Comme elle est restée 40 jours en néonat’ et que personne ne pouvait la voir, c’était l’occasion de pouvoir partager son visage avec les autres. Depuis lors, on ne poste pas beaucoup de photos, car il y a du voyeurisme. Mais bon, on a été tagués récemment avec elle et elle apparaît dans nos photos de profil, parce qu’elle fait partie de notre vie.
Margot, maman d’Iris, 6 mois et demi

On n’a pas à étendre sa vie

Ça n’a aucun intérêt pour un bébé d’avoir un compte Facebook à son nom. À 5 mois, elle n’a rien à dire et ce sont quand même nous qui allons écrire dessus. Et on n’a pas à commencer à étendre sa vie sur Facebook. Pour partager ses photos, il y a d’autres outils, qui permettent aussi de stocker ses photos et de ne pas les perdre. Mais sur Facebook, quand on sait comment ils gardent nos données personnelles…
Martin, papa de Lola, 5 mois

Je veux protéger sa vie privée

Je ne veux pas mettre, ni qu’on mette, des photos de mon fils sur Facebook. Parce que tu mets quelque chose sur internet, ça y reste pour toujours. Et j’ai toujours voulu protéger la vie privée de mon enfant. Le jour où il voudra publier des photos de lui, il le fera lui-même, en sachant ce que ça implique.
Daphné, maman de Victor, 2 ans

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