6/8 ans

L’école en néerlandais,
à fond ou en immersion ?

Maîtriser la langue de Vondel est un excellent atout sur le marché de l’emploi. Aussi, pour faire de leurs enfants de bons bilingues, de nombreux parents choisissent de mettre le néerlandais au cœur de l’école, parfois à temps plein, parfois en immersion.

L’école en néerlandais, à fond ou en immersion ?

Depuis quelques années, on assiste à Bruxelles et dans les communes flamandes périphériques comme Dilbeek, Strombeek-Bever ou Wemmel, à un boom du nombre d’élèves francophones inscrits en école flamande. La faute en partie au manque de structures dans la capitale, mais surtout à une vraie volonté des parents, soucieux d’armer linguistiquement leur·s enfant·s.
Louis, par exemple, est papa de deux filles qui suivent l’enseignement flamand : « Nous l’avons décidé avant même la naissance de nos filles. Elles sont toutes deux allées directement à la crèche en néerlandais de façon à arriver en maternelle avec de bonnes bases. Ma plus jeune est en 2e primaire et tout se passe bien. Quant à mon aînée, qui est beaucoup plus âgée, elle fait un Master en mathématiques à la VUB. À 8 ans comme à 19, elles sont toutes les deux parfaitement bilingues. On peut donc dire que l’expérience est réussie ».
Dans les écoles flamandes, pas d’immersion à temps partiel, ni de concession : ici, tout se fait en néerlandais. Les parents sont priés de s’adresser au corps enseignant en néerlandais ou de se faire accompagner par un interprète. Et gare à vous si vous vous faites surprendre à parler en français à votre enfant dans l’enceinte de l’école !
Les règles peuvent paraître sévères, mais Justine, dont la fille de 6 ans va à l’école en néerlandais, ne s’en offusque pas : « Quand on voit que dans les classes, il y a parfois plus d’enfants francophones que néerlandophones, imposer des règles est indispensable. À la maison, on parle français. Mais entre 8h et 16h30, on passe au néerlandais, c’est comme ça. En choisissant une école flamande, j’étais consciente que je devrais, moi aussi, le parler. Et ce qui est drôle, c’est que même à la maison, quand ma fille me raconte quelque chose lié à l’école, elle passe automatiquement en néerlandais ».

Le néerlandais au biberon

Pour Fatim Lefdili-Alaoui, enseignante à l’école School Vande Borne, la méconnaissance du néerlandais par les parents est un vrai problème. « Auparavant, les écoles avaient la liberté de refuser les enfants dont au moins un des parents ne parlait pas le néerlandais. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et les écoles sont obligées d’accepter tous les enfants. Résultat des courses, on se retrouve avec des parents avec qui on ne peut pas communiquer et qui ne peuvent pas suivre leur·s enfant·s ».
Or, l’enseignante estime que pouvoir accompagner son enfant est l’une des clés de la réussite pour les petit·e·s francophones inscrit·e·s en néerlandais. « Lorsque nous avons des enfants qui arrivent à l’école et ne parlent pas du tout le néerlandais, c’est très compliqué. Si, dès le début, vous savez que vous inscrirez votre enfant à l’école en néerlandais, le mettre à la crèche ou dans un autre milieu d’accueil en néerlandais lui permettra de partir sur des bases solides. On voit vraiment la différence entre les enfants qui pratiquent le néerlandais depuis leur plus jeune âge et les autres ».
Doit-on dès lors renoncer à inscrire son enfant en néerlandais si on ne le parle pas ? Côté enseignants comme côté parents, la réponse est plutôt oui. Louis : « Je ne suis pas parfaitement bilingue, il m’arrive parfois de devoir chercher un mot sur internet ou de relire deux fois la phrase pour être sûr d’avoir compris, mais globalement, je me débrouille. Sinon, je n’aurais pas opté pour l’enseignement flamand ».
Justine partage son opinion : « En tant que parent, ça fait partie de notre rôle d’accompagner nos enfants sur le plan scolaire. En général, je comprends tout. Ici, ma fille est en 1re primaire et, du coup, je revois toutes les règles d’orthographe et de grammaire depuis la base, c’est plutôt chouette ». Carine, elle, a fait le choix, après la maternelle en néerlandais, d’inscrire sa fille en français. « J’estimais que je ne me débrouillais pas assez pour pouvoir la suivre. Ces trois années de maternelle lui ont donné de bonnes bases et elle continue le parascolaire en néerlandais ».
Autre point souvent soulevé, l’école en néerlandais serait plus difficile pour les enfants francophones. Pour Fatim Lefdili-Alaoui, tout dépend des conditions. « Un enfant qui pratique le néerlandais depuis toujours et qui est bien suivi par ses parents a autant de chance de réussite qu’un natif néerlandophone ».
Dans certaines matières, comme l’histoire ou l’étude du milieu, les enfants francophones peuvent tout de même avoir parfois des carences en vocabulaire car ils doivent utiliser des mots qu’ils n’entendent jamais à la maison. Pour pallier ce problème, l’enseignante conseille à nouveau de stimuler au maximum l’utilisation du néerlandais aussi en dehors de l’école.

L’immersion, un bon compromis

Marianne, la maman de Jules, qui vit dans la région de Jodoigne, a inscrit son fils à l’école en immersion dès la 1re maternelle : « Pour nous, le choix de l'immersion était un bon compromis. Jules vient d’entrer en primaire et, jusqu’à présent, nous sommes ravis de l'immersion. Il n’a aucun retard par rapport aux enfants qui suivent le programme en français et il acquiert le goût des langues. L’usage du néerlandais devient plus naturel. Il attrape aussi les bons accents directement. Il ne deviendra sans doute pas totalement bilingue, mais il aura approché le néerlandais de façon plus complète ».
Dans la région de Namur, Rachel, de son côté, a trois filles qui suivent aussi l’enseignement en immersion. Et elle vit avec ces dernières des expériences bien différentes : « Je suis traductrice et je travaille à Bruxelles. Apprendre les langues, c’est donc très important pour moi et le choix de l’immersion s’est imposé de lui-même. Mes trois filles ont commencé l’immersion en primaire et, pourtant, elles n’en retirent pas la même chose. Mon aînée n’a jamais eu de problèmes de compréhension et ne s’est jamais plainte d’avoir des cours en immersion. Par contre, elle n’a jamais dit le moindre mot en néerlandais. Mes jumelles, par contre, qui sont en 3e primaire, adorent le néerlandais et le parlent tout le temps ».
D’un enfant à l’autre, l’expérience de l’immersion est donc différente. Certains en feront un apprentissage plutôt passif tandis que d’autres l’emploieront à volonté. L’enseignement en immersion ne rendra donc pas forcément votre enfant bilingue, mais il lui permettra tout de même d’acquérir un bon bagage. Attention toutefois, ce choix demande parfois un peu plus d’efforts aux enfants et requiert un accompagnement des parents plus constant.

Gaëlle Hoogsteyn

En pratique

Quand ça ne va pas…

Toutes les conditions étaient requises pour que votre enfant s’en sorte en néerlandais et, pourtant, il ne suit plus. Pour Fatim Lefdili-Alaoui, faire passer l’enfant dans une école en français n’est pas la solution. « Les méthodes d’apprentissage, en particulier pour la lecture et l’écriture, ne sont pas du tout les mêmes en français et en néerlandais. Le vocabulaire scolaire aussi est très différent. Un enfant qui a appris à compter en néerlandais et passe soudainement dans une école en français peut avoir du mal à appréhender des notions mathématiques d’un point de vue purement terminologique. Et plus on avance dans les années d’école, plus cela risque d’être un problème. En cas de grosses difficultés scolaires, nous privilégions plutôt le redoublement. Au niveau culturel aussi, l’environnement peut être très différent et un enfant peut se retrouver vraiment perdu. Si un changement doit se faire, il faut le faire au plus tard en 3e maternelle, avant que les apprentissages scolaires à proprement parler ne commencent ».

Et ailleurs…

L’école en néerlandais (même partiellement), ce n’est pas pour vous mais vous souhaitez tout de même que vos petits apprennent le néerlandais ? Quelques pistes pour vous aider :

  • Le parascolaire en néerlandais. Votre enfant est fan de danse, de foot ou adore aller chez les scouts, pourquoi ne pas le faire en néerlandais ?
  •  Des cours de langues. 2 ou 3 heures de néerlandais le samedi matin ou le mercredi après-midi. C’est moins fun que l’activité en néerlandais, mais cela présente l’avantage qu’on y travaille aussi la lecture et l’écrit.
  • Les stages de langue. À retrouver sur My Kids&holidays, le service stages de la Ligue des familles.
  • Gratuitement à la maison via la télévision, la lecture, le jeu… et ce dès le plus jeune âge.
  • Avec Swap-Swap, la plateforme d’échanges linguistiques de la Ligue des familles qui permet aux jeunes francophones de rencontrer des jeunes néerlandophones. 
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