Vie de parent

L’école, je n’ai pas le choix !

On ouvre ce dossier par le chapitre qui semble le plus important pour vous, parents, et pour vos mômes également : la vie scolaire. Mais à cet âge-là, cher papa, chère maman, ils ont une vie à l’école bien à eux et vous êtes obligés de faire avec. Le bulletin ? Ils estiment que, au final, c’est leur affaire (même si vous fourrez votre nez à juste titre dans leurs affaires !). Ce qui se passe entre les murs de l’école ? Ça les regarde. Leur futur ? Il leur appartient. Font-ils les fiers-à-bras sans en penser un traître mot ? Paroles d’ados récoltées à la porte des écoles et point de vue du sociologue Miguel Souto Lopez.

L’école, je n’ai pas le choix !

FAUSSES NOTES !

Antonin, 12 ans : « C’est mes affaires »

La première chose qui revient dans les témoignages de vos (grands, très grands !) bambins, c’est l’histoire des bulletins. Plus précisément, la pression que vous exercez pour qu’ils aient de bonnes notes, chers parents. Ils estiment qu’ils méritent mieux que d’être jugés sur quelques points anecdotiques par rapport à la partition de leur vie. On ouvre le bal avec Antonin qui ne supporte pas la pression de papa-maman : « Mes parents m’embêtent à tout vouloir savoir tout le temps. Si je travaille bien, tant mieux pour moi. Si j’ai de mauvaises notes, tant pis. Moi je dis que ‘ça ne change rien’ pour eux. C’est moi qui irai devant le patron pour trouver un boulot, pas eux. Eux, ce qu’ils veulent, c’est pouvoir se la péter et raconter que je travaille bien à l’école. »

Pablo, 14 ans : « Même s’ils se fâchent, j’veux m’ barrer ! »

Pablo, lui n’a qu’un rêve, quitter les bancs de l’école au plus vite : « Je n’ai pas de bons résultats parce que, j’avoue, l’école, c’est pas mon truc. J’veux pas faire de grandes études, être ministre ou ch’sais pas quoi. Non, j’veux un taf pépère, des thunes qui tombent tous les mois. Et mes parents, ça les rend vénères (ça les fâche). Ils voudraient que je fasse des ‘écoles supérieures’, alors on se prend la tête. Comme je leur dis : ‘C’est ma vie, t’sais’. Ils veulent que j’aille voir un conseiller, que je parle avec le directeur. Tout ça, ça me saoule. Je veux être sur le marché du travail et me barrer vite fait. »

Coralie et Jenn’, 13 ans : « Les notes, c’est nase »

Les deux copines ne prennent pas trop les questions qu’on leur pose au sérieux et répondent par des évidences. Mais dès qu’il est question des notes, on ne rigole plus. Elles deviennent même intarissables… « On dirait que les notes, c’est pour nous diviser avec les parents. On a de bonnes notes : tout le monde est content. Ça veut dire que tout se passe bien. On a de mauvais résultats et, paf, on passe devant le psy. La première de ma classe, c’est une fille qui est toute ‘skin’ (ndlr : maigre). Nous, on voit bien qu’elle a des problèmes. Mais comme c’est une bonne élève, ses parents ne sont pas en flippe (ndlr : ne s’alertent pas). On en parle souvent entre nous et on se dit qu’il faut arrêter avec ces histoires de notes et voir plus loin. Comment faire ? Bah, on est pas profs, c’est pas à nous de dire ! »

L’avis de notre expert

On voit bien à travers les paroles des uns et des autres que certains jeunes résistent au jugement scolaire auquel les parents adhèrent. Il est donc important que vous leur expliquiez l’importance des notes. Et même ajouter que vous ne trouvez pas ce système forcément parfait, mais que, hélas, il faut l’accepter car c’est celui qui est en vigueur. C’est aussi une manière de leur faire comprendre les règles auxquelles ils seront confrontés toute leur vie. Même adultes, ils devront s’y soumettre et ils continueront à subir des évaluations, notamment au travail.
Le témoignage de Pablo soulève une question intéressante : à quel âge faut-il prendre en compte les choix de l’enfant ? En l’occurrence, il est encore très jeune. Un choix d’orientation scolaire à cet âge peut être déterminant pour le reste de la vie. Mais si la volonté de l’enfant ne trouve aucun écho, cela peut avoir un effet négatif sur sa motivation scolaire. Il vaut mieux trouver des compromis et ne pas oublier que la mission des parents, c’est éduquer. Ce qui ne vous empêche pas de trouver un terrain d’entente.

ENTRE LES MURS

Mina, 12 ans : « Mina = Yasmina »

L’éducation à la maison et la vie à l’école semblent être deux mondes complètement différents. Sans schizophrénie aucune, les enfants semblent passer d’un univers à l’autre, sans aucun souci. Mina nous raconte. « À l’école, je suis Mina. À la maison, je suis Yasmina. Je ne peux pas parler de tout avec mes parents. Ils ne s’occupent pas trop de moi, vu que j’ai de bonnes notes et que mes frères font pas mal de bêtises et travaillent mal en classe. Ils disent que je suis sage. Mais une fois en cours, je dis des gros mots et parle de trucs que j’aime bien. Je suis normale. Je me sens plus moi-même avec mes copains ou certains professeurs qu’avec ma famille. »

Enzo, 12 ans : « L’école, c’est un peu dangereux »

Même volte-face pour Enzo, mais lui se sent plus à l’aise au sein du foyer. « On ne peut pas dire ce que l’on veut à l’école. Il y a les plus forts qui font la loi et si on ne pense pas comme eux, on est out. Alors qu’à la maison, je peux parler de ce que je veux, mes parents sont toujours de bon conseil. Je préfère écouter ce qu’ils me disent plutôt que d’écouter les bêtises des plus populaires de ma classe. J’ai pas trop de copains, mais je m’amuse bien avec mes voisins et mes amis d’enfance. De toute façon, l’école, c’est pour travailler et c’est tout ».

Nadia et Léa, 16 ans : « L’école, c’est notre maison »

Les deux copines partagent une vision plutôt optimiste de l’école… moins de leur famille. Léa commence : « À la maison, je fais comme dit mon daron (ndlr : le père). C’est chez lui. Encore deux ans avant de me tirer. Mais à l’école, j’fais ma life. Je fais comme il dit, je respecte ses règles et lui, de son côté, il a pas son mot à dire sur ce que j’fais ou avec qui j’traîne en dehors ». Nadia abonde : « À l’école, c’est tranquille, y’a du respect, les profs, ils nous acceptent plus comme on est que les darons (ndlr : parents). »

L’avis de notre expert

La situation de Mina est assez fréquente. Elle est confrontée à la double culture scolaire et familiale. Ce qui est souvent le cas des familles immigrées. -Il existe deux systèmes de normes qui induisent des identités et des comportements différents. Il est impossible de généraliser, bien sûr, mais plus la culture familiale s’éloigne de la culture scolaire, plus il peut y avoir de l’incompréhension de part et d’autre, et le jeune se trouve au milieu, contraint de composer entre des univers différents. J’imagine que Mina a peur des réactions, à la fois de ses copains et de sa famille. Que choisir ? Il serait plus simple que les parents se rendent compte de ce décalage, mais ce n’est pas toujours évident. Ils n’ont toujours pas les codes de la culture scolaire et ont du mal à les comprendre. Ce qui est en jeu, c’est la construction identitaire de l’enfant. Dans le cas d’Enzo, c’est exactement l’inverse. Il est éduqué en phase avec l’école. Il en comprend l’importance et semble avoir un rejet du comportement anti-scolaire. Il est encouragé.

NO FUTUR

Sonia et Manu, 11 et 12 ans : « J’avoue, je flippe »

L’orientation, les diplômes, l’avenir. Difficile pour les enfants de ne pas y penser. Très vite, on se rend compte que toutes ces questions font partie de leur vie et qu’il est laborieux pour eux de se projeter avec ce boulet qu’est la crise, présente en arrière-plan. Manu et Sonia, frère et sœur, racontent : « Notre famille nous dit qu’il ne faut pas penser à la crise. Mon père pense qu’il faut inventer de nouveaux métiers et que nous avons de la chance parce que quand nous serons grands, ce sera mieux qu’aujourd’hui ». Sonia fait mine de ne pas trop y goûter : « Je sais pas. Moi, j’ai peur des guerres, des maladies. Ebola, le chômage, tout ça. Notre père, il veut être gentil, mais il sait pas dire comment sera le futur. Moi, j’avoue, je flippe et peut-être que je vais partir d’ici plus tard ». Pour aller où ? « Bah, je sais pas. Loin. En Suisse, je crois. Ça a l’air plus cool, là-bas. »

Hugo et Thomas, 13 ans : « L’avenir, on s’en tape »

Pour les deux complices, hors de question de se projeter. On a l’impression que la seule chose qui compte, c’est de profiter du bon temps. Comme s’ils savaient qu’un jour, l’insouciance ne sera plus de mise.
Hugo commence : « Ma mère, elle veut que je sois avocat. Elle me dit que j’ai une bonne mémoire et qu’il faut que je m’en serve. Moi, je veux être acteur. Je veux faire ce que je veux. Je ne me vois pas travailler tout le temps dans un bureau. »
Thomas réplique : « Mes cousins, ils disent que ça sert à rien de faire des études, parce que tout le monde a des diplômes aujourd’hui. Mais mes parents veulent que je fasse des études. Moi, je m’en fous. Et le métier que je veux faire plus tard ? Rien à fiche ». Pour Hugo, même son de cloche : « De toute façon, on sait que ça va être difficile. On verra plus tard. »

Youssef, 10 ans : « J’veux pas la guerre »

Pour Youssef, c’est tout vu : demain rime avec sang sur les mains. « Mon père, il dit que ça va être la guerre. C’est sûr. Le seul truc que je sais, c’est que je veux pas être militaire. Parce que c’est eux qui vont partir d’abord. Je veux pas mourir. Contre qui on va se battre ? Bien sûr, contre les terroristes ‘diadistes,là’. »

L’avis de notre expert

On voit très clairement dans l’ensemble des témoignages qu’il n’y a rien de très rose dans la perspective de ces enfants. On l’a encore vu récemment avec l’actualité brutale : on tombe très vite dans la sur-médiatisation qui engendre la peur. Faut-il l’alimenter ?
Il me semble qu’il vaut mieux se montrer rassurant. Tous les jours, sur tous les écrans, on voit de plus en plus ce qui ne va pas. Face à ça, je trouve que le mieux est d’expliquer qu’il y a toujours une solution, que l’avenir est ouvert et qu’il peut bifurquer dans toutes les directions. Le message fort et rassurant pour des enfants, c’est que beaucoup de choses sont possibles dans la vie.
Autre chose qui m’interpelle, c’est la dévaluation des diplômes qu’évoque Hugo. Vous pouvez les convaincre de leur utilité en leur expliquant qu’il s’agit quand même, aujourd’hui, de la meilleure entrée dans la vie, tout en gardant à l’esprit qu’elle n’est pas nécessairement la seule.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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