L’Eden, paradis pour tous

Chose promise, chose due (lire le Ligueur du 3 décembre 2014) : en 2015, le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Inclusion de personnes (enfants et ados, tout particulièrement) en situation de handicap, inclusion de personnes en situation sociale précaire, en situation d’exil, inclusion de personnes mises à la marge de notre société pour des raisons religieuses ou ethniques… Ces expériences peuvent être portées par des associations comme par des individus, pourvu qu’elles puissent apporter des infos, des adresses utiles, des pistes, un mode d’emploi, à ceux et à celles qui aimeraient mettre en place des projets similaires. On inaugure cette rubrique avec l’Eden, le Centre culturel de Charleroi. Un nom qui fait déjà rêver…

L’Eden, paradis pour tous

Sous l’impulsion de son directeur, Fabrice Laurent, le Centre culturel de Charleroi, l’Eden, s’ouvre à ceux « autrement capables » selon la formule du regretté philosophe Albert Jacquard. Un projet que la Ligue des familles et l’Awiph ont récompensé à l’occasion des Wippy d’Or. Suivez le guide.

Ambiance de fin d’année. Un ciel opaque caresse le macadam évidé du centre-ville. Je pousse les portes de l’Eden pour retrouver Fabrice Laurent et sa complice Carmela Morici, chargée des relations publiques et de communication du lieu. Les deux ne nous cachent pas qu’ils sont très heureux, mais également surpris. « Nous n’avons pas l’impression d’avoir accompli des prouesses, confie le directeur, mais simplement d’avoir laissé parler le bon sens. »

Cercle vertueux

Tout part d’une volonté d’ouvrir le lieu, de le rendre transparent et accessible à tous. Un cahier des charges pragmatique et cohérent voit le jour. Au programme, on dégage les couloirs, on place des bandes antidérapantes, on rend les entrées accessibles, on facilite l’accès aux personnes à mobilité réduite et on s’entoure de spécialistes.
Pour les questions de mobilité et d’accessibilité, l’Eden consulte Altéo et Plain-Pied. Pour tout ce qui touche aux déficiences visuelles, le Centre s’appuie sur l’expertise des Amis des aveugles et de l’ONA.
Fabrice Laurent soigne l’accueil, il souhaite que chaque travailleur du lieu adopte les bons réflexes. « Serge Van Brackel de Horizon 2000 a sensibilisé le personnel à la question de l’inclusion. De toutes les inclusions. Sa grande force, c’est qu’il dédramatise par des jeux de rôle, des mises en situation. Son enthousiasme est tel qu’il est encore partagé par notre équipe aujourd’hui. »
Tout le staff opère alors avec une véritable vision à 360 degrés. « On travaille de façon ascendante, explique Fabrice Laurent. Lorsque l’on se prétend lieu éclectique, il faut cultiver l’ouverture comme une attitude. La presse focalise sur nos aménagements, mais notre volonté, c’est d’aller encore plus loin. On aimerait éclater la vision et la définition de la culture. C’est un véritable cercle vertueux. »

Une montagne qui n’en est pas une

Nos héros lumineux, tous deux de noir vêtus, reviennent sur le début des opérations. Ils reconnaissent qu’ils ont mis le doigt dans un engrenage qu’ils ne sont pas prêts de lâcher. Eux qui pensaient se frotter à plein d’embûches, débordent d’envie.
« Avant de m’attaquer au dossier, je m’imaginais le pire, évoque Carmela. Par où commencer ? Comment s’y prendre ? On s’en faisait toute une montagne. Rien n’aurait été possible sans les précieux conseils d’Article 27 et de l’Afrahm qui ont préconisé tout un tas de petites dispositions et d’attentions particulières à intégrer. »
Un exemple ? Sans hésiter, mes hôtes racontent la fois où une petite fille avec une déficience visuelle est venue assister à un spectacle, accompagnée d’un groupe de spectateurs. Tout juste formée, une membre de l’équipe l’a prise en charge et l’a présentée aux comédiens qui lui ont expliqué ce qui allait se dérouler. L’hôtesse n’aurait certainement pas eu ce réflexe sans formation.

Paradis et futur proche

L’envie d’aller plus loin ne se tarit pas. Il est question de spectacle en audio-description, de boucle à induction - véritable béquille magnétique pour personnes malentendantes -, de système de pictogrammes, de programmes en braille et même d’adapter des spectacles en langue des signes.
« On n’a pas pu s’attaquer à tout et on ne va pas le faire en une fois, analyse Fabrice Laurent, très humblement. Mais on ne compte pas s’arrêter là. Il suffit de commencer... »
Il est hors de question de faire la leçon à qui que ce soit ici. Ce qui est très appréciable et ce dont on peut se rendre compte, c’est que tout le monde a sa place. Sur ce, je les quitte. Il pleut sur la ville qui semble avoir du mal à se dresser. La noble bâtisse de l’Eden paraît solide, accessible et tournée vers le futur. Une image d’espoir, peut-être.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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En collaboration avec l'

L’Awiph s’associe à des événements culturels accessibles à tous pour sensibiliser le grand public. Avec les associations du secteur, l’Agence forme aussi les services et lieux culturels à l’accueil des personnes handicapées. Car c’est en modifiant le regard sur le handicap que nous ferons évoluer les mentalités et parviendrons à une société inclusive.