L’éducation à l’argent : capitale !

Plus de 8 parents sur 10 accordent beaucoup d’importance à l’éducation financière de leurs enfants et ce, dès 6 ans. Mais ils sont presque tout autant à leur parler des revenus du ménage. Ces chiffres sont tirés d’une enquête menée par la plateforme digitale d’épargne et d’investissement Yongo. Zoom sur l’argent et nos enfants, un sujet encore ô combien tabou.

L’éducation à l’argent : capitale !

Bizarre. Aujourd’hui, l’argent semble être la valeur suprême, mais les parents ne soufflent mot sur le budget familial à leurs enfants.

8 parents sur 10 ne parlent pas des revenus du ménage à leurs enfants…

Après avoir interrogé 1 000 parents belges sur leur façon d’éduquer leur progéniture à l’argent (une enquête en partenariat avec la Ligue des familles et le Gezinsbond) , la plateforme digitale d’épargne et d’investissement Yongo confirme cette frilosité : 8 pères et mères sur 10 taisent les revenus du ménage à leurs mômes.
Ces premiers chiffres n’étonnent pas Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation et professeur à l’ULB. « L’argent reste tabou chez nous, en Europe, et c’est culturel. Des enquêtes ont même montré qu’un certain nombre de conjoints ignoraient le montant du salaire de l’autre ».
S’ajoute aujourd’hui à cette difficulté d’en parler, la multiplication des situations délicates : des parents craignent pour leur emploi, ont un pouvoir d’achat restreint, un budget de moins en moins stable… Autant de menaces qu’ils ne veulent pas faire peser sur leurs enfants.
La psychologue témoigne de ce désir du parent à protéger ses enfants des soucis d’argent. « Je rencontre régulièrement des parents qui se mettent dans des situations difficiles pour répondre à la demande de l’enfant afin de ne pas le marginaliser. Une réaction naturelle, mais je crois que s’ils avaient pris la peine d’expliquer leur situation, l’enfant aurait joué la solidarité en proposant, par exemple, de réduire d’une semaine son stage, d’attendre son anniversaire prochain pour recevoir la guitare de ses rêves… ».

… et pourtant, 9 parents sur 10 disent leur parler de la valeur des choses

Dans notre monde d’hyperconsommation, nos enfants sont pourtant confrontés très tôt à l’argent, mais sans en avoir vraiment la représentation. D’abord, parce qu’avant 8-10 ans, le petit ne peut comprendre que tel Playmobil est à 50 € alors que l’autre n’est qu’à 20 €. Il ne peut être que dans le gros ou petit cadeau en matière de taille alors que celle-ci ne correspond pas toujours au prix.
Ensuite, parce que les parents ne prennent pas toujours le temps d’inviter leurs mômes à calculer les prix. « L’heure du shopping est très illustrative de cette parole sur l’argent, explique Alexandra Balikdjian. On dit régulièrement à nos enfants : ‘Non, c’est trop cher, je n’achète pas’ ou’ Pourquoi encore dépenser alors que ta garde-robe en regorge ?’, mais on ne décortique jamais avec eux le ticket de caisse ».
Et de proposer aux parents de profiter de la période des soldes pour « jouer » à calculer par exemple la réduction de 30 % sur la paire de chaussures qui affiche 40 €. « Familiariser les enfants avec ces notions financières les arme d’autant mieux face à certaines stratégies marketing puissantes qui créent allègrement la confusion », conclut la psychologue.
Malgré tous ces constats, les parents interrogés par Yongo affirment - ils sont 9 sur 10 - parler régulièrement de la valeur des choses avec leurs enfants. « Cette réponse est sûrement sincère, réagit la psychologue. Les jeunes entendent parler de prix, sont exposés à beaucoup d’infos, mais les parents choisissent la plupart du temps la simplicité. Non pas parce qu’ils sont partisans du moindre effort, mais parce qu’en fin de semaine, fatigués, ils évitent de dire non. Et dans les familles séparées, l’argent est un enjeu encore plus délicat. Imaginez dire non et voir votre fils, votre fille obtenir ce qu’il veut la semaine suivante chez l’autre parent. Tout cela n’est pas facile à gérer, à vivre… ».

8 parents sur 10 épargnent pour leurs enfants

Si l’argent n’est pas aisément évoqué dans les échanges familiaux, il est cependant une des meilleures assurances pour préparer l’avenir des enfants. 8 parents sur 10 épargnent pour leur enfant, essentiellement à long terme et sans projet bien précis. Un tiers dit mettre de l’argent de côté pour assurer sa sécurité, un autre tiers pour qu’il puisse disposer librement de la somme épargnée au moment de quitter le nid familial et le dernier tiers pense ainsi lui offrir un capital de départ pour l’achat d’un toit. Les formes de l’épargne sont variables : le compte d’épargne au nom de l’enfant, le placement le plus sûr possible et même la tirelire avec des espèces !
Pour Alexandra Balikdjian, « l’offre variée des produits financiers favorise ce comportement d’autant plus que la plupart de ces produits sont déductibles fiscalement. C’est donc un bon investissement d’épargner pour ses enfants. Et plus encore dans ce monde incertain où la durabilité de l’emploi est fragile ».
Les jeunes qui atteignent l’enseignement supérieur ont aussi des cursus de plus en plus long. Sans compter la mobilité universitaire (Erasmus, etc.) qu’il faut planifier… et payer. Un budget conséquent pour beaucoup de parents qui peuvent alors puiser dans l’épargne réalisée.
Mais encore une fois, tout cela se fait motus et bouche cousue. Ils sont 4 parents sur 10 à ne pas parler à leurs enfants du montant qu’ils épargnent pour eux. Comme s’ils craignaient de voir les sous péniblement mis de côté gaspillés du jour au lendemain. Gérer son argent, résister aux sollicitudes du marché, font pourtant aussi partie de l’éducation financière. 

Myriam Katz

Zoom

Ce que je consomme dit qui je suis

Lors de l’interview, la psychologue de la consommation Alexandra Balikdjian nous a raconté une anecdote qui en dit long sur nos attitudes de consommation aujourd’hui. 
« Je ne suis pas une friande de stratégie marketing pour les produits ménagers. Je calcule le rapport volume/coût et ce critère-là dicte mon choix. À la rentrée scolaire, je me suis retrouvée en grande surface avec la liste de mon enfant dans laquelle était indiqué ‘papier cuisine’. Je me précipite donc comme je le fais toujours sur le paquet le plus grand et le moins cher. Mais, en le posant dans le caddy, je me suis interrogée : ‘Mais quel message j’envoie à la maîtresse ?’ Je suis en train de montrer que je ne me préoccupe pas le moins du monde que ce papier soit chloré et donc toxique pour la nature. J’ai remis le paquet dans le rayon et j’ai pris le papier recyclé. Tout d’un coup, ce produit de consommation très privé devenait un acte social. »
En faisant tel ou tel achat, ce sont bien nos valeurs personnelles que nous transmettons. Nos modes de consommation racontent quelque chose de nous comme le contenu de nos caddies qui devient soudain si intime…

Autant savoir

À l’école, l’éducation financière se met lentement en place et est inscrite dans le programme scolaire. Terminé, les problèmes sur la vitesse d’un train. Aujourd’hui, la question c’est : une famille va emprunter 1 000€ à 15 % d’intérêt sur un an. Combien va-t-elle devoir rembourser ? C’est via la plateforme wikifin.be que les enseignants (et les parents aussi) peuvent trouver de l’information mais aussi une série d’outils, de pistes d’activités et de vidéos.
Retrouvez la pétition d’une maman enseignante > Former les élèves à l’économie, c’est les former à comprendre le monde dans lequel ils vivent.

38 %

C’est le pourcentage des parents qui donnent régulièrement de l’argent à leur enfant. Ce pourcentage augmente au fur et à mesure que l’enfant grandit.
28 % des parents donnent entre 6 et 8 ans. 34 % entre 9 et 10 ans. 52,5 % entre 11-12 ans et plus. 52 % ne donnent de l’argent que lors d’occasions spéciales.
Autre sponsor important : les grands-parents. 1 enfant sur 5 reçoit au moins une fois par mois, 1 sur 2 plusieurs fois par an.