Vie de parent

L’enfer du bégaiement :
l’enfant peut s’en sortir !

Malgré l'étendue et les conséquences, souvent dramatiques, dans tous les domaines de la vie, le bégaiement reste un problème ignoré. Voilà pourquoi les associations qui tentent d’aider les bègues et les parents d’enfants bègues à sortir de leur isolement, ont créé, ce 22 octobre, une journée mondiale en leur nom. Le Ligueur a choisi de les relayer !

L’enfer du bégaiement : l’enfant peut s’en sortir !

Neurolinguiste et spécialiste du bégaiement, Henny Bijleveld distingue le bégaiement de développement, qui se manifeste lorsque le langage se développe, du bégaiement acquis ou neurologique, conséquence d’un accident cérébral. « Le bégaiement de développement est le plus répandu, précise-t-elle. Il touche 1 % des enfants, avec un pic entre 2 ans et demi et 4 ans, quand le langage se diversifie, et vers 6-7 ans, quand ils entrent à l’école. »

« Si je ne suis pas parfait, je suis nul »

Si les manifestations du bégaiement peuvent varier d’un enfant à l’autre, en touchant trois fois plus les garçons, l’enfant commence généralement par répéter des mots d’une syllabe, sans tension : « Je, je, je ». Souvent, les répétitions disparaissent pour revenir, avec un changement. L’enfant répète alors les syllabes, toujours sans tension : « Mamamaman… ». Il se peut que le bégaiement disparaisse à nouveau. La phase suivante est la répétition de la première consonne ou du premier son : « PpppppPapa… ».
« Si le phénomène persiste plus de 6 mois, si l’enfant répète plus de trois fois sans tension, s’il bloque ou manifeste des tensions, ou si les parents sont inquiets, il est important de consulter, affirme Henny Bijleveld. Plus vite on aide un petit, plus ses chances seront grandes de s’en sortir. »
Les enfants bègues peuvent être des enfants qui ont parlé très tôt ou, au contraire, qui ont parlé tard et mal. Certains souffrent de problèmes d’audition. « Le bilinguisme n’est pas à mettre en cause », soutient Henny Bijleveld. Ce sont souvent des enfants exigeants par rapport à eux-mêmes et aux autres, ce qui va de pair avec un manque de confiance. Ces enfants ont du mal à accepter les critiques, avec des réactions parfois disproportionnées. Ils doivent être réconfortés de façon constante.
Combiné à d’autres facteurs (fragilité héréditaire, tempérament de l’enfant…), un événement soudain, un déménagement, une nouvelle école, une naissance, un décès, « tout ce qui vient changer le monde de l’enfant et apporte des doutes », peut déclencher un bégaiement.

L'exemple des parents

L’attitude de l’entourage est primordiale pour éviter que le bégaiement ne s’installe. L’enfant veut faire comme ses parents. Si ses parents parlent vite ou beaucoup, il voudra faire la même chose. « Or, son cerveau n’est pas à maturation, il n’est pas encore capable de bien encoder et décoder l’information, observe Henny Bijleveld. Je conseille donc aux parents de faire des phrases courtes, avec une information par phrase, et de prendre le temps d’écouter la réponse. »
Un simple changement dans la méthode d’éducation peut aussi redonner confiance à l’enfant et avoir un impact sur son langage : il suffit parfois de diminuer temporairement les pressions ou, au contraire, de lui mettre des limites s’il manquait de cadre.

On s’en sort !

Aujourd’hui âgée de 12 ans, Louise va beaucoup mieux, même s’il lui arrive encore d’inspirer en parlant et d’intercaler des « euh… » entre les mots. « Notre plus gros travail a été d’accepter qu’elle pouvait avoir cette tendance, confie sa maman. Depuis que nous avons cessé de chercher les causes et que nous voyons plutôt ce que notre fille apporte de positif, cela s’est nettement amélioré. Elle ne ressent plus notre angoisse et une psychologue l’a aidée à mieux gérer ses difficultés. Elle écrit beaucoup, ce qui lui permet de structurer sa pensée. Et elle n’a pas peur de prendre la parole, elle a même été déléguée de classe ! »
Un constat : la moitié des enfants qui commencent à bégayer s’en sortent sans trop de difficultés, l’autre moitié avec une thérapie. « Seul, 1 ou 2 % des enfants vont faire un bégaiement chronique, parce qu’il y a un problème auditif ou neurologique… », conclut Henny Bijleveld.

G. K.

En savoir +

  • L’association Parole Bégaiement Belgique organise des groupes de parole, des événements, propose des listes de logopèdes
  • Neurolinguiste, spécialisé dans le bégaiement : Henny Bijleveld
  • Ce 26 octobre, entre 13h30 et 18h, à l’occasion de la journée mondiale, après-midi à thèmes à l’Auditoire Martin V 42 (UCL-Woluwe-Saint-Lambert, tout près de la station de métro Alma)

5 CONSEILS

POUR AIDER VOTRE ENFANT À NE PLUS BÉGAYER

  • Vous connaissez le mot sur lequel il bute : faites-lui des suggestions.
  • N’hésitez pas à parler avec lui de ses difficultés, il comprendra que vous êtes à ses côtés.
  • Si vous niez le problème, il sentira que vous le trompez.
  • Focalisez-vous sur le contenu et non sur la forme.
  •  Montrez à votre enfant que vous l’aimez et félicitez-le quand il fait quelque chose de bien, c’est important
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