Vie de parent

L’enseignement libre,
trop pauvre pour être gratuit

Plusieurs directeurs de l’enseignement secondaire libre catholique relancent le débat sur la gratuité de l’école et les frais scolaires. Ils rappellent que la maigre subvention allouée au réseau libre malmène le droit à l’égalité de traitement des élèves.

L’enseignement libre, trop pauvre pour être gratuit

Dix-huit directeurs du secondaire libre catholique tapent sur le clou avant les élections. Dans une carte blanche (lire ci-dessous), ils estiment que la médiocre part de subvention qui leur est octroyée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ne leur permet pas d’organiser un enseignement gratuit. Et que ce problème s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large qui empêche les élèves d’être tous sur un même pied d’égalité.

« On ne peut pas offrir la gratuité à tous les étudiants. On essaie d’aider les élèves dont les parents sont en difficulté mais on ne peut pas se permettre de ne demander aucun frais scolaire aux parents », déplore Alain Koeune, directeur du Collège Notre-Dame Bellevue à Dinant, président de la Fédération des associations des directeurs de l’enseignement secondaire libre catholique et cosignatire de la carte blanche. « On ne peut pas offrir aux élèves des bâtiments, ni un environnement de qualité. On doit faire payer les livres scolaires et les activités culturelles, par exemple. On est obligé d’organiser des activités d’extérieur et les professeurs le font de manière bénévole, mais il y a des limites », ajoute-t-il.

« Chaque enfant scolarisé n’a pas la même valeur »

 « Un droit fondamental de notre société devrait également consister dans l’égalité de traitement réservé à chacun de ses membres. Or, force est de constater que chaque enfant scolarisé dans notre région n’a pas la même valeur aux yeux des pouvoirs publics, tout au moins d’un point de vue de sa prise en charge financière », indique la carte blanche.

Les cosignataires rappellent que pour une subvention de 100% allouée à un élève fréquentant un établissement de la Communauté française, ce montant se réduira à seulement 53% pour un élève du réseau libre. « Pour un établissement moyen de 800 élèves, ceci équivaut à une différence de traitement de 546 000€ par an. Excusez du peu ! Peut-on encore prétendre, dans ces conditions que "un enfant égale un enfant" ? »

« Non, nos écoles ne sont pas riches »

Parallèlement, les directeurs d’établissements du réseau libre disent devoir répondre à de plus en plus de contraintes. « On nous demande de faire de plus en plus d’efforts – sur le plan administratif, en matière de sécurité, etc. –, mais sans nous donner les moyens d’y arriver. Nous demandons dès lors une limite dans les contraintes pour retrouver une liberté dans la gestion de nos établissements », explique Alain Koeune.  

Ils appellent  le prochain gouvernement en Fédération Wallonie-Bruxelles à « résoudre cette inégalité » en respectant simplement le Pacte scolaire et les accords de la Saint-Boniface (décret de 2001 qui prévoit d’assurer à l’enseignement libre un subventionnement égal à 75 % de l’enseignement du réseau de la FWB). « Ce serait une première étape pour pouvoir vivre un peu mieux dans nos écoles. On n’espère même pas une égalité de traitement comme nos collègues de la Communauté Flamande. »

Le combat de la Ligue des familles

N’est-il pas légitime de revendiquer le respect d’un décret, tandis qu’en septembre dernier, les  gouvernements de la Région wallonne et de la Communauté française pensaient à geler les dotations de fonctionnement des écoles pour des raisons budgétaires, « en période d’austérité » ? La Ligue des familles, de son côté, se bat au quotidien pour diminuer le coût des frais scolaires pour tous les parents afin de tendre vers la gratuité.

Stéphanie Grofils

Carte blanche des 18 directeurs de l'enseignement libre catholique(1)

Périodiquement, un débat houleux secoue le monde de l’enseignement. A l’approche des élections, il s’amplifie, dépasse le cadre du parlement pour donner lieu à des articles de presse parfois enflammés. D’un fond essentiellement économique, il prend des connotations sociologiques voire même idéologiques. Ce sujet qui embrase les esprits est celui de la gratuité de l’enseignement et des « frais scolaires ».

En tant que directeurs de l’enseignement secondaire catholique, nous adhérons sans réserve à l’idée selon laquelle le droit à l’éducation et à la formation est un droit fondamental de l’être humain qui ne peut être enfreint par des exigences financières. Il est clair que l’accès de toute personne à un enseignement de qualité est une priorité absolue pour toute société démocratique. C’est d’ailleurs ce que nous nous efforçons chaque jour de mettre en œuvre en accueillant dans nos écoles tous les élèves, quelque soient leur origine culturelle, sociale ou religieuse.

Un droit fondamental de notre société devrait également consister dans l’égalité de traitement réservé à chacun de ses membres. Or, force est de constater que chaque enfant scolarisé dans notre région n’a pas la même valeur aux yeux des pouvoirs publics, tout au moins d’un point de vue de sa prise en charge financière.

C’est ainsi que, si une subvention de 100% est allouée à un élève fréquentant un établissement de la Communauté française, ce montant se réduira comme peau de chagrin à seulement 53% pour un élève de notre réseau. Cette somme plongera  même jusque  47%, s’il habite un quartier à indice socio-économique élevé. Il est d’ailleurs inquiétant de constater que cette discrimination engendrée par le décret « Robin des Bois » ne touche que l’enseignement subventionné.

Pour un établissement moyen de 800 élèves, ceci équivaut à une différence de traitement de 546.000€ par an,. Excusez du peu ! Peut-on encore prétendre, dans ces conditions que « un enfant égale un enfant » ?

Certains nous objecteront que la liberté d’enseignement dont nous sommes gratifiés doit avoir un prix et que l’enseignement libre catholique est soutenu par des congrégations richissimes qui viennent au secours de leurs écoles, en utilisant des procédés- bien sûr – peu transparents.

C’est  mal connaître la réalité et faire fi de l’histoire. D’une part, la liberté de nos écoles s’égraine rapidement, au fil des décrets successifs qui tendent à nous imposer les mêmes exigences, que ce soit en termes de statuts des professeurs, de directeurs, de circulaires administratives ou de normes dans tous les domaines. D’autre part,  la sécularisation progressive a entraîné le départ des congrégations vers d’autres continents.

Comment, dans ces conditions, l’enseignement catholique peut-il continuer à proposer à la collectivité un service dont bénéficie, dans l’enseignement secondaire, plus de 60% des élèves?

Certainement pas en réclamant aux parents des frais illégitimes ou superflus. Si de rares écoles utilisent des moyens inadéquats en ce domaine, il est normal et légitime qu’elles soient contrôlées et sanctionnées.  

Non, nos écoles ne sont pas riches ! Non, nos écoles ne sont pas élitistes ! Non, nos écoles ne sont pas coûteuses !  Mais comment nous en sortons-nous ?

Sans doute d’abord par une gestion rigoureuse des budgets. Ensuite par la responsabilisation et l’implication active  et efficace de tous les acteurs de nos écoles. Enfin, dans l’espoir que nous puissions obtenir dans un avenir proche le taux de subventionnement de 75%  que prévoyait le Pacte scolaire et les accords de la Saint-Boniface, sans même espérer l’égalité de traitement,  dont bénéficient nos collègues de la Communauté Flamande et qui nous permettrait d’organiser un enseignement totalement gratuit.

Les différentes interventions en matière de frais scolaire n’évoquent jamais cette discrimination en termes de subvention,  Gageons que notre prochain gouvernement, en Fédération Wallonie-Bruxelles s’attaquera à la résolution de cette inégalité et au respect des accords conclus par le passé. On peut toujours rêver…

(1) Signataires:

Pour Bruxelles-Brabant : B. Deville, directrice de l’institut Don Bosco à Bruxelles ; P. Dekelver, directeur de l’institut des Sacrés-Cœurs à Waterloo ; L. Dewaele, directeur de l’institut du Sacré-Cœur à Nivelles.

Pour le Hainaut : P. Potigny, directrice du collège Saint-Augustin à Gerpinnes ; D. Masquelier, directeur des Ursulines à Tournai ; B. Pletinckx, principal du collège Saint-Augustin à Enghien.

Pour Liège : J.-M. Direskens, président, directeur du collège Saint-Barthélemy à Liège A. Magnée, directrice de l’institut Maria Goretti à Angleur.

Pour Namur : A. Koeune, directeur du Collège Notre-Dame Bellevue à Dinant et président de la Fédération des associations des directeurs de l’enseignement secondaire libre catholique ; P. Bartowiak, président, directeur du centre scolaire Saint-Joseph et Saint-Hubert à Eghezée ; S. De Brabant, directeur du collège Notre-Dame de la Paix à Erpent ; M.-H. Bodart, directrice de l’institut Saint-Joseph à Jambes.

Pour le Luxembourg : P. Fourneau, président, directeur de l’institut Saint-Laurent à Marche-en-Famenne ; H. Delacroix, directeur de l’institut Notre-Dame à Arlon ; B. Strepenne, directeur du collège d’Alzon à Bure.

Pour l’enseignement spécialisé : C. Watterman, président, directeur de l’école « La Cime » à Forest et GenvalG. Joppart, directeur de l’établissement Sainte-Bernadette à Auderghem.

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