+18 ans

L’intérim social
pour les sans diplôme ?

Votre grand ado n’a pas été au bout de ses humanités et vous vous inquiétez pour son avenir professionnel ? Sachez qu’il existe aujourd’hui divers moyens de trouver un emploi, même sans diplôme. L’un des plus efficaces est l’intérim social, qui permet au jeune de faire ses preuves. Explications et témoignage.

L’intérim social pour les sans diplôme ?

Youssef Temsamani, 27 ans, est aujourd’hui l’heureux détenteur d’un contrat de travail au marché bio des Tanneurs. Mais son parcours pour trouver un emploi stable n’a pas toujours été simple. Sans diplôme du secondaire, le jeune homme ne trouvait pas de travail fixe et enchaînait les petits boulots.
« J’ai découvert l’intérim social à une période où je recherchais activement un emploi. J’avais fait le tour de tous les bureaux d’intérim du quartier. Chez Exaris, j’ai entendu parler pour la première fois de l’intérim social. On m’a expliqué ce que c’était et cela semblait vraiment répondre à mes besoins et correspondre à mon profil. »
Mais pour autant, rien n’était gagné d’avance et Youssef a dû faire ses preuves. « Après notre première rencontre, je suis revenu plusieurs fois pour montrer que j’étais réellement motivé. J’ai réussi à gagner leur confiance et j’ai pu m’inscrire dans le programme de jobcoaching et trouver du travail ». Après quelques missions d’intérim, Youssef décroche son premier CDD, qui vient justement d’être renouvelé.
Depuis sept mois, le jeune homme travaille donc à temps plein au marché des Tanneurs, chez Terrabio. « Au début de mon contrat, je travaillais uniquement comme réassortisseur au rayon fruits. Mais j’ai montré ma bonne volonté et mon désir d’en faire davantage. Aujourd’hui, je travaille dans différents rayons et j’ai été formé à faire la caisse. Il m’est même déjà arrivé de coacher les nouvelles recrues, raconte-t-il. C’est chouette de pouvoir faire des choses différentes et de ne pas être cantonné à une seule fonction. Par ailleurs, l’ambiance est super bonne, je me suis rapidement senti à l’aise et intégré ».
Pour Youssef, la grande plus-value de l’intérim social, c’est l’accompagnement durant le job. « Je n’ai trouvé cela dans aucune autre société d’intérim. L’équipe et les jobcoachs d’Exaris sont super. Ils sont très à l’écoute. Ils comprennent les difficultés des jeunes, mais ils nous poussent aussi à nous dépasser. Avec eux, il y a vraiment du résultat ».

60 jeunes au travail chaque mois

Des jeunes comme Youssef, Exaris en gère une soixantaine par mois. Depuis sa création il y a dix ans, cette société d’intérim social, unique à Bruxelles, a mis au travail plus de 4 200 jeunes, dont 560 en 2017. Et chaque année, ce sont près de 800 personnes (demandeurs d’emploi, CPAS, entreprises, écoles…) qui sont sensibilisées.
Marie-Cécile Jacques, directrice d’Exaris, explique : « À Bruxelles, la majorité des chômeurs sont des jeunes entre 18 et 30 ans infra-qualifiés. Concrètement, ils ne disposent pas du CESS et parfois même pas du CEB. Certains ont décroché très tôt de l’école. D’autres sont des primo-arrivants qui ne savent ni lire, ni écrire le français et qui, parfois, le parlent à peine ». Pour ce public, trouver un travail est donc très compliqué, voire impossible sans aide. « En effet, comment lire une offre d’emploi, rédiger un bon CV ou se préparer pour un entretien d’embauche quand on a si peu de bagages ? », s’interroge Marie-Cécile Jacques.

Des intérims pas comme les autres

C’est là qu’Exaris intervient en cherchant, pour ces jeunes demandeurs d’emploi bruxellois, des intérims sociaux. « À la différence d’un intérim classique, un intérim social ne se limite pas à la recherche d’un job, déclare Marie-Cécile Jacques. Un jeune qui se présente chez Exaris va être coaché, encadré, conseillé par un consultant et un jobcoach ».
À la fois collectif et individuel, ce coaching est adapté à chaque candidat. « Au niveau collectif, nous avons par exemple mis sur pied un module appelé Bready@work que tous nos candidats suivent et qui fait le focus sur l’attitude au travail ».
Au niveau individuel, l’accompagnement peut aller de la rédaction d'une lettre de motivation à l’analyse du projet professionnel en passant par le relooking. « À l’école, on n’apprend pas vraiment aux jeunes les codes du monde du travail. Comment s’habiller, comment se présenter, quel comportement adopter en présence d’un recruteur… Ce sont parfois des choses très basiques comme enlever sa casquette, prévenir en cas de retard ou penser à éteindre son GSM, mais qui sont mieux entendues et acceptées venant du jobcoach que venant des parents. Nous essayons vraiment d’offrir un service sur mesure et de créer un lien de confiance entre l'intérimaire et son jobcoach », assure la directrice.

Avoir la fibre sociale

Préjugés, peur de l’inconnu, manque de confiance… trouver des employeurs pour les jeunes infra-qualifiés est l’une des tâches les plus difficiles pour les bureaux d’intérim social. Malheureusement, trop d’entreprises refusent encore d’embaucher ce profil de travailleurs.
« Pour trouver des employeurs prêts à donner une chance à ces jeunes, nous identifions des entreprises sensibles à l'intégration et à la diversité. Nous recherchons des sociétés qui ont à cœur d’engager des personnes de qualité, même si elles ont peu ou pas d'expérience professionnelle. Nous collaborons beaucoup avec des PME et des petits commerces actifs dans la restauration et la distribution », précise Marie-Cécile Jacques.
Au fil du temps et des expériences réussies, Exaris s’est aussi créé un réseau et peut compter sur des partenariats de longue durée avec, par exemple, une biscuiterie renommée, une chaîne de fastfood, un marché bio et plusieurs brasseries locales.
L’objectif de l’intérim social est, qu’à la fin de sa mission, le jeune signe un contrat auprès de l'entreprise partenaire. Pour mettre toutes les chances du côté du jeune, les jobcoachs assurent un suivi avant, pendant et après la mission d’intérim. « Durant toute la mission, nous restons en contact avec l’intérimaire et son employeur. Cela permet aux deux partis de contacter le bureau d’intérim si des problèmes d’insertion, de comportement ou de fiabilité se présentent. En cas de dysfonctionnement, nous essayons de trouver des solutions afin que le job ne prenne pas fin prématurément. Il n’est pas rare que l’entreprise doive donner une deuxième chance à l’intérimaire et cela fait partie de notre travail de l’en convaincre. 78 % de nos intérimaires trouvent un emploi fixe dans l’année, c’est une belle motivation à poursuivre notre travail », conclut Marie-Cécile Jacques.

Gaëlle Hoogsteyn

L’avis de…

L'Atelier des droits sociaux

Marie-Caroline Menu, conseillère emploi et sécurité sociale : « Bien que l’intérim social soit actuellement encore peu connu et qu’il existe peu de littérature sur le sujet, ce système me semble de prime abord plutôt intéressant. Les résultats présentés par Exaris en matière d’insertion professionnelle à long terme sont bons (78 % après un an), puisque que meilleurs que ceux de l’intérim classique (67 %). Le processus d’accompagnement avant, pendant et après la mission y est sans doute pour beaucoup. Je trouve dommage que ces intérims ne soient pas plus connus, d’autant que le public-cible demandeur est important. J’imagine cependant sans peine qu’il ne doit pas toujours être facile de trouver des entreprises partenaires, compte tenu des exigences de rentabilité actuelle. Peut-être que la mise en place d’incitants pourrait encourager les entreprises à s’engager davantage dans ce type de projet. Il faut néanmoins toujours être un peu prudent lorsque l’on parle d’incitants… En effet, ces incitants prennent généralement la forme d’une réduction des charges patronales qui fragilise aussi notre système de Sécurité Sociale ».