Vie de parent

La cigarette bientôt interdite
dans les foyers ?

Roland Lemye, vice-président de l’Absym, syndicat de médecins, veut légiférer pour que l’on interdise de fumer à la maison, une bonne fois pour toute. Ce qui serait une première internationale.

La cigarette bientôt interdite dans les foyers ?

L’éducation ne vaut-elle pas mieux que la sanction ? Les spécialistes interrogés plaident pour que les parents ne fument pas à domicile, au nom du droit à la santé de leur petit. Mais ils mettent en garde quant à légiférer. Rencontre avec Véronique Gooding, docteur au service de pneumologie pédiatrique des Cliniques universitaires Saint-Luc et tabacologue, spécialiste sur la question du tabagisme environnemental.

Que penser de cette proposition d’interdire de fumer à la maison, n’est-ce pas une atteinte à la liberté ?
Véronique Gooding :
« Une atteinte à la liberté, c’est celle auprès de l’enfant et de son droit à la santé qui n’est pas respectée. Les parents exposent leurs enfants au tabagisme passif, dit environnemental. Pourquoi ? Parce qu’ils y sont accros. Je dis ceci sans les culpabiliser. Mais il faut leur faire accepter que la fumée est mauvaise. Ils font ce que l’on appelle de la dissonance cognitive, c’est-à-dire qu’ils se cachent la vérité. Un exemple ? J’ai un gamin de 12 ans qui vient en consultation. Son beau-père et lui sentaient la cigarette. Aucun des deux n’expliquait ces violentes toux. Alors qu’ils venaient de fumer l’un et l’autre dans la voiture juste avant de venir. Ils ne pensaient même pas que ça pouvait être dangereux pour le jeune patient et que les crises de toux pouvaient venir de là. »

On veut interdire de fumer dans son foyer, mais partout les citoyens sont exposés à des campagnes de pub pour des grosses compagnies de tabac. L’idée est assez paradoxale, non ?
Véronique Gooding :
« Toutes les campagnes qui ont été menées en ce qui concerne l’interdiction de fumer dans les lieux publics ont eu des effets positifs. On observe en moyenne une diminution des admissions en urgence pour infarctus dans l’année. En Belgique, plusieurs études prouvent que ces lois ont entraîné une diminution des naissances prématurées. On peut être sûr que si on supprime toute forme de tabagisme passif, il y aura un véritable impact bénéfique sur la santé.
Comment cela est-il applicable ? Et est-ce le rôle des TMS de l'ONE de jouer ce rôle-là comme on le suggère ? Je n’en sais rien, ce n’est pas mon métier d’organiser cela, je ne suis pas spécialisée dans la répression des fraudes (Voir l’intervention de Bernard De Vos ci-dessous). Je pense qu’une prise de conscience est toujours préférable à une interdiction. Même si on sait qu’elle a eu pour effet que les parents fument moins chez eux. Mais là encore, il y a une inégalité. Une personne qui a un beau jardin, un beau balcon, va sortir fumer plus facilement qu’une autre qui habite au 5e étage. »

Quelles sont les priorités pour protéger les petits de leurs parents fumeurs ?
Véronique Gooding :
« Ne pas fumer chez soi, c’est une priorité. Il faut expliquer pourquoi. La fumée va vieillir et se déposer sur toutes les surfaces du domicile. Sur la moquette, sur les tapis, dans les rideaux, sur les murs, etc. L’enfant va les respirer. Il va alors ingérer tout un tas de particules chimiques. Et que les vapoteurs qui ont de la nicotine dans leur produit se disent bien que c’est la même chose pour eux. Elle libère le même taux de nicotine. Pour ceux qui n’ont plus de nicotine dans leur liquide, bien sûr, c’est moins toxique. De là à dire que ça ne l’est pas, il est encore trop tôt pour le dire.
Ce que l’on peut dire aux parents, c’est que l’impact de la fumée et des particules chimiques est désastreux pour leurs petits. Le tabagisme environnemental a un impact sur l’asthme, sur les bronchites, sur les allergies, est facteur de la mort subite du nourrisson, c’est aussi un facteur d’obésité, il entraîne des syndromes d’hyper-activité, sans parler des différentes maladies cardio-vasculaires. Mais le tabagisme est surtout un gros facteur d’inégalité de santé. Bien souvent, arrêter est bien plus coûteux que continuer. Ce qui est scandaleux quand on sait que l’État taxe les paquets de cigarettes à 75 %. Et qu’est-ce que ces citoyens ont en retour quand ils veulent arrêter de fumer ? Rien. Qu’ils se débrouillent. En plus de tout ce qu’ils donnent à cet impôt, ce sera à eux de payer pour s’en sortir. Ce qui est un scandale auprès des familles les moins favorisées. L’État doit faire quelque chose. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Bernard De Vos, délégué général aux Droits de l’Enfant

« Le vice-président du principal syndicat de médecins appelle à une intervention du législateur pour interdire de fumer à l'intérieur des maisons. Sa proposition est motivée par les droits de l'enfant. Soit, on acceptera volontiers que fumer dans un lieu clos n'est profitable à la santé de personne, à commencer par les enfants. Mais réclamer l'intervention du législateur, en instrumentalisant les droits de l'enfant, en imaginant des contrôles par les TMS de l'ONE, en étant persuadé que les châtiments corporels sont punissables par la loi, pour finir par dire que finalement 'l’idée est plutôt de persuader en expliquant quelle nocivité le tabac implique pour les enfants', c'est franchement n'importe quoi et, passez-moi l'expression, ça me gonfle grave. »

Quand et comment arrêter ?

Si jamais ce papier, telle une étincelle de briquet, vous conduit à arrêter de fumer, le docteur Véronique Gooding recommande d’en parler avant tout à son médecin traitant. Elle rappelle qu’il n’y a pas de bon moment dans la vie pour se décider. Elle recommande www.tabacstop.be qui va vous livrer quelques astuces bien utiles pour laisser définitivement la cigarette partir en fumée.

Merci à Farès pour leurs précieux conseils

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