Vie de parent

La crèche : 33 % des parents
qui ont un enfant en structure d’accueil
ont aménagé leur vie professionnelle

En plus des grands-parents souvent prêts à accueillir leurs petits-enfants, un tiers des pères ou mères déclarent avoir aménagé leur temps de travail. Ce chiffre illustre la tension vécue par les parents qui doivent (et souhaitent souvent) travailler et leur souci de chouchouter un maximum de temps leur tout-petit. En effet, 47 % vont moins de trois jours et demi à la crèche ou chez l’accueillante.

La crèche : 33 % des parents qui ont un enfant en structure d’accueil ont aménagé leur vie professionnelle

Les parents témoignent

Margaux, une fille de 2 ans et demi
« Ça correspond assez bien à la réalité des parents autour de moi. Moi-même, je suis en 3/5e depuis que je suis maman, et quand ma fille rentrera à l’école en janvier, je passerai en 4/5e. Dans ces 33 %, à mon avis, il y a beaucoup de mamans. Et j’insiste là-dessus. Dans mon entourage, c’est presque 100 % d’entre elles qui aménagent leur planning et ont tendance à se démerder en cas de maladie, par exemple. Messieurs les nouveaux papas qui avez toutes les qualités du monde, encore un effort, allez voir ce que c’est d’être une journée entière avec un enfant, vous verrez que femme au foyer, c’est tout sauf des vacances. »

Amélie, un garçon de 10 mois
« Je pense que vous êtes largement en dessous de la vérité. Mais c’est normal. Dans les statistiques, je serais considérée comme sans emploi. Alors qu’en réalité, je me consacre d’abord à mon petit garçon et à ma maman qui est malade. C’est comme deux jobs. Mon conjoint, qui est indépendant, c’est pareil, il refuse des missions quand on n’a pas de possibilité de garde pour bébé. En vérité, je pense qu’une très large majorité des parents font des sacrifices à ce niveau-là. Parce que les enfants sont de plus en plus importants et surtout parce que les solutions existantes sont minables. »

 Jean, un garçon de 11 mois
« Je ne peux pas commenter ce chiffre, je ne connais pas beaucoup de parents. Mais si c’est vrai, c’est triste. Mon bébé est à la crèche depuis ses 3 mois. Il passe plus de temps avec les puéricultrices qu’avec ses parents. Du coup, je pense très sérieusement au fait de prendre une après-midi par semaine. Je ne fais pas d’enfants pour remplir les crèches. »

Sephora, deux enfants de 10 mois et 4 ans
« Aux parents qui nous lisent et qui ont le sentiment d’être en fin de course : accordez-vous une après-midi dans la semaine et laissez vos petits à la crèche ou à l’école. Profitez-en pour souffler, parce que vous savez comme moi que ni vos soirées, ni vos week-ends ne vous permettront le moindre relâchement. Les bénéfices ? C’est détendus que vous allez chercher vos petits et vous avez l’impression de faire autre chose de votre vie que courir un triathlon. »

Christian, trois enfants de 20 mois, 4 ans et 6 ans
« Vous savez ce qu’il dit, ce chiffre ? Il dit que le monde de l’entreprise n’est pas assez conciliant avec les parents. On est encore dans notre délire de compétition. Il faut être un bon soldat, bourrer ses jours, noircir son calendrier, faire le plus d’heures possibles. Bien montrer à ses collègues qu’on est à la fois parents et superproductifs. J’espère qu’un jour nous serons 100 % d’adultes à aménager nos horaires de boulot comme on l’entend, pour nos mômes, pour nous-mêmes. Ça voudra dire alors que nous aurons retrouvé un peu de conscience. »

Ce qu’en pense la Ligue des familles

33 % des parents aménagent leur temps de travail. Si certains d’entre eux se gardent des jours pour câliner davantage leur petit, d’autres ne l’inscrivent pas à plein temps, faute de moyens financiers. Aménager leur temps de travail leur ferait perdre moins d’argent que payer une structure de garde cinq jours par semaine.

47 % des enfants vont moins de trois jours et demi dans une structure d’accueil. Le congé parental - qui peut être pris de manière fractionnée - n’est pas suffisamment rémunéré pour certains parents (entre 133 € et 786 € selon qu’il est pris à temps plein, à mi-temps ou à 1/5e temps). Il est bien souvent considéré comme un sparadrap pour garder, au lendemain du congé de maternité qui n’est que de trois mois, le bébé en attendant d’avoir une place promise dans une structure d’accueil.

39 % seulement des moins de 3 ans peuvent être accueillis aujourd’hui en crèche ou chez une accueillante, selon l’ONE. Une situation de pénurie, donc, qui laisse les parents chômeurs souvent sur le carreau. En effet, les structures de garde privilégient les parents qui travaillent, même si légalement elles ne peuvent refuser l’accès aux parents chômeurs, des parents qui ne peuvent rechercher de l’emploi sans solution de garde !

Myriam Katz et Yves-Marie Vilain-Lepage