Vie de parent

La crèche : 36 % des moins de 3 ans ne fréquentent aucune structure d’accueil

Près de 4 enfants sur 10 ne vont ni en crèche, ni chez une accueillante officielle. Les raisons de ce choix :

► Près de la moitié des parents ont préféré un autre mode de garde
► 1 parent sur 5 évoque la question du coût
► 1 parent sur 10 confirme qu’il n’a pas trouvé de place

La crèche : 36 % des moins de 3 ans ne fréquentent aucune structure d’accueil

Les parents témoignent

Thomas, une fille de 3 ans
« Ça ne nous a jamais intéressés, la crèche. Nous voulions élever notre fille jusqu’à l’école. Nous découpions la semaine pour nous occuper d’elle. Deux mi-temps, donc. Et on ne regrette rien. On a vu grandir notre petite sans remords. »

Olivia, une petite fille de 2 ans et demi
« Ma fille, je la garde avec moi. Chacun fait comme il peut, mais je trouve ça trop cruel de se séparer de son bébé. Le simple fait d’y penser me déprime. Je me débrouille comme je peux avec des amis qui partagent mes convictions et je bosse de la maison. J’ai choisi cette vie. On ne fait pas des enfants pour les faire passer au second plan. »

Renaud, un enfant de 20 mois, en attend un deuxième
« Nous avons de gros revenus, mais très irréguliers, ma femme et moi. On paie des impôts étouffants et, en plus, on nous demande un prix délirant pour la crèche. Avec le deuxième qui arrive, on va se retrouver à payer plus de 1 000 € par mois. Plus le crédit, plus la bouffe. Comment on fait pour vivre ? »

Adrien, deux enfants de 3 mois et de 2 ans
« Vous avez entendu parler de la fameuse tranche d’âge qui ne gagne pas assez pour vivre bien et trop pour compter sur les aides de l’État ? C’est nous. Du coup, ma conjointe a sacrifié sa carrière pour garder les enfants à la maison. Ce qui nous évite de payer la crèche, donc la bagnole, l’assurance et tout le bazar. Et on n’est pas content de cette idée : vivement l’école, je vous le dis ! »

Aline, une fille de 22 mois
« J’ai tout fait bien, je vous le jure, votre Honneur ! À trois mois de grossesse à peine, j’avais établi ma demande dans une commune saturée. Plus de place. J’ai harcelé l’échevin et toute sa bande. J’allais les voir sans rendez-vous. Des personnes qui s’étaient inscrites après moi ont eu des places avant. Classique… Mon mari bosse comme un fou, il part tôt et rentre tard. Du coup, merci maman, merci les amis. Dans quelques mois, l’école. Et c’est la fin de l’enfer. Comment font ceux qui sont loin de leurs familles ? »

Paulette, deux enfants de 2 et 5 ans
« Pour l’aîné, ce fut dur. On a obtenu une place au bout d’un an. C’était de notre faute, on s’était pris tard. Pour la seconde, on a tout fait comme il fallait. À trois mois de grossesse, tout le parcours administratif était bouclé. Mais on ne voit toujours rien venir. On ne nous propose rien. Ça nous énerve tellement que l’on veut déménager. Je ne ferai pas d’autres enfants dans ces horribles conditions. On a le sentiment d’être rejetés par notre commune. »

Ce qu’en pense la Ligue des familles

64 % d’enfants qui fréquentent une structure de garde (dont 41 % vont dès 2 ans et demi en classe d’accueil, donc à l’école) et on s’en félicite ! Parce que l’accueil du petit enfant est bien sûr une solution qui permet aux parents de travailler. Parce qu’il est aussi et surtout un lieu où le tout-petit va pouvoir acquérir des compétences sociales et éducatives. Il apprend à se situer dans un groupe, à comprendre les consignes, découvre ses premières activités et développe ses connaissances, il intègre petit à petit les codes socioculturels qui l’aideront à s’adapter à la société.

39 % Si l’enfant est passé par un accueil de qualité avant 3 ans, son parcours scolaire sera plus facile. Ce sont donc les enfants de familles les plus modestes qui ont le plus besoin de cet accueil. Or, nous sommes, aujourd’hui, en situation de pénurie - seuls 39 % des moins de 3 ans peuvent être accueillis aujourd’hui en crèche ou chez une accueillante. Veillons à ce que ces lieux de garde ne soient pas réservés seulement à ceux qui peuvent se les payer. C’est une question d’égalité des chances !

- de 6 mois L’enquête montre que les tout-petits entrent en crèche ou chez une accueillante avant leur 6 mois. C’est très tôt. Trop tôt. Il y a un consensus du côté des scientifiques européens qui remettent en question l’accueil avant 6 mois. Or, on observe dans l’enquête que la majorité des tout-petits rejoint une structure de garde au bout de leurs 3 mois, ce qui correspond à la fin du congé de maternité. Les autres rentreront progressivement, mais à 6 mois, ils y sont tous. Cet accueil précoce nous inquiète et nous allons entamer une réflexion qui ferait le lien entre les congés de maternité, d’allaitement et parental afin que les bébés ne fassent leur entrée dans les collectivités plutôt à partir de 6 mois qu’avant.

Myriam Katz et Yves-Marie Vilain-Lepage