Vie de parent

La crèche : 54 % des parents sont stressés par la recherche d’une place dans la structure d’accueil

Et il y a de quoi être sur les nerfs ! Il faut en moyenne aux parents plus de neuf semaines pour trouver une place d’accueil en Wallonie et plus de dix semaines à Bruxelles. Pas très « parents admis » pour l’accueil des tout-petits, notre capitale, puisque 63 % des parents se disent stressés et 28 % d’entre eux insistent pour préciser qu’ils sont… très stressés contre 17 % en Wallonie !

La crèche : 54 % des parents sont stressés par la recherche d’une place dans la structure d’accueil

Les parents témoignent

Jean-Luc, un garçon de 4 ans et un deuxième en cours
« Stressé, c’est un bien grand mot. On sue un peu, c’est vrai. Je pense que les plus anxieux dans l’histoire, ce sont les directeurs et directrices des structures d’accueil qui se font harceler par des hordes de parents en furie. Ils n’y peuvent rien et sont en première ligne pour pallier la nullité des politiques qui nous dirigent. Au pire, on sait qu’il y a des crèches privées où les places sont plus coûteuses, mais plus nombreuses. Il y a ceux qui peuvent compter sur l’entraide familiale, etc. C’est loin d’être l’idéal, mais on n’en meurt pas ! »

Virginia, future maman, enceinte de 6 mois
« Je n’en suis qu’au début du parcours, mais votre pourcentage ne me rassure pas. Je travaille dans une structure sociale, j’ai des chiffres sous les yeux en permanence et je sais que la réalité n’est pas rose. Comme beaucoup de Bruxellois, je suis consciente que ça va être difficile. Mais si vous dites que la moyenne est de 10,5 semaines pour trouver une place, alors oui, je vais commencer à me faire quelques cheveux blancs. Ça me servira d’excuse ! »

Cyril, deux filles de 2 et 4 ans
« Un Wallon, ça ne stresse pas, donc il est faux, votre chiffre. (rires). Ce n’est pas comme à Bruxelles, chez nous, on trouve beaucoup plus vite (Ndlr : on lui rappelle que la moyenne en Wallonie est de 9,5 semaines contre seulement 10,5 semaines à Bruxelles). Oufti, neuf semaines et demi ? Pour un rendez-vous chez le dentiste, mais pas pour une crèche. Pour mes enfants ? On a téléphoné, on a eu un rendez-vous et on a fixé une date pour l’adaptation. »

Nejma, quatre enfants dont un de 1 mois
« Un stress ? Le mot est encore bien cool pour décrire la réalité. J’ai quatre enfants. Les trois premiers sont grands et c’était déjà difficile pour eux. Je m’en occupe quasiment seule, mon mari est sur la route en permanence. À l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas où ma petite dernière va être accueillie. C’est barbare, cette situation. Ça rend agressif. Il faut être disponible pour harceler le monsieur de la commune qui prend l’air désolé cinq minutes et qui nous tourne très vite le dos parce qu’il a sa partie de cartes à finir sur son ordi. Et après ? Rien. L’attente. C’est donc plus que du stress, c’est de la colère. »

Marielle, trois enfants, dont un de 2 ans
« Un Wallon sur deux angoissé pour trouver une place en crèche, d’où vous sortez ça ? C’est complètement faux. Quand vous dites neuf semaines et demi en moyenne pour trouver un lieu d’accueil, ça n’a rien à voir avec ce qu’on vit dans mon entourage. Autour de moi, les gens trouvent vite quand ils cherchent. Parce qu’il y a les parents et tout le bazar. Comment ça s’est passé pour moi ? J’ai pris mon téléphone : ‘Didier, t’as une place pour mon loulou en février ? Ah, ça t’arrange plus pour mars ? Vendu. Embrasse Coco et les enfants’. Et c’était fait. »

François, une fille de 4 ans
« Un parent sur deux stressé, ça me semble énorme quand même. Si ça peut vous réconforter, on a galéré, un truc de dingue. On est parti vivre au Canada. Ma femme est tombée enceinte pile quand j’ai été appelé pour une mission au Luxembourg. On s’est installés dans la région, alors qu’elle en était à son 6e mois de grossesse. Et là, ça été dur. Au final, on a opté au bout d’un an pour une crèche privée. Je pense franchement qu’on n’aurait jamais trouvé, on s’est inscrit trop tard. »

Ce qu’en pense la Ligue des familles

 + de 5 mois. À Bruxelles, un parent sur cinq déclare dans l’enquête qu’il a pris plus de 21 semaines, c’est-à-dire 5 mois, pour trouver une crèche ou une accueillante contre un sur dix en Wallonie. Il y a donc le stress qui augmente avec la durée de la recherche qui peut être longue, il y a aussi le stress de la multiple inscription et de son résultat qui n’arrive qu’au tout dernier moment alors que le souci premier d’un futur parent, c’est savoir comment il va s’organiser. Un constat : à aucun moment, les pouvoirs politiques responsables de la petite enfance ne prennent la question du stress en compte, or, c’est une vraie question de politique publique au même titre que l’école.

9 % n’ont pas trouvé de place… et cela renvoie aux chiffres précédents sur la garde par les grands-parents ou le réaménagement de la vie professionnelle.

Myriam Katz et Yves-Marie Vilain-Lepage