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La dyslexie n’est pas une maladie

Si la dyslexie était totalement inconnue et donc ignorée il y a trente ou trente-cinq ans, on sait maintenant que chaque classe compte un ou deux enfants atteint(s) de ce trouble de l’apprentissage. Dans notre société, 5 à 10 % de personnes sont concernées. Un pourcentage imprécis puisque la dyslexie n’est pas systématiquement identifiée. Mais la dyslexie, c’est quoi exactement ?

 La dyslexie n’est pas une maladie - Thinkstock

Zoé, 7 ans, lit mal, avec beaucoup de difficultés et ses erreurs sont multiples. Confondant des lettres dont la prononciation est proche, elle lit « parti » pour « bâti », « nom » pour « mon » ou encore « vache » pour « fâche » et « chatin » pour « jardin »… Elle saute des syllabes, elle en ajoute ou encore elle les inverse : malade devient « madale », par exemple. La fillette ne comprend pas ce qu’elle lit et, bien logiquement, n’aime vraiment pas lire.

Reconnaître la dyslexie pour apprendre à vivre avec elle

Comment comprendre que cette gamine intelligente obtienne de si pitoyables résultats? Explication facile: elle n’est pas attentive, elle est de mauvaise volonté, elle s’en moque, elle est paresseuse…
Faux ! Et si un tel diagnostic, totalement erroné, est posé et répété, la souffrance de l’enfant dont tout effort reste vain risque de l’amener à se décourager, voire à se déprécier. En fait, elle n’est aucunement responsable de ces/ses difficultés: elle est dyslexique. Le reconnaître est un premier pas, indispensable, pour pouvoir l’aider non pas à guérir - la dyslexie n’est pas une maladie donc ne se guérit pas - mais à vivre avec celle-ci, à prendre en compte ce handicap pour le surmonter. Bien sûr, plus tôt on le décèle, plus on a de chances de pouvoir l’apprivoiser.
Précisons qu’un diagnostic formel de dyslexie (ou dyslexie/dysorthographie, les deux étant souvent liés) ne peut être posé qu’aux environs de 7 ans, en fin de 2e primaire, lorsque les difficultés de lecture perdurent. En effet, nombre d’erreurs commises par des enfants dyslexiques le sont par tous les apprentis lecteurs.

Signes avant-coureurs

Dès 5 ans, en maternelle, il est possible de déceler des signes avant-coureurs et de tenter de prévenir la dyslexie. Les spécialistes énumèrent ces signes auxquels il faut être attentifs :

  • avoir un ou deux parents dyslexiques ;
  • acquérir tardivement la propreté ;
  • faire preuve de maladresse pour s’habiller ou manger ;
  •  éprouver des difficultés à exécuter des mouvements précis pour découper, colorier, nouer des lacets ;
  • manifester un retard persistant du langage et de la parole ou des troubles du rythme ;
  • et encore mémoriser difficilement une comptine, avoir du mal à se concentrer, confondre hier et demain, droite et gauche.

À ces indices, ajoutons le désir de bien faire et l’inquiétude devant les activités à réaliser. Un enfant réellement dyslexique réunit un ensemble de ces symptômes.

Poser le diagnostic : qui et où ?

Les causes de la dyslexie ne sont pas connues. Actuellement, les scientifiques sont seulement d’accord pour dire qu’il ne s’agit ni d’un simple retard de l’apprentissage, ni de déficiences intellectuelles, visuelles ou auditives.
Si vous vous posez des questions à propos d’une éventuelle dyslexie ou si l’enseignant de votre enfant s’interroge à ce sujet, vous pouvez contacter le centre PMS qui testera l’élève et proposera peut-être une consultation logopédique.
Autre possibilité: consulter un neuro-pédiatre, idéalement dans un centre spécialisé (mais ceux-ci ne sont ni nombreux ni partout présents). Il s’agit de vérifier, tout d’abord, que l’enfant n’a ni problème de vue ou d’audition ni problèmes neurologiques. Une logopède pourra ensuite réaliser un bilan et, si la dyslexie se confirme, proposer une rééducation. En réalité hélas, obtenir une consultation chez un neuro-pédiatre peut prendre des mois.
Il n’est pas facile de choisir une logopède parce que toutes ne sont pas spécialisées et formées à la rééducation de la dyslexie. Chacune possède aussi ses propres méthodes.
De plus, la plupart de ces professionnelles sont débordées et proposeront aussi des rendez-vous… en journée. Légalement, une rééducation logopédique ne peut avoir lieu pendant les heures scolaires que si elle se tient dans les locaux de l’école (donc si une logopède y travaille, ce qui n’est pas le cas partout). La bonne volonté devra être de mise pour qu’enseignant, parent et logopède trouvent un accord dans l’intérêt de l’enfant. Par contre, dans l’enseignement spécialisé (il arrive qu’un enfant fortement dyslexique suive un enseignement de type 8), la rééducation logopédique est prévue à l’horaire. (Lire En savoir + ci-dessous)

Un long traitement

Pour obtenir un remboursement de la mutuelle pour des consultations de logopédie (chez une spécialiste conventionnée), il faut une prescription médicale et un bilan logopédique réalisé par une logopède. Ces documents doivent être envoyés à la mutuelle qui marque généralement son accord pour deux demi-heures par semaine de « rééducation du langage écrit », pendant un an, renouvelable un an.
En pratique, la majorité des enfants dyslexiques ont besoin de plus de deux ans de rééducation ! Certaines assurances complémentaires peuvent intervenir, chaque mutuelle ayant ses propres critères. Renseignez-vous.

Une aide pour les 6e primaires

Certains enseignants l’ignorent encore mais les enfants dyslexiques peuvent maintenant bénéficier de mesures particulières, adaptées à leur handicap, lorsqu’ils passent les épreuves de fin de 6e primaire.
Concrètement, ces élèves peuvent utiliser les outils et modalités dont ils se sont servis pendant l’année. Par exemple, se faire lire l’énoncé des épreuves ou recourir à un logiciel de lecture.
Pour ce faire, « les directions d’école signalent à l’inspecteur de leur secteur les enfants atteints de troubles de l’apprentissage et qui ont des besoins spécifiques. Le chef d’établissement indique également les modalités particulières mises en place lors des apprentissages et les modalités qu’il envisagerait de mettre en oeuvre lors de la passation des épreuves. L’inspecteur de chaque secteur est chargé de valider les propositions de la direction » (Circulaire 3014, à retrouver sur le site www.apeda.be ou www.enseignement.be).

 En savoir +

  • Apeda ou association belge de parents d’enfants en difficulté d’apprentissage, présidée par une neuro-linguiste, Eleni Grammaticos, est animée par des bénévoles elles-mêmes dyslexiques. Ecoute téléphonique, bibliothèque, périodique, guides (primaire, secondaire, supérieur) à propos des troubles instrumentaux, tout particulièrement de la dyslexie - secretariat@apeda.be - 02/763 33 78
  • Pour parler de dyslexie avec votre enfant et dédramatiser, les très drôles albums illustrés du dessinateur Pef où le Prince de Motordu s'amuse avec mots. Le titre du 1er album ? La belle lisse poire du Prince Motordu. Tout un programme…
  • Dyslexie, où est la différence, livre et BD tout public, écrit par deux spécialistes de l’apprentissage, Eleni Grammaticos et Marianne Klees. Accessible aux enfants vu les images, textes abordables par des non-professionnels.
  • Différents logiciels existent pour les personnes dyslexiques. Parmi eux, Kurzweil 3000 apprécié par l’Apeda. Intéressant mais coûteux. Le site www.gerip.com, mis sur pied par orthophonistes et informaticiens propose des logiciels de rééducation.
  • Fondation dyslexie : 1038, chaussée de Waterloo à Uccle. Tél. : 02/375 70 72. Trois objectifs pour les dyslexiques : une scolarité harmonieuse, des adultes épanouis, une différence positive.
  • Service de dépistage et consultations de l’UCL pour ses étudiants, la dyslexie pouvant entraver la réussite académique - 010/47 40 53.

La dyslexie, un don !

L’auteure, Chantal Wyseur, enseignante, soutient des élèves en difficulté scolaire. Elle est en première ligne pour parler de ce qu’elle vit. Dans son ouvrage, Le cerveau atemporel des dyslexiques, édité chez Desclée de Brouwer, elle se réfère à Ronald Davis qui propose une explication à la dyslexie et dès 1994, parle du « don » de dyslexie en mettant en évidence ce qu’il considère comme des atouts: selon lui, les dyslexiques voient en trois dimensions. Parce qu’ils perçoivent, sans en être conscients, le monde selon différents points de vue simultanés, ils sont, par exemple, très créatifs. Cette manière de voir, seulement le concret, en images multidimensionnelles induit une désorientation et donc modifie toutes les perceptions visuelles, auditives, corporelles. Le cerveau des dyslexiques aurait donc un fonctionnement tout à fait particulier. En en tenant compte, ils peuvent arriver à amadouer leur dyslexie. En croisant les découvertes de Ronald Davis et la méthode de gestion mentale de La Garanderie, Chantal Wyseur propose une démarche personnelle, originale et hyperconcrète pour aider les dyslexiques.

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