Vie de parent

La magie... de la réconciliation

La magie... de la réconciliation

On ne va pas se mentir : Noël peut être surtout synonyme de pression. Mais comme notre bon vieil ADN judéo-chrétien adore titiller le territoire « culpabilité » de notre conscience, cette année, on opte pour la formule familiale. Tous réunis pour la première fois depuis vingt mois. Grands-parents, oncles et tantes, amis, frères et sœurs et la flotte d’enfants de 6 mois à 8 ans. Ce sont mes parents qui ont lancé l’idée de tous nous rassembler. Nous serons une vingtaine. Nous nous sommes organisés à grand coup de groupe WhatsApp et de mails. Pas facile de se mettre d’accord quand on ne se parle plus. Qui se charge de quoi ? C’est le bras de fer pour aboutir au consensus. Plus épineux encore : les différents régimes des uns et des autres. Les diabétiques, les végétariens, les allergiques… il va falloir le cultiver, cet art de vivre. À ce propos, de quoi on parle à table ? Avec les fêtes sur fond d’attentat et colère de la rue, il n’est pas chose aisée de faire cohabiter les progressistes et les traditionalistes. Idem pour les cadeaux, tout peut déraper vite. « Pourquoi tu m’offres ça, tu ne me connais pas vraiment ? ». Enfin, le dernier chantier : qui couche où ? La répartition des chambres, le symbole même de cette délicate aventure qu’est de vivre entre membres du même clan, sous le même toit. Comme un mantra, il va falloir répéter ce qui est désormais la devise du Ligueur pour les fêtes de fin d’année : Paix aux hommes de bonne volonté. Est-ce qu’on ne se le dit pas un peu à soi, en fait ?

Organisation, un mot qui fait peur

S’organiser quand on est loin ou quand on se parle à peine, comment s’y prendre ? D’abord, nous qui aimons parfois les diaboliser, rendons leur hommage : merci les réseaux sociaux. Merci les groupes de discussion sur smartphone. On évite les échanges par téléphone d’une heure à chaque fois. Tout le monde voit ce qui se passe. Attention à ne pas oublier les égarés du numérique. On charge une personne du groupe de les raccrocher au wagon. Quelques règles simples à mettre en place. On s’assure que tout le monde a bien pris note des dernières infos. On se fixe comme principe d’aller droit au but. Et, si possible, on ne règle pas ses comptes. Concis et constructif. Vous aurez le loisir de tout vous dire au moment des retrouvailles. Gardez-en un peu pour ce moment… magique.

Le partage… des tâches

Le partage, un élément essentiel du consensus familial. Voilà de quoi prémunir de situations fâcheuses. Soit vos parents qui vous font le reproche de mettre les pieds sous la table. Soit voir votre fratrie passer de vraies vacances pendant que vous vous échinez à la cuisine, aux corvées ménagères et à occuper les petits. La petite astuce consiste à bien se mettre d’accord au préalable. Pourquoi ne pas dresser un tableau des tâches comme vous le faites peut-être dans la vie de tous les jours ? Qui va couper le bois, qui va traire les chèvres, qui va couper le gui, qui goûte la sauce armoricaine. Mettez-vous bien d’accord au préalable. Le mot d’ordre : l’équité. Une fois encore, il s’agit d’un cadre... souple. Le principe, vous l’aurez compris, consiste à pacifier les relations.

La table comme média familial

Pour les différents régimes des uns et des autres, le principe reste le même que le précédent : être tous ensemble les artisans d’une bonne ambiance. On le dit souvent dans le Ligueur, ce magazine de gourmands : la table, c’est un média familial. Surtout en période de fêtes. Mais encore faut-il que ça reste un plaisir partagé par tous. Dans les différents témoignages, vous nous dites que, pour les grandes fêtes, vous préférez faire manger les enfants avant. Vous nous dites aussi que vous optez pour la formule telle famille s’occupe de tel repas. Ou encore pour la bonne vieille formule de l’auberge espagnole. Du type pour le 24, on part sur un repas traditionnel. Myriam s’occupe des queues de langoustes, Delphine des vins, Patrick du pâté, Jean-François du soufflé et Véronique du potage. Mettez-vous bien d’accord au préalable sur le thème et la répartition des tâches. Et comme dit dans le texte, accordez-vous bien sur les petites beautés alimentaires des uns et des autres. Rien de plus dangereux qu’un convive qui boude à table parce que son régime alimentaire a été profané.

La politique au placard

Petit détail pour certains, grande problématique pour d’autres : partager la délicate expérience de vivre ensemble le temps d’un repas ou plusieurs jours. Vu l’actualité, ce n’est pas compliqué de transformer un moment convivial en débat enragé. On adore ça, mais c’est tout un art de le mener sans qu’il ne dérape. Mais alors, de quoi on parle ? On ne veut pas vous souffler des sujets de conversation. On préfère juste vous mettre en garde. Oubliez un instant les Trump, les Francken, les Macron et, de manière générale, les Musulmans, les Juifs, les cathos, les chômeurs, les patrons, les gilets jaunes. Pas facile, hein ? Reposez-vous d’eux. Et regardez autour de vous. Vos enfants grandissent, c’est un sujet passionnant, ça. Plaisantez. Racontez vos lectures, vos séries, vos envies, vos projets, vos recettes. Rien de mieux que de parler de nourriture pendant qu’on mange.

Un peu d’air dans la proximité

Petite tendance qui gagne du terrain, le fait de ne justement plus passer les fêtes sous le même toit. Vous êtes plusieurs à nous dire qu’au lieu de retourner dans la demeure familiale, vous louez un petit truc, juste à côté. On est moins les uns sur les autres, on évite les conflits, on se réserve un petit espace pour souffler et, en plus, on peut même laisser les petits-enfants aux grands-parents, donc se coucher et se lever tard. Le frein ? La dépense. Mais il existe plein de personnes qui sous-louent ou troquent leur logement le temps des vacances. Jetez donc un œil sur les annonces des sites de seconde main, type deuxiememain.be ou sur gitesdewallonie.be par exemple, à vous d’activer le réseau, à vous de vous renseigner auprès de la commune ou même d’éplucher les petites annonces de la Ligue des familles.

Yves-Marie Vilain-Lepage