Vie de parent

La maternelle, c’est apprendre à vivre en groupe

À la fréquenter quotidiennement, à y saluer vos homologues parents, les copains et copines de vos petits, les gardiennes, les maîtresses, les éducateurs… À y passer du temps, à y courir, à y rire, à y consoler, à y bavarder, à y échanger, à y vivre un peu, vous ne vous posez peut-être plus la question : à quoi peut bien servir la maternelle ? Pour mieux cerner son utilité, on a interrogé les acteurs du quotidien de vos petits aimés. Ils nous parlent de vous, de vos enfants, de leur mission. Petite visite dans un décor familier.

La maternelle, c’est apprendre à vivre en groupe

Manuel, 31 ans, psychomotricien : « Un max d’autonomie »

La première fonction attribuée à l’école qui revient dans les témoignages des uns et des autres, c’est l’autonomie des petits. Très bien, mais encore ? On commence avec Manuel, le psychomotricien. Le jeune homme intervient une fois par semaine auprès de la classe d’accueil et des 1res. Quand on le rencontre, il est tôt, les petits commencent leur semaine avec lui. Il les accueille gentiment. Les salue un par un. Ils ont l’air copains. Tous sont ravis de débuter la journée ensemble.
« Hé, vous voyez déjà à quoi ça sert l’école : à éprouver du plaisir à se retrouver ! Mon objectif numéro un, c’est d’apporter à toutes ces petites ‘punaises’ un max d’autonomie dans la vie de tous les jours. Par exemple, le petit Louane que vous voyez là restait dans les jupes de sa mère et ne savait pas enlever ses chaussures et ses chaussettes sans drame. Il était presque paralysé à l’idée de devoir se débrouiller seul. Et maintenant, regardez. (Il l’appelle) Louane ! (Le petit part en hurlant). Bon, ce n’est pas le bon jour… »

Javotte, 48 ans, gardienne : « De centimètre en centimètre… »

La professionnelle chevronnée salue poliment les parents et distribue des « Tu sais que je t’aime, toi » à plusieurs enfants qu’elle croise dans les couloirs. Pour la gardienne rompue à différents établissements, une seule mission : aider à grandir.
« Oui, l’autonomie, c’est la clef, on y participe un peu, c’est vrai. On les voit accrochés à leurs parents quand ils arrivent et, petit à petit, ils s’ouvrent à nous, puis au monde. Ma récompense à moi, c’est de les voir grandir. Pas au sens d’évoluer. Les voir grandir vraiment, physiquement. À quel moment passent-ils de tel centimètre à tel autre centimètre ? J’aime voir cette transformation et je vous jure que je l’ai déjà vu en vrai se dérouler sous mes yeux à force de les observer pendant la sieste ! Si, si. »

Lena, 27 ans, chargée de collation : « Une mandarine, c’est du partage »

La jeune femme a un pouvoir magique. Les petits la regardent comme certains marins pourraient regarder un phare. Ils savent que cette jeune demoiselle marque un temps très attendu dans la matinée. Une sorte de gratification. On le lui fait remarquer.
« Je fais apparaître de la nourriture, je suis donc très populaire. Pourtant, je ne distribue que des choses qu’ils n’aiment pas habituellement. Des soupes, des fruits... J’incarne un rituel, une pause, c’est surtout ça qui leur plaît. Mon petit truc, c’est de les faire participer à la distribution des aliments, bouger des chaises, débarrasser les tables... Ils se sentent tellement flattés et importants. C’est comme ça que je conçois l’école, les ouvrir à quelque chose qui les responsabilise et les rend toujours plus indépendants. Aussi bête que ça puisse paraître, ça peut passer tout simplement par le fait de partager une mandarine ! »

 Nadège, 34 ans, agent d’entretien : « Ils apprennent à s’asseoir »

L’école, c’est aussi l’apprentissage des règles. Nous en discutons avec une personne très observatrice. Nadège voit grandir les enfants qui, généralement, ne lui disent pas bonjour. Elle travaille dans les couloirs, un écouteur à l’oreille. Elle sourit aimablement aux parents, puis accroche le regard de quelques petits qui lui lâchent un timide petit signe de tête. Elle est ravie de donner son avis.
« Ça fait plaisir qu’on me pose la question. J’ai le sentiment d’être un peu en dehors du coup, parfois, alors que je suis à l’école tous les jours. Pour moi, à la maternelle, d’après ce que je vois, il est surtout question d’apprendre l’obéissance. ‘On ne se bagarre pas’, ‘On ne joue pas avec la nourriture’, ‘On ne jette pas les papiers par terre’, je sais de quoi je parle ! Autre chose aussi, on leur apprend à s’asseoir. J’ai remarqué que plus un enfant grandit, plus il est assis longtemps. C’est peut-être parce que je suis tout le temps debout que je dis ça ! »

Laetitia, 46 ans, assistante de direction : « Les parents sont angoissés »

Nous continuons à parler de l’apprentissage des règles avec Laetitia. « Au secrétariat, nous sommes en dehors du champ de bataille. Cependant, nous jouissons d’un statut privilégié, nous voyons parents et enfants individuellement. Les questions de règles, d’apprentissages et de socialisation sont tellement importantes pour eux et reviennent sans arrêt dans les discussions. Ce qui me frappe lorsque l’on discute avec eux, c’est la question de la normalité qui les obsède. ‘Mon enfant apprend-il comme les autres?’, ‘Enregistre t-il les codes correctement’. J’ai envie de répondre chaque fois : ‘Non. Et c’est très bien comme ça’. »

Madame Nadia, institutrice en classe d’accueil : « Chacun vaut l’autre »

Nadia sort dans un halo de lumière de sa salle de classe avec une bonne dizaine d’enfants en classe d’accueil accrochés à ses bras. Elle croise des enfants qui pleurent dans les couloirs. Elle les récupère. Les larmes cessent.
« Je fais ce métier depuis toujours et avant même de le faire, je le pratiquais ! Je dois beaucoup à cette institution. Je lui dois tout. Alors, normal que je le lui rende. Ce qui compte le plus pour moi, c’est de ne faire aucune distinction entre mes élèves. Comme mes bons professeurs l’ont fait pour moi. Je n’étais pas l’Arabe entourée de petits Belges. J’étais une élève. Point. C’était bon de ressentir ça. C’est ce que je fais aujourd’hui à mon tour. J’aime ces enfants. Vous savez en quoi je crois le plus pour l’école ? À l’amour et à l’intelligence ».

Madame Aline, 24 ans, institutrice en 3e : « Et si on respectait l’autre »

La toute jeune enseignante accueille chaleureusement les plus grands. Ils ont entre 5 et 6 ans et ressemblent à une classe telle qu’on en voit dans les films : tous horizons, toutes cultures. Quel est le secret pour que ça se passe bien ?
Aline raconte : « C’est ma première année en tant qu’enseignante, mais mes collègues ont compté que plus de 50 langues sont parlées depuis la création de l’école. C’est magnifique. Tout ce qui touche à la fameuse question du vivre ensemble me passionne. Et à 5 ans, ils sont conscients de leurs différences. Ils se posent des questions mutuelles sur la façon dont ils vivent. Et dès que ça déborde - et ça arrive assez souvent - j’arrête les activités et j’entame une réflexion collective. ‘C’est qui, l’autre ?’, ‘Dans quelle société vivez-vous ?’. Et franchement, j’en apprends vraiment beaucoup. Plus que je ne l’aurais imaginé. Mais vous savez ce que j’aimerais le plus ? Débattre de ces sujets avec les parents. Les réunir tous et comprendre comment ils vivent ce multiculturalisme. C’est trop important pour la suite, trop présent dans toutes les conversations pour être mis de côté. Profitons de cette chance. Que l’école saisisse cette occasion et s’en empare, c’est elle qui donnera le ton. Ça commence dès le plus jeune âge. Par la suite, il ne faut jamais le considérer comme acquis. »

Françoise, 47 ans, directrice : « L’école, c’est penser, c’est s’ouvrir »

On clôt ce volet avec Françoise, directrice de maternelle et de primaire. Selon elle, l’apprentissage de la vie en collectivité à l’école incombe aux acteurs de l’éducation. Elle milite pour une institution au service d’une pédagogie adaptée aux élèves. À tous les élèves.
« Je ne peux pas vous parler du rôle de l’école sans penser au sens dans lequel avance une équipe. Le grand problème de l’école est justement qu’on l’envisage comme un tout. Comme s’il n’en existait qu’une. C’est une absurdité. Il y des écoles, des pédagogies, des professeurs, des élèves. Nous ne sommes pas un calcul sur un écran, une formule que l’on change quand ça ne va pas. L’école, c’est un ensemble de pensées. Si vous me demandiez de faire court, je vous répondrais que l’école, ça sert à penser de façon multiple. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

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À l’occasion de lancement du Pacte pour un enseignement d’excellence par Joëlle Milquet, la Ligue des familles n’a pas manqué de proposer six balises pour la construction de l’école de demain.

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Ça sert à quoi, l’école ? Une question bateau où l’on peut mettre ce qu’on veut ? Certes, mais une question grave à l’heure où, en Belgique comme chez nos voisins français, l’efficacité de l’institution scolaire est questionnée de tous côtés. Trop, sans doute. Le sociologue François Dubet dit que lorsqu’on attend tout de l’école, elle se sacralise et se paralyse à la fois. Pour démarrer l’exploration de cette large question, nous avons décidé d’interroger, une fois n’est pas coutume, les différents acteurs de l’école fondamentale et secondaire. Du directeur en passant par le concierge ou l’agent technique, tous nous ont répondu avec beaucoup de sincérité.

 

Le primaire, c’est apprendre l’effort

Changement de décor, nous voici en primaire. Vous connaissez par cœur certains parents. Vous retrouvez les supercopains du petit qui sont parfois les mêmes depuis la maternelle, voire la crèche. Ces points de repère font sans doute du bien à votre enfant, car les couloirs sont plus vastes et les élèves beaucoup plus robustes. En tous cas, vous, ça vous rassure… bien que votre petit bout de 6 ans va se transformer en grand dégingandé de 12 ans en un claquement de doigts. Du coup, à quoi sert le primaire ? À faire grandir votre enfant, bien sûr ! Comment ? Les artisans de la pédagogie nous racontent, et en profitent pour vous ouvrir les portes de leur quotidien.

 

Le secondaire, c’est savoir qu’un jour il faudra travailler

Fini, les bancs de classes que vous connaissiez par cœur, les maîtresses ou institutrices - oui, le féminin l’emporte - avec qui vous aviez un rapport quasi quotidien. Votre jeune vit de plus en plus sa propre vie. Vous gardez en tête ce grand enfant intimidé qui passa les portes le jour de la rentrée, écrasé par les géants de rétho. Pensez que dans pas très longtemps vous le récupérerez quasi adulte, des projets et des idées plein la caboche. À quoi ça sert, le secondaire ? La parole est aux différents maillons de l’équipe éducative qui nous racontent son quotidien et celui de votre enfant, avec souvent un sentiment d’urgence.

 

Le mot de la fin

Ce qu’il faut retenir ? Notre grande institution scolaire repose sur trois piliers : construire un citoyen, donner à chaque individu la possibilité de se défendre dans ce monde et préparer le jeune à des activités professionnelles. Tout ça, c’est sur le papier, bien sûr. Certains nous disent que le rôle de l’école, c’est d’instruire, apporter des compétences. D’autres nous disent qu’elle forge des valeurs, qu’elle apporte des acquis fondamentaux dans la vie collective.

 

À quoi sert l’école ? À votre tour, parents, de répondre !

Dans notre édition du 18 février, les directeurs, profs, éducateurs, etc., ont été interrogés sur le rôle de l’école. Aujourd’hui, c’est au tour des parents de rencontrer le Ligueur sur ce sujet. Et, franchement, on peut dire qu’ils ont bien révisé. Après en avoir pris pour dix-huit ans ferme en moyenne, voilà qu’ils y remettent les pieds, main dans la main avec leurs petits. Et qu’ils ont une foule de choses à dire, de la maternelle au secondaire, en passant par le primaire.