3/5 ans

La maternelle par le trou de la serrure

Vous courez, retenez in extremis la porte de l’école qui se referme à quelques secondes de l’heure fatidique, vous embrassez votre petit, le laissez à sa Madame, puis foncez vers de nouvelles aventures. Pause ! Quel parent ne rêve-t-il pas de savoir ce qu’il se passe ? Comment se déroule la journée de son marmot ? Que dit-il, que fait-il, que pense-t-il ? Nous vous proposons une plongée dans le quotidien de votre petite chose adorable, par le petit bout de la lorgnette. Chuuut, pas si fort, ils vont vous entendre…

La maternelle par le trou de la serrure

Ils ont plus de 3 ans et ont déjà une vie bien à eux. Pour certains, les journées sont longues, avec un temps d’école plus étendu que celui passé à la maison. Emanuela Garau et Lotta De Coster, toutes deux chercheuses en psychologie du développement à l’ULB, sont allées à leur rencontre. Dans le cadre d’une étude commanditée par l’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse (OEJAJ), elles se sont immiscées dans ce monde de la classe, inconnu et fantasmé des parents. Ce qui en ressort est saisissant pour qui s’interroge sur le quotidien de son petit écolier.

De l’importance des rituels

Les parents viennent juste de partir. Que se passe t-il ? Difficile de répondre de façon générale. Tout dépend de l’enseignant et de la façon dont il structure le début de la journée à l’école. Emanuela Garau et Lotta De Coster ont remarqué que plus l’environnement spatio-temporel est marqué par des rituels, plus le petit va être capable d’anticiper ce qui va se passer : « Le bâton de pluie, c’est pour dire qu’on arrête les jeux. Après, on doit le ranger là-bas. Ensuite, on doit s’asseoir au coin salon. Et puis, on fait les présences et le calendrier ».
Ces temps aident l’enfant à structurer sa pensée et favorisent sa compréhension du monde extérieur et de sa vie à l’école. Par exemple, celui de l’accueil où les enfants vont se séparer de leurs parents pour rejoindre leur classe et leur maîtresse ou instituteur. Les rituels, et la transition en douceur qu’ils offrent, permettent aux enfants de se séparer de leurs parents dans la sérénité et de s’ouvrir aux nouvelles explorations de la journée avec enthousiasme.

Et avec les copains, comment ça se passe ?

Bien sûr, l’école, c’est aussi et surtout les copains : ceux que l’on adore, ceux avec qui « on va se marier ! », ceux que l’on aime moins, ceux qui sont méchants… Dès qu’ils arrivent, ils jouent ensemble, ils se courent après, ils se racontent ce qu’il s’est passé à la maison. Ils recherchent des contacts dans les jeux et interagissent.
Emanuela Garau et Lotta De Coster évoquent un esprit parfois déjà très scolaire. Certains enseignants misent beaucoup sur les apprentissages (pré-écriture, pré-lecture...), et c’est parfois difficile de faire la part entre des activités de maternelle ou de début de primaire. Cette confusion peut être parfois difficile à gérer pour les enfants qui aimeraient collaborer et venir en aide aux copains ou, inversement, se faire aider. Cela peut les rendre tristes. Mais, malgré cette passion pour les interactions, les enfants aiment aussi avoir des moments pour être seuls. Pas par manque de sociabilité, plutôt pour faire une pause, se retrouver et se ressourcer.

Un rythme éreintant. Comment les enfants le vivent-ils ?

Beaucoup d’enfants partent tôt et rentrent tard. Les journées dans les salles de classe où l’on mange, où l’on joue, où l’on fait les activités et où l’on dort leur paraissent encore plus longues. Les petits avec lesquels Emanuela Garau et Lotta De Coster se sont entretenues font remarquer que si les activités sont adaptées à leurs rythmes et que s’il y a un bon équilibre entre celles variées, de longue et de courte durée, dynamiques et calmes, le temps passe très rapidement.

L’importance des repas et de la sieste 

Dormir va permettre de repartir d’un meilleur pied. Chez les plus jeunes, la présence d’un petit matelas sur lequel l’enfant va pouvoir se reposer ou celle d’un lieu serein et calme semble avoir toute son importance. Le moment de la sieste permet à l’enfant de se ressourcer avant d’entamer la suite de la journée.
Quant au repas, Emanuela Garau et Lotta De Coster soulignent le fait que les enfants apprécient lorsqu’il est organisé et vécu comme un moment de partage, lorsqu’ils peuvent parler avec les copains et choisir leur place. Peut-être que le moment est aussi apprécié parce qu’il fait appel à leur autonomie, les petits apprennent à manger seuls. Bien sûr, pour ceux qui n’aiment pas manger ou qui sont dérangés par le bruit de la cantine, c’est plus compliqué.
Un repas cadré et structuré par l’adulte a donc toute son importance. L’expérience intéressante menée dans certaines écoles en est la preuve. Lorsque des grands distribuent les assiettes, les bols de soupe ou les collations, l’organisation est très constructive, expliquent les deux observatrices, car cela favorise la projection : « Quand je serai plus âgé, moi aussi j’occuperai ce rôle… ».

Les enfants pensent-ils à leurs parents ?

Non seulement vos petits pensent à vous, mais ils en parlent. Ils évoquent la maison. En général, ils veulent tout raconter, partager ce qui s’est passé, les activités de la famille. Ils mentionnent la présence de toute la famille et notamment celle de la fratrie. Emanuela Garau et Lotta de Coster ont demandé aux enfants ce qu’ils ramèneraient de chez eux en classe s’ils en avaient le droit. Une des réponses est : « J’emmènerais mes frères et sœurs ».

Les enfants sont-ils heureux à l’école ?

Les enfants sont heureux lorsque l’école leur permet certaines choses. Ils adorent partager en classe ce qui se passe à la maison, se raconter, évoquer le quotidien, interagir avec les autres enfants, collaborer, montrer ce qu’ils ont compris et assimilé. En revanche, dès qu’il y a punition ou sanction, c’est vécu péniblement. Lorsque celle-ci est liée à l’erreur, c’est encore pire.
Un enfant a ainsi raconté aux deux psychologues combien c’est dur quand l’institutrice barre le dessin ou déchire la feuille qui ne correspond pas à l’exercice demandé. « Je suis triste parce qu’on est puni », ont répété plusieurs enfants. L’aspect scolaire arrive trop vite et trop brutalement pour certains. Pour d’autres, au contraire, ça les valorise. « On apprend pour devenir grand », disent-ils.

Y a-t-il des différences au niveau du vécu du temps ?

Certains enfants veulent plus d’activités différentes, d’autres moins. Et parmi tous ces élèves, il y en a qui ont besoin de plus de temps pour comprendre, commencer et terminer une activité. Le souci, observent les psychologues, est aussi pour les élèves qui terminent avant les autres. Ils risquent de se retrouver dans un temps vide. Et, parfois, c’est à eux de le remplir, ce qui les conduit à déjà parler d’ennui : « Attendre entre les activités, c’était bof… parce qu’on s’ennuie. Si on pouvait choisir quoi faire, je ferais des dessins, de la peinture ou du dessin libre ».
À nouveau, le rôle de l’adulte et du cadre semble important. Ce moment d’attente entre deux activités proposées au groupe potentiellement « vide » devient alors « rempli » et constructif dès lors qu’on propose de continuer un dessin ou de démarrer une autre activité. Emanuela Garau et Lotta De Coster indiquent encore qu’il est important que l’école aide l’enfant à associer l’activité - et notamment les apprentissages - avec la dimension de plaisir, qui semble associée principalement au jeu chez les enfants rencontrés.

Qu’est-ce que les enfants comprennent de leur vie à l’école ?

Les deux psychologues ont observé que la compréhension qu’ont les enfants des règles, du déroulement de la journée et de ce qui est attendu d’eux est étroitement liée aux explications données par l’adulte. Une chose qui les a marquées est la capacité d’adaptation des petits lorsqu’une règle leur est expliquée. Une jeune enfant dit : « C’est ma bonne copine, mais Madame ne veut pas que je sois avec elle pendant l’atelier parce qu’on parle et on ne sait pas se concentrer. Alors, on joue ensemble à la recréation ».
Par contre, une règle donnée sans explication amène à de l’obéissance, sans compréhension. Là où les enfants se perdent, c’est lorsque la règle change en cours de route. Par exemple : « Avant, on pouvait aller aux toilettes. Maintenant, on peut plus, on doit attendre la récré ». Lorsque les informations se mélangent, les enfants risquent de se sentir perdus. « Mais, alors, quand y va-t-on ? », s’inquiètent-ils.
Même si les enfants font preuve d’une grande capacité d’adaptation, il semble primordial pour leur bien-être à l’école, tout comme pour celui en dehors de l’école, d’adopter le plus possible un comportement cohérent et clair et le moins contradictoire possible.

Émilie Rémont

Les petits mots…

… des élèves

  • « J’adore les journées pleines parce que je reste plus longtemps avec la maîtresse »
  • « C’est génial quand on apprend que les mots, ce sont des choses »
  • « Je n’aime pas quand y a pas d’activités parce que j’apprends. Et j’aime pas apprendre ! »
  • « Quand je serai grand, j’irai toujours dans la classe de ma Madame, et même quand je serai un papa, j’irai avec mes bébés et mon petit frère »

… et des parents

  • « J’adorerais pouvoir suivre mon enfant toute une journée et le voir en action avec sa maîtresse et ses copains. Les retours qu’on a sur son comportement sont tellement aux antipodes des moments passés en famille qu’on se demande parfois si on parle du même gosse. »
  • « De temps en temps, je reste caché de longues minutes à regarder mon petit et ses amis à la garderie. C’est là où je me dis qu’il grandit vite. Dès qu’il me voit, il me saute dans les bras. C’est un peu ma récompense après une journée de boulot. Et après, le rythme effréné reprend sa course. »
  •  « Ce qu’il y a de super à l’école, c’est aussi de voir les autres enfants grandir et évoluer. Les amis de ma fille sont très copains avec moi, ils m’appellent par mon prénom, j’ai l’impression d’appartenir à une grande famille. On s’attache vite à ces petites bêtes. »
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