Vie de parent

La pilule Google difficile à avaler

Que penser du dernier projet fou de Google X, complexe secret en lien avec la robotique et l'intelligence artificielle du géant de San Francisco. L’idée a fait - massivement - le tour des médias : une pilule issue de la nanotechnologie qui permettrait de détecter les cellules cancéreuses. On ne parle pas d’une époque futuriste, le mastodonte espère la mettre en circulation dans cinq ans. Par delà l’effet d’annonce, on peut se demander si nos enfants se soigneront par ce biais-là dans un avenir proche et si oui, quelles en seront les conséquences ?

La pilule Google difficile à avaler

Google place ses billes sur le terrain de la santé. L’idée n’est pas de jouer sur le plan traditionnel de la médecine réactive, celle qui traite les maladies une fois les symptômes des patients apparus. Mais de se diriger d’un pas de géant vers la médecine préventive, celle qui agit en amont et réduit les risques. Comment ? Par le biais d’une pilule deux mille fois plus petite qu’un globule rouge.
Cet appareil « wearable » - comprenez technologie que l’on endosse (ou que l’on ingère en l’occurrence) - équipé d’aimants permettrait d’attirer les particules et de les compter. Ici, la prévention contre le cancer et les maladies cardiaques sont en ligne de mire. Miracle technologique ou simple ramdam ? En tous cas, Google X Lab n’en est pas à son coup d’essai puisque le groupe est autorisé depuis juillet dernier à commercialiser une lentille intelligente qui alerte en cas d’anomalie de la glycémie.

La médecine du futur ?

Nos enfants ou nous-mêmes, nous soignerons-nous de la sorte ? Il y a fort à parier que le domaine de la santé se dirige dans ce sens, tant le marché est porteur d’avenir. Le monde médical ne se montre pas plus enthousiaste que cela à propos du projet. À l’image d’Agnès Buzyn, présidente de l'Institut national du cancer (InCA).
Elle en appelle à la plus grande prudence. « Cela me paraît contradictoire avec ce que l'on connaît actuellement de la biologie pour les tumeurs », indique-t-elle dans un entretien avec l'AFP. Les nanoparticules seront ingérées sous la forme de comprimés afin de pénétrer dans le sang. Elles seraient conçues pour repérer et se fixer sur un type particulier de cellules, comme les cellules tumorales. Mais ingérer de telles technologies est-il sans conséquences sur nos petits corps et celles de nos enfants ?

Nano technologies et organisme

Mathilde Colin Detcheverry de l’Association de Veille et d'Information Civique sur les Enjeux des Nanosciences et des Nanotechnologies (AVICENN) dresse un tableau clinique qui fait froid dans le dos. Les effets répertoriés de certains nanomatériaux sur les organismes vivants ne seraient pas sans conséquences. La spécialiste s’appuie sur les recherches menées par l’Agence Nationale française de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).
« Ces études montrent que cette technologie encore trop méconnue par l’ensemble des citoyens provoque des retards de croissance, des malformations ou anomalies dans le développement ou la reproduction chez des espèces modèles. On observe également des effets génotoxiques et de cancérogénèse, ou encore des effets sur le système nerveux central, des phénomènes d'immunosuppression, des réactions d'hypersensibilité et d'allergie. »
Autre problème, éthique celui ci, soulevé par ces petites pilules intelligentes : le fait que chaque cellule de notre corps pourrait ainsi potentiellement devenir un émetteur d'information.
Cette perspective laisse perplexe sur des notions aussi fondamentales que celle de la confidentialité et de la liberté individuelle. Valeurs sur lesquelles nos amis de la Sillicon Valley ne se montrent pas toujours très respectueux…

Yves-Marie Vilain-Lepage

En savoir +

http://veillenanos.fr