Vie de parent

La politique d'asile belge en question

Comprendre les tenants et aboutissants de la politique d’asile n’est pas aisé, surtout avec les déclarations en tous sens et souvent contradictoires qui circulent. Quelques données de base semblent utiles à rappeler en ces temps de confusion, où des hommes, des femmes, des enfants perdent la vie sur des bateaux d’infortune aux portes de notre Europe forteresse et où, ici en Belgique, des personnes se font molester quand elles manifestent pacifiquement pour le respect de leurs droits.

Selon les Conventions de Genève, ratifiées par la Belgique, toute personne fuyant un pays en guerre ou un pays où elle est susceptible d’être victime de persécutions a le droit à l’asile. Les personnes appartenant à des minorités persécutées (comme les Juifs ou les tziganes pendant la Deuxième Guerre mondiale), les personnes craignant pour leur vie en raison de leur activité politique, peuvent également revendiquer ce droit à l’asile.

Le combat des Afghans

Notre pays avait décrété un moratoire sur les expulsions vers l’Afghanistan en raison de la situation de guerre endémique régnant dans ce pays. C’est ce moratoire que Maggie De Block a brisé, il y a quelques mois, sur base de l’idée selon laquelle certaines régions d’Afghanistan seraient plus sécurisées que d'autres. Or, compte tenu de la volatilité des zones de conflit, cette assertion ne résiste pas à l’analyse.
Les membres de la communauté afghane de Belgique vivent ici depuis plusieurs années, certains depuis plus de dix ans et ont développé des liens avec ce pays. Ils ont appris les langues de leur pays d’accueil, suivi des formations, exercé un métier. Une partie d’entre eux a fondé une famille avec des enfants qui n'ont jamais vécu en Afghanistan.
On trouve parmi ces réfugiés des Sikhs, des jeunes hommes qui refusent l’enrôlement dans les troupes des Talibans, et différentes catégories protégées par le droit international. Toutes ces personnes se retrouvent, aujourd’hui, à la rue alors qu’elles ne peuvent être expulsées selon le droit international. On tente donc de les forcer au retour volontaire en leur déniant tout droit au travail ou à l'aide sociale, Certaines expulsions ciblées ont également lieu via des pays tiers (deux expulsions de ce type ont été notamment effectuées le 29 octobre). La Belgique viole donc bien, aujourd’hui, les conventions internationales en matière d’asile.

Les impacts d’une politique répressive

Plus largement, c'est toute l'Europe qui se ferme et refuse l'asile aux personnes fuyant la guerre et les persécutions. Pourtant, par rapport au nombre total de réfugiés, ceux qui frappent aux portes de l'Europe sont une minorité.
Par ailleurs, les dépenses exposées pour financer la politique répressive en matière d'asile (salaire et matériel des forces de l’ordre, financement des lieux de détention, coût des expulsions par avion, etc.) sont largement supérieures à celles que nécessiterait une régularisation temporaire des réfugiés.
Plus largement, différentes études ont montré qu’à moyen terme, une politique d’asile et d’immigration non répressive apporterait plus qu’elle ne coûterait au pays d’accueil ; (les chiffres se retrouvent sur www.cire.be).

L’action des parents

Aujourd'hui, nous avons tous une responsabilité à assumer par rapport à la politique qui se met en place en Europe et en Belgique et qui coûte la vie à des personnes innocentes. Nous pouvons prendre la parole et agir pour faire comprendre à nos dirigeants que nous ne voulons pas de cette politique de repli et d’expulsion. C’est pourquoi la Ligue des familles s’est jointe aux nombreuses associations qui ont signé un texte demandant un moratoire sur les expulsions vers l’Afghanistan.
Par ailleurs, dans les lieux occupés par les Afghans en lutte, des solidarités concrètes se sont mises en place : apport de biens matériels, organisation d’animations et de cours pour les enfants, aide à la préparation des repas ou simples échanges…
Au moment de mettre sous presse, nous ignorons si les réfugiés afghans occuperont encore les bâtiments de l’école désaffectée, rue de la Poste à Schaerbeek, où ils ont été accueillis fin octobre.
Tout citoyen parent désireux de suivre l’évolution de la situation et de contribuer peut consulter le site 450afghans.owlswatch.net et lire l’encadré.

Anne-Marie Dieu, vice-présidente de la Ligue des familles

En pratique

POUR AIDER LES FAMILLES AFGHANES…

Ces familles campent avec leurs enfants dans des conditions précaires et manquent de tout. En particulier, elles ont besoin de :

  • 30 matelas (ce peut être des matelas de camping),
  • 40 couvertures,
  • du lait A+,
  • des couches-culottes 4 et 5,
  • des serviettes hygiéniques,
  • des biberons,
  • des pastilles et des sprays pour la gorge,
  • des lingettes pour bébé.

 

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