Vie de parent

La rentrée : « J’avais dit
que je n’y participerais pas »

À l’heure où vous posez les yeux sur ces lignes, chers parents, l’évènement est déjà un peu lointain. Ou plutôt ce « non-évènement ». Car si nous autres, médias, adorons en faire un épisode prépondérant de l’année scolaire, pour beaucoup d’entre vous, il s’agit d’une simple formalité. Munis de leur double casquette de journaliste et de parent, trois journalistes de la rédaction vous racontent leur rentrée.

La rentrée : « J’avais dit que je n’y participerais pas »

Bruxelles, école communale. Les « grands font leur rentrée ». Les enfants font quelques blagues assez désopilantes. « Eh, moi, j’avais dit sur Facebook que je ne participais pas à l’évènement ! ». Un autre appelle son copain et lui montre son cahier : « Solal, Solal, j’comprends pas, je n’arrive pas à l’allumer ». Ptdr…

Dans cette école, l’ambiance est détendue, les parents se retrouvent, se racontent leurs vacances. Et quoi, personne ne ressent une petite montée d’angoisse ? Et la boule au ventre, alors ? On croise Cynthia qui nous raconte : « Pour moi, la rentrée, ça reste quand même un truc particulier. J’ai emmené mes enfants chez le coiffeur, je les habille pour la circonstance. Je m’apprête aussi. Et là, franchement, j’en mène pas large ». Ouf, on a trouvé notre maman angoissée, on peut remballer. Pardon, et les autres ? Quels autres ? Ah oui, ceux à qui ça fait ni chaud ni froid. Ils semblent en effet majoritaires…

Bien préparé, bien rentré

Allons voir les petits de classe d’accueil, pour mesurer leur anxiété. Toujours dans cette école bruxelloise, pas d’effusions, pas de larmes. Le papa d’un petit Milo, 3 ans, explique. « On est passé beaucoup à l’école l’an passé. On a fait quelques réunions, on a assisté aux fancy-fairs. Du coup, Milo est familiarisé avec cet environnement. Vous voyez, il reconnaît même quelques copains. Donc pas d’angoisse, plutôt un sentiment de libération à vrai dire ». C’est le mot qui revient beaucoup « Libéré ». On est pas mal de parents à fredonner le fameux tube de la Reine des Neiges depuis ce matin d’ailleurs.

Trop longues, les vacances ? Thierry, papa loquace, acquiesce : « Clairement, oui. Je ne sais pas si c’est bénéfique aux enfants cette longue coupure. Ils sentent qu’on se plie en quatre pour essayer de les fourguer chez les grands-parents, d’organiser des stages, de jongler avec l’emploi du temps comme on le fait déjà toute l’année. Une chose est sûre, cette rentrée était attendue par toute notre famille. »

Avancer en terrain connu

Direction Nivelles, autre établissement, même ambiance. Ce matin, le temps est à la bonne humeur. Au petit déjeuner, Paul et Félicie ont énuméré les raisons de se réjouir de cette rentrée avec en tête de liste : retrouver les copains. Une fois la grille de l’école passée, la cour semble toujours aussi grande. Elle ne se tasse pas avec l’âge. Pourtant, elle est moins impressionnante. On la connaît. Fini, l’effet de surprise.

Les enfants courent déjà vers leurs classes. Ils connaissent le chemin. En juin, ils ont passé un demi-jour dans leur nouvelle classe pour rencontrer l’institutrice, découvrir la classe et se familiariser avec les copains dans ce nouvel univers. Cette mise en jambe change tout. Le trac se troque en papillons dans le ventre. L’appréhension devient excitation. Ils sont en terrain connu. Je regarde autour de moi et j’ai le sentiment que cette légèreté est partagée. Finalement, pas si terrible cette rentrée.

Routine, mon amour

Retournons à Bruxelles, cap sur le réseau privé, et un établissement ixellois. On ne va pas se mentir, c’est ici aussi presque un jour comme les autres. Juste un peu plus chargé avec les sacs remplis de mouchoirs, de lingettes, de fardes et de classeurs encore vides. Les lieux et les enseignant·e·s sont connus de beaucoup, les copains et les copines au rendez-vous, c’est donc le sourire aux lèvres que la ribambelle d’écoliers repart pour un tour.

Et puis, en traînant un peu dans les couloirs et les escaliers de l’établissement, on trouve quand même quelques scènes plus chargées en larmes. Du côté des plus petits, les pleurs des uns entraînent ceux des autres, avec quelques parents qui s’y mettent aussi. « J’avoue que c’est un peu idiot, confesse Sandra, la maman d’Ilan, 3 ans, mais ça me fait plus d’effet que ce que je pensais. Ça reste mon bébé, mais c’est un bébé qui grandit beaucoup trop vite ! ».

« Je veux pas y aller, je connais personne. Et puis, je préférais mon ancienne école », glisse entre deux hoquets Shania, qui entre en 2e primaire dans cette école après un déménagement. Un étage au-dessus, c’est un duo mère-fille qu’on trouve enlacées, de grosses larmes coulant sur les joues. « On vient seulement d’apprendre que le prof que Léa avait l’année dernière en 5e et qu’elle devait avoir en 6e est parti. Elle l’adorait et moi, je trouvais qu’il était super. Et comme on est des hyperstressées toutes les deux, ça se transforme en mini-drame pour l’instant. Mais après, ça va aller ».

8h40, sur le trottoir devant l’école. La lourde porte d’entrée vient de se fermer. Certains parents partent au pas de course rejoindre un boulot qui, pour une fois, aura attendu un peu. D’autres retrouvent leurs petites discussions matinales. On se raconte un bout de vacances, on prend des nouvelles des aînés partis en secondaire, on note un nouveau numéro de gsm ou une nouvelle adresse, on confirme le petit café au bar du coin pour le lendemain matin. Routine, quand tu nous tiens…