Vie de parent

« La rentrée scolaire doit se faire dans l’intérêt supérieur de l’enfant »

 

La rentrée scolaire s’annonce sur fond de crise sanitaire tenace. Le Délégué général aux droits de l’enfant lance une opération pilote sur Bruxelles pour concilier besoins des familles et capacités d’accueil « temps libre » pour les enfants. Et cela en prévision, d’une rentrée où certains élèves vont être confrontés à des horaires chahutés ou lacunaires.

« La rentrée scolaire doit se faire dans l’intérêt supérieur de l’enfant »

L’action a été lancée cette semaine. Un numéro d’appel a été mis en place (02/223.36.99) pour recueillir les éventuelles demandes de familles qui ne trouvent pas de solutions pour occuper leurs enfants. Ce numéro peut déjà apporter une aide en cette période de congés en permettant aux enfants et aux jeunes d’avoir accès à des vrais moments de vacances malgré le contexte sanitaire. Mais il s’agit aussi d’anticiper les problèmes qui vont surgir à la rentrée en posant les bases d'une organisation pragmatique basée sur une meilleure connaissance de l'offre disponible et des besoins des familles en matière d'occupation du "temps libre".  Le point sur cette initiative avec David Lallemand, responsable de projets auprès du Délégué général aux droits de l’enfant.      

« L’idée qu’on défend, en prévision de la rentrée, c’est d’identifier dès maintenant et clairement toutes les possibilités qui existent en termes d’accueil, mais aussi les demandes spécifiques des parents. Là on travaille en mode « labo » sur Bruxelles. Pour nous, une telle approche est essentielle. Il faut se donner les outils pour réfléchir la rentrée autrement.  On sait déjà, c’est quasi certain, que celle-ci s’effectuera alors que la Belgique sera encore en orange. Avant l’été, il a été décidé que si ce cas de figure était de mise en septembre, l’école (secondaire) ne serait ouverte que 4 jours par semaine (NDLR: code couleur jaune pour les écoles). Donc, quoiqu’il arrive, il va falloir trouver, maintenant, comment on s’organiser pour occuper ces mercredis de manière intelligente. »

" Le défi, c’est d’être efficace à la rentrée, pour ne laisser aucun enfant sur le côté."

Ce jour, le mercredi, était prévu notamment pour des cours à domicile…

« L’idée, effectivement, est de faire de l’école à domicile ce qui est absolument impossible dans l’état actuel pour tous les enfants. C’est bien de lancer des concepts, mais aujourd’hui, on n’a pas tous les outils pour mener cela à bien. Toutes les familles ne bénéficient pas du soutien et du matériel informatiques nécessaires. Bref, il va falloir de toute manière réagir et rebondir. Comment occuper ces mercredis ? Quelles solutions apporter aux parents qui travaillent ou qui se trouvent dans des situations compliquées avec des enfants. Comment va-t-on faire pour que ces enfants ne s'évanouissent pas dans la nature. Il faut savoir qu’on en a déjà perdu beaucoup pendant le confinement. Beaucoup ne sont pas retournés à l’école. Comment va-t-on faire pour les « réaffilier »? Généralement, ceux qu’on n’a pas revus ce sont déjà ceux qui avaient peur de l’école. Il va falloir travailler de façon intelligente pour renouer la discussion, le dialogue avec tous ceux qui croient que l’école n’est pas faite pour eux. Parce qu’on ne prend pas en compte leurs besoins spécifiques ou leurs réalités. Ou bien parce qu’il y a des problèmes de communications, de langue maternelle, etc. La tâche n’est pas mince. »

D’où l’initiative lancée sur Bruxelles…

« Quoiqu’il arrive, déjà maintenant, on sait qu’à la rentrée il va falloir travailler de manière intelligente, concertée. Le modèle proposé se base sur des opérateurs qui ont l’habitude de faire ça. Sur Bruxelles, on va fonctionner avec Badje (Bruxelles Accueil et Développement pour la Jeunesse et l’Enfance) qui connait tout l’accueil temps libre et une grande majorité des structures qui peuvent apporter un plus éducatif aux enfants en termes artistiques créatifs, ludiques… On profite d’une expérience, d’un réseau, d’un savoir-faire. Un numéro d’appel est mis en place pour que les familles puissent exprimer leurs besoins (nombre d’enfants, communes, agenda). C’est Badje qui fait le screening des demandes et qui voit, sur base des possibilités connues, les solutions qui émergent. Offres et besoins sont mis en concordance. L’idée c’est d’élargir ça, pour la rentrée, aux écoles, aux acteurs de l’éducation permanente, aux milieux sportifs, artistiques et culturels. Le défi, c’est d’être efficace à la rentrée, pour ne laisser aucun enfant sur le côté. »

Mais cela va demander un boulot d’organisation colossal !

« Soyons clairs, nous avons mis cela en place hier à titre de laboratoire. Mais ce n’est pas au Délégué Général ou à Badje de décider s’il faut investir des moyens là-dedans. C’est ce qu’on recommande. Et c’est au pouvoir politique de prendre ses responsabilités, de trancher. S’il pense que c’est une bonne idée (nous, on le pense dans l’intérêt supérieur des enfants), c’est à lui d’investir dans cette proposition. Parce qu’on sait qu’on va répondre, grâce à cette méthode, de façon pragmatique, efficace à une demande. Nous, on ne peut pas créer des activités. Ce qu’on essaye de faire, c’est de montrer qu’avec un peu de moyens, on peut entendre les besoins des parents qui ne savent pas, par exemple, que leur enfant peut sortir de sa commune en région bruxelloise pour profiter d’une activité. On veut aussi travailler avec des gens qui se sont décarcassés pour pouvoir mettre en place des activités pour les enfants, malgré les difficultés générées par les mesures sanitaires. Ils ont du personnel formé et des structures qui sont « safe », qui respectent les consignes. Il faut mettre ça en concordance. Pour ne pas arriver à la situation absurde d’avoir des structures qui ne reçoivent aucun enfant et des familles qui ne trouvent pas de place pour occuper leurs enfants. »

Pour que ça fonctionne, il faut que le politique embraie…

« C’est possible. On agit déjà en bonne intelligence avec la ministre Linard qui s’est investie en partie dans le protocole. Des liens nécessaires peuvent se tisser entre les différents ministères.  Il le faut. Franchement, si à la rentrée, la Belgique est rouge, l’école ne sera ouverte que deux jours par semaine. Qu’est-ce qu’on va faire avec les enfants ? Parce que, très clairement, les milieux professionnels ne vont pas faire bosser leur personnel deux jours par semaine. Il y a de toute façon des jobs qui ne se prêtent pas à cela. On va encore se retrouver dans cette situation où des parents vont devoir télétravailler et s’occuper de leurs enfants ? Alors que cela a montré toutes ses limites dans certaines familles ? Quoiqu’il arrive il faut prévoir cette rentrée dans une optique de faire bouger les murs, de faire travailler les différents secteurs ensemble, en ayant toujours en tête l’intérêt de l’enfant. »

" Cela doit se mettre en mouvement ou sinon, on va droit vers une catastrophe !"

Est-il vraiment possible de s’engager dans une voie qui demande une telle collaboration alors qu’il a déjà été si compliqué pour les écoles de s’organiser chacune de son côté lors du déconfinement ?

«  À mon sens, je crois que des erreurs, au niveau de la défense des droits de l’enfant, ont été commises. Une des erreurs, par exemples, a été de dire que c’étaient les écoles qui décidaient si elles ouvraient ou pas. On a mis entre parenthèse l'obligation scolaire. Là, maintenant, il faut que des consignes claires soient données. Elles doivent l’être dans l’intérêt des enfants et pas, comme c’est trop souvent le cas, pour trouver des solutions aux problèmes les adultes. Il faut que les décisions soient prises de manière forte et volontariste pour que les enfants soient respectés dans cette crise sanitaire. Et ça, pour cela, l’injonction doit venir du pouvoir, on ne peut plus laisser cela à l’appréciation de certains. Il ne faut certainement pas laisser les directions d’établissements scolaires se débrouiller toutes seules en disant « Vous allez être obligées d’ouvrir, débrouillez-vous ! », il faut évidemment apporter des solutions, des possibilités, dans le respect des équipes en place.

Aujourd’hui, on ne peut pas faire semblant que les choses se sont bien passées alors que ce n’est pas le cas. Il y a des tas d’enfants qui ont disparu des radars. Cela appelle à une vraie coordination entre les cabinets ministériels et les acteurs de terrain. Cela doit se mettre en mouvement, de façon concertée, afin de répondre aux besoins des enfants à la rentrée ou sinon on va droit vers une catastrophe. Du moins pour certains enfants, toujours les mêmes d'ailleurs. »

T. D.

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