12/15 ans

La saga du soutien-gorge

Le corps de votre fille change. Deux petites « mandarines » pointent sous le tee-shirt. Certaines en parlent, d’autres sont timides et font semblant de rien. Faut-il lui acheter son premier soutien-gorge ? Ou attendre une demande explicite de sa part ? Les parents s’interrogent…

La saga du soutien-gorge

Nathalie : « Quand ma fille était plus jeune, je trouvais que mettre une brassière pour copier maman n’avait aucun intérêt, c’était surtout lui rajouter une contrainte. Quand j’ai vu qu’elle commençait à s’habiller à l’abri des regards et à bien fermer la porte de la salle de bain (au cas où son balourd de frère la verrait), j’ai commencé à lui acheter des brassières. Elle a été soulagée d’en porter les jours de sport. Je lui ai répété régulièrement que lorsqu’elle voudrait que l’on aille voir pour un soutien-gorge, je serais à sa disposition. Ça a pris un peu de temps et un jour elle m’a demandé de l’accompagner pour l’aider dans ce premier achat. À partir du moment où le sujet n’est pas tabou et que le dialogue est là, cette première fois reste à sa juste place et tout se fait sans souci. »

Éliane : « Je n’ai jamais pu, malheureusement, parler de tout ça avec ma mère. Quand j’ai eu mes premières règles, soit très tard (j’avais 16 ans), elle m’a acheté mon premier soutien-gorge, sans me demander mon avis ni sur le modèle, ni sur l’opportunité du moment... Il faut dire que je n’ai jamais osé lui en parler et elle, a contrario, ne me l’a jamais proposé. Je regrette un peu ça, mais ce type de discussion me mettait mal à l’aise et probablement que ma mère n’était pas plus à l’aise que moi ! J’espère rattraper tout ça avec ma fille, j’ai un peu de temps pour y penser, elle a 8 ans. Quoique, tout va tellement vite !… ».

Esther : « J’ai trois filles et pour elles j’ai été très claire, dès que la poitrine se devinait derrière le tee-shirt : soutien-gorge obligatoire ! Rien de pire que d’être la source des regards des gamins de 10 ans parce qu’on a la poitrine qui pointe. »

Sonia : « Ma fille de 11 ans me parle de plus en plus de la poitrine des copines, qui commence à pousser. Elle est un peu désolée car, pour elle, c’est le calme plat, très plat même. Pour la rassurer, je lui ai montré des photos de moi au même âge. Il suffit qu’elle regarde ma poitrine aujourd’hui pour ne plus s’inquiéter. Un peu de patience suffira… »

Nadine : « Ma fille a 13 ans. Cet été, je lui ai proposé de porter un soutien-gorge, mais elle n’a pas voulu en entendre parler. Je lui en ai reparlé quelque temps plus tard car je l’avais vue en tee-shirt sans pull (difficile l’hiver car elle est pudique et je ne l’ai plus vue nue depuis un an) et sincèrement cela fait plus que poindre. Mais rien à faire, refus de sa part, tout comme les conversations sur les règles. Pourtant, ça va bientôt lui arriver ! J’espère que nous pourrons en parler sereinement, surtout que chez nous les poitrines sont fortes. On verra bien, il suffit d’attendre encore un peu... »

Marine : « J’ai 12 ans et demi et j’ai déjà une super grosse poitrine, je fais du 90A. Un jour, avec ma mère, on a acheté un soutien-gorge ‘normal’. Je ne l’aime pas parce qu’on voit la forme de ma poitrine qui pointe. Depuis qu’on a acheté ce soutien-gorge, ma mère ne me parle plus de rien. Avec une amie, j’ai acheté un soutien-gorge rembourré en 95A et ça, j’adore parce que ça fait rond. J’ai honte de parler à ma mère de mon soutif rembourré, je le cache car je sais que ma mère ne les aime pas. Comment lui dire que c’est cela qu’elle doit m’acheter ? »

Karin Mantovani

L’AVIS DU SPÉCIALISTE

Sarah Stern, pédopsychiatre : un rite de passage
Si cet achat s’avère délicat, c’est qu’il revêt un caractère quasi initiatique. Certaines jeunes filles ont hâte de se démarquer de l’enfance, d’autres au contraire préfèrent prolonger une certaine insouciance. Pour beaucoup, un bien trop vaste sujet à aborder avant 12 ans. La pudeur est grande à cet âge et le plus souvent, la discussion difficile, même et surtout avec leur mère.
Le : «Tu es déjà une femme ma fille » ou tout autre remarque sur l’apparition d’un pouvoir érotique sont le plus souvent mal vécus. Offrir un soutien-gorge à sa fille s’avère délicat, toutefois la manière de ritualiser ce geste doit être adaptée à la sensibilité de votre fille. L’essentiel est que cet achat symbolique soit un plaisir et qu’il la valorise. Il peut être plus facile de relier l’achat fatidique à une autre date marquante : un anniversaire, un départ en vacances, une fête…
Certaines filles préfèrent aller faire les boutiques avec des amies, d’autres avec leur mère… Là encore, les individualités jouent. Les grandes sportives voient, avant tout, dans l’achat d’un soutien-gorge un confort pour mieux sauter et courir. Les plus pudiques pourront être gênées par les « bosses » qui apparaissent sous le tee-shirt, surtout l’été, et préfèreront un soutien discret pour les aplatir et les maintenir.