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La santé des bébés
au temps du Covid-19

Pandémie de Covid-19 oblige, la plupart des bébés sont, eux aussi, confinés avec leurs parents, si ceux-ci ne travaillent pas à l’extérieur. Cela ne doit pas faire oublier de veiller préventivement à leur santé. Bien au contraire ! Ainsi, il est primordial que, dès l’âge de 2 mois, ils reçoivent leurs vaccins. L’éclairage de la pédiatre Tessa Goetghebuer, cheffe de clinique au centre hospitalier universitaire Saint-Pierre (Bruxelles) et conseillère pédiatre à l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance).

La santé des bébés au temps du Covid-19

En raison du confinement, des parents peuvent être tentés de négliger ou de reporter le programme de vaccination de leur bébé. Or, le respecter est essentiel, surtout dans le contexte actuel de crise sanitaire. Pourquoi  ? 
Tessa Goetghebuer : 
« Repartons de la base. Chez les bébés, les vaccins sont destinés à les protéger contre certaines maladies qui peuvent être particulièrement graves pendant leurs premiers mois ou leurs premières années de vie. On sait que, dès l’âge de 2 mois, ils répondent aux vaccins en produisant leurs propres anticorps et peuvent ainsi se défendre contre ces maladies. Il est donc très important de vacciner les enfants à partir de 2 mois. 

Si on ne le fait pas ou si on retarde la vaccination à cause du confinement, les enfants ne seront pas protégés contre ces maladies, et lorsque le confinement sera levé, ils seront à risque de les développer. On sait qu’il y a un délai entre l’administration d’un vaccin et le moment où on est protégé. Actuellement, en isolement au sein de sa famille, l’enfant a moins de risques de contracter une maladie, mais il faut absolument qu’il développe son système de défense pour après. Si on attend la fin du confinement pour vacciner les enfants, il y aura toute une période où ils ne seront pas protégés. » 

Pour lutter contre l’épidémie de coronavirusil est fondamental que tout le monde joue le jeu, c’est-à-dire respecte la règle du confinement et les mesures d’hygiène et de distanciation sociale. De la même façon, la vaccination est une affaire de solidarité. Faire vacciner son enfant, c’est le protéger, lui, mais aussi les autres enfants contre des maladies dangereuses, voire mortelles. 
T. G. : « Absolument, c’est ce qu’on appelle l’immunité de groupe. C’est la raison pour laquelle certaines vaccinations sont obligatoires pour les enfants fréquentant un milieu d’accueil en Fédération Wallonie-Bruxelles. Quand il y a beaucoup d’enfants non vaccinés contre une maladie dans un groupe, le risque est grand qu’elle réapparaisse et qu’elle entraîne une épidémie au sein de ce groupe. 

Aujourd’hui, avec la propagation du Covid-19, les gens réalisent mieux ce qu’est une maladie contagieuse. Nous attendons tous le vaccin avec impatience… Il est important de souligner que des maladies comme la rougeole ou la coqueluche sont trois à quatre fois plus contagieuses que le coronavirus. Donc, les épidémies constituent un risque considérable si une bonne couverture vaccinale n’est pas assurée dans la population. Nous connaissons depuis quelques années une recrudescence de ces deux maladies en Belgique, ainsi que dans beaucoup de pays européens. » 

D’autres raisons pour lesquelles, aujourd’hui, il importe, pour les bébés, de suivre le calendrier de vaccination recommandé ? 
T. G. : « On compte environ 120 000 naissances par an en Belgique. Pendant les quinze premiers mois de vie de l’enfant, cinq séances de vaccination sont prévues : à 2, 3, 4, 12 et 14 mois. Il en résulte un nombre considérable de séances de vaccination à organiser, qu’elles se passent à la consultation de l’ONE, chez le pédiatre, le médecin traitant ou en consultation à l’hôpital. Si on prenait du retard dans la vaccination des bébés, on ne parviendrait pas à le rattraper d’un point de vue logistique, et donc les enfants seraient insuffisamment protégés. » 

En temps normal, les vaccins peuvent être administrés gratuitement dans les consultations de l’ONE. Qu’en est-il actuellement ? 
T. G. : « Dès le début du confinement, l’ONE a décidé de maintenir l’offre de vaccination pour les tout-petits jusqu’à l’âge de 15 mois. Cette décision repose sur des avis d’organes officiels et d’experts.

Alors, on informe les parents qu’ils peuvent toujours faire vacciner leur enfant dans une consultation de l’ONE. Et on les rassure sur le fait qu’ils peuvent s’y rendre en toute sécurité. En effet, le fonctionnement des consultations a été revu. Des rendez-vous sont fixés, espacés dans le temps. Tout est mis en place pour respecter la distanciation sociale. Dès lors, il faut absolument respecter l’heure de rendez-vous. On demande qu’un seul parent accompagne l’enfant, et sans les frères et sœurs. Évidemment, si les parents ont un rhume, toussent, ont de la fièvre ou des difficultés respiratoires, on leur demande de ne pas venir. Idem pour les enfants - même si on sait que la plupart des enfants infectés par le Covid-19 présentent peu de symptômes. Tout est donc mis en place pour éviter que le virus ne circule au sein des consultations de l’ONE. 

Par ailleurs, beaucoup de pédiatres et de médecins traitants continuent à vacciner les enfants, en appliquant les mêmes règles d’hygiène et de distanciation sociale. » 

« Dès le début du confinement, l’ONE a décidé de maintenir l’offre de vaccination pour les tout-petits jusqu’à l’âge de 15 mois » Tessa Goetghebuer, pédiatre 

Habituellement, les consultations de l’ONE sont des lieux où les parents peuvent faire suivre l’évolution de leur bébé et bénéficier de conseils au rythme de son développement, en plus de procéder à ses vaccinations. En ce temps de confinement, elles ne restent ouvertes que pour assurer les vaccinations. Quelles possibilités alors pour les mamans qui quittent la maternité avec leur nouveau-né deux ou trois jours après l’accouchement, pour les nouveaux parents qui ont besoin d’être accompagnés ? 
T. G. : « À la sortie de la maternité, le suivi de l’enfant est important. Il faut s’assurer que la prise de poids a bien débuté, et donc que l’enfant a récupéré son poids de naissance, que l’allaitement - maternel ou artificiel - se passe bien, etc. 

Les sages-femmes continuent à se rendre à domicile, en prenant toutes les précautions nécessaires. Ce suivi-là est important, tant pour la maman que pour l’enfant. Ainsi, après quarante-huit heures de vie, pour les enfants sortis précocement de maternité, ce sont les sages-femmes à domicile qui font le test de Guthrie, test de dépistage des maladies métaboliques, qui ne doit pas être négligé. 

Il est important que les parents - surtout si c’est leur premier enfant - puissent être rassurés par rapport aux mille et une questions qu’ils se posent en tant que nouveaux parents. Un numéro d’appel a été mis en place dans la plupart des hôpitaux où il y a une maternité. Les parents ne doivent surtout pas hésiter à rappeler la maternité s’ils en ressentent le besoin. Et si la situation justifie qu’ils reviennent à l’hôpital, ils seront orientés en ce sens. Au CHU Saint-Pierre, on revoit l’enfant au moins une fois dans la semaine qui suit la sortie de la maternité. Il y a beaucoup d’autres hôpitaux qui ont maintenu ces consultations pour nouveau-nés. 

Les consultations de l’ONE sont, pour l’heure, dédiées aux vaccinations. Mais les partenaires enfants-parents (PEP’s) de l’ONE continuent à garder le contact avec les familles, après le retour à la maison des mamans et de leur nouveau-né. Elles s’assurent que l’enfant est bien suivi pendant ses premières semaines de vie et elles sont disponibles pour répondre aux questions des parents. Dans de rares cas où cela s’avérerait nécessaire, le bébé pourra être vu en consultation de l’ONE. 

En outre, beaucoup de pédiatres consultent par téléphone ou vidéoconférence. 
Quoi qu’il en soit, il faut rester à l’écoute des parents. Et leur donner la possibilité de demander une consultation s’ils en éprouvent le besoin. » 

Encore un conseil aux parents d’un bébé ? 
T. G. : « Sortez avec votre bébé au moins une fois par jour, pour prendre l’air. Si vous possédez un jardin, c’est tant mieux. Si vous n’en avez pas, allez faire un tour. La lumière du jour, sortir, s’aérer, c’est essentiel pour les enfants. 

Et n’hésitez pas à utiliser le téléphone. Il n’y a pas de bêtes questions. Et il ne faut pas rester avec ses angoisses. La situation actuelle est stressante pour tout le monde. Alors, si on ajoute à cela l’angoisse de l’inconnu avec un nouveau bébé… Le stress est contagieux pour les bébés. Il faut vraiment essayer de l’évacuer au maximum. » 

Propos recueillis par Martine Gayda

EN PRATIQUE 

Infos et sites utiles 

► Pour rappel, les services dans les consultations de l’ONE sont préventifs et gratuits. En Fédération Wallonie-Bruxelles, il y a toujours une consultation de l’ONE près de chez vous, avec une équipe de partenaires enfants-parents (PEP’s) et un médecin. Sauf situation exceptionnelle, les visites à domicile ne sont, pour le moment, plus assurées. 
► Si la situation l’exige, les sages-femmes se déplacent à domicile après le retour à la maison des mamans avec leur bébé, et ce, en prenant toutes les précautions de sécurité nécessaires. Quand c’est possible, les consultations se font par vidéoconférence ou par téléphone. Infos (notamment pour trouver une sage-femme) : sage-femme.be, le site de l’Union professionnelle des sages-femmes belges. 
► Beaucoup de pédiatres et de médecins généralistes continuent à examiner et à vacciner les nourrissons. Et, bien sûr, à prendre en charge les enfants malades. Beaucoup aussi consultent par téléphone ou vidéoconférence. 
► vaccination-info.be est le site de référence francophone belge pour toutes les questions relatives aux vaccins et à la vaccination.