Vie de parent

La santé mentale à l’ère du Covid,
tou·te·s concerné·e·s

Le Cresam (Centre de référence en santé mentale) boucle sa Semaine de la santé mentale avec une journée des familles. Une manière pour l’asbl de visibiliser l’offre de services et de lever le tabou qui entoure encore la santé mentale. Par temps de Covid plus que jamais, nous sommes tou·te·s concerné·e·s.

La santé mentale à l’ère du Covid, tou·te·s concernés

Ce samedi 17 octobre, le Cresam organise une journée famille avec le Point Culture de Louvain-la-Neuve autour d’un atelier conte, d’un jeu et d’un web documentaire. Ces outils ont tous été développés par les services de santé mentale et leurs patient·e·s. Que ce soit pour parler des émotions, développer l’empathie et l’entraide ou découvrir le portrait de personnes souffrant d’une maladie mentale, le Cresam souhaite attirer un maximum de familles autour de ces différents supports comme l’explique Julie Delbascourt, coordinatrice de l'association.

« La façon de concevoir la santé mentale est encore trop binaire, comme si on allait bien ou mal dans sa tête une bonne fois pour toute. Or, notre santé mentale varie en fonction des périodes de la vie. Nous souhaitons déstigmatiser les maladies mentales, car le tabou qui les entoure limite l’accès aux soins. »Une personne sur quatre est concernée d’une façon ou d’une autre à un problème psychologique à un moment de sa vie. En Belgique, une enquête réalisée en 2013 par Sciensano évoque même un taux de 32%, soit près d’une personne sur trois.

L’impact du Covid sur la santé mentale

S’il est encore trop tôt pour communiquer des chiffres exacts sur l’impact du Covid sur la santé mentale, deux tendances se dégagent comme l’explique Julie Delbascourt. « Une partie des patient·e·s en santé mentale a pu vivre le confinement comme une opportunité, car les pressions sociales ont été mises en veilleuse. À l’inverse, d’autres patient·e·s qui tenaient grâce au maillage d’intervenants sociaux ou de proches ont vu leur quotidien se déstructurer et, pour eux, ça a été la dégringolade ».

Un parent qui perd son revenu, un autre qui se fait expulser de son logement, un troisième qui ne perçoit plus de pension alimentaire, un dernier qui fait faillite… Autant d’effets induits par le Covid qui viennent s’ajouter à des problèmes psychologiques et sont la goutte en trop qui fait déborder le vase.

Une chose est sure, le Covid impacte la santé mentale. En atteste l’augmentation de 30% des hospitalisations sous contrainte dans les hôpitaux psychiatriques. Cette mesure sous contrainte est actionnée lorsqu’un·e proche ou un·e intervenant·e médical·e craint pour l’intégrité du patient·e et qu’il ne voit pas d’alternative de soin possible. Autre indicateur interpellant : il s’agit pour la plupart de personnes qui n’étaient pas suivies, mais qui sont dans une phase de décompensation.

Les demandes adressées aux services de santé mentale en Wallonie sont aussi en augmentation et de plus en plus complexes. « Les équipes se retrouvent avec des demandes qui conjuguent des problèmes psychologiques et des urgences sociales. Ce sont des cas où s’entre-mêlent plusieurs demandes, ce qui rend la prise en charge compliquée et demande bien souvent un suivi pluridisciplinaire » explique Julie Delbascourt.

De quoi parle-t-on et à partir de quand consulter ?

La santé mentale regroupe toutes les pensées, les émotions et le ressenti des personnes. C’est tout le pendant psychique de notre santé physique. Nous disposons tous d’une santé mentale, mais encore trop peu de personnes en ont conscience. Récemment, l’AViQ (Association pour une vie de qualité) vient de mettre en place un site internet - trouverdusoutien.be - pour mieux visibiliser l’offre de service qui gravite autour.

Les professionnel·le·s constatent souvent que les patient·e·s tardent à faire appel à leurs services et épuisent leurs ressources avant de le faire. Pour éviter d’en arriver là, Julie Delbascourt conseille qu'« à partir du moment où la vie quotidienne ne fonctionne plus suffisamment bien pour soi ou ses proches et où le souci psychologique prend trop de place, alors c’est un indicateur tangible pour consulter ».

Quelle est la marche à suivre ?

Être à l’écoute de soi est déjà un premier pas dans la bonne direction, s’en ouvrir à des proches peut aussi aider. Si vous sentez que vous ou un·e de vos proches a besoin de soutien, parlez-en à votre médecin traitant. Il pourra ensuite vous aiguiller vers un répertoire de professionnel·le·s de première ligne habilité·e·s à traiter de symptômes « allégés » comme l’alcoolisme, la dépression, l’anxiété.

Les services de santé mentale (SSM) sont d’autres interlocuteurs de choix. 65 équipes pluridisciplinaires sont distillées en Wallonie et répertoriées sous le site cresam.be.

La ligne d’appel 107 offre également un soutien large et peut orienter vers les services compétents. Pour les proches et familles, l’asbl similes offre également une ligne d’écoute (04/344 45 45) et organise des groupes des parole.

Des équipes mobiles attachées à des hôpitaux psychiatriques se rendent également à domicile pour apporter du soutien à ceux qui en font la demande. Les portes d’entrée sont multiples et variées pour ceux qui parviennent à passer au-dessus du tabou et exprimer une demande de soutien.

Clémentine Rasquin

La santé mentale filmée sous le prisme de la famille

 ► Petit samedi vient de remporter deux prix au Festival international du film francophone (FIFF). Deux questions à Paloma Sermon-Daï, réalisatrice du film :

Pourquoi était-ce important pour vous de réaliser un film sur la santé mentale sous le prisme d’une relation mère-fils ?
« Quand je me suis intéressée au sujet de la santé mentale, je me suis rendue compte qu’il était très peu abordé sous l’angle de la famille. C’était aussi une manière pour moi de présenter mon frère dans ce qu’il a de plus pur : sa relation à sa mère. Cet angle s’est imposé à moi. C’était plus facile de briser le tabou puisque je parle de ma vie et de ma famille.
Mon envie première, c’était de faire un film sur mon frère, c’était une façon de lui apporter une forme d’aide. Le film a permis d’ouvrir un dialogue familial. Quand je lui ai partagé le projet, Damien a directement été partant, il avait envie de pouvoir aider d’autres gens à travers son témoignage. »

En quoi est-ce que ce film a pu aider votre frère ?
« Le film l’a aidé à affronter certaines choses, ce n’était pas évident de briser le tabou, de gérer la sortie du film et il redoutait les réactions? mais, en définitive, il dit que ça l’a soulagé énormément de pouvoir en parler ouvertement pour la première fois. Ce qui est très fort aussi c’est qu’il a la possibilité de croiser d’autres toxicomanes. »

Sortie en salles au Cinéma Palace : le 28/10, 3/11, 04/11, 18/11, 19/11

La forêt de mon père vit une seconde vie avec plusieurs projections-débat programmées en Wallonie. Lire l’article consacré dans le Ligueur

17/10 : Plaza Art - Mons
03/11 : Atrium 57 - Gembloux
01/12 : Centre culturel de Herve
[02-06/12] : Cinéma For&ver Mouscron