3/5 ans

La sieste à l’école,
le cauchemar des parents

Plus d’un mois après la rentrée de leur enfant en 1re maternelle, le sujet est encore sur les lèvres de (presque) tous les parents. L’instit croule sous un flot d’interrogations à base de « L’a-t-elle faite aujourd’hui ? », « Combien de temps ? », « Vous êtes sûre qu’il n’a pas fait la comédie ? ». Oui, la sieste reste bien un élément important de la vie des tout jeunes écoliers. Tout autant qu’elle met les parents dans tous leurs états.

La sieste à l’école, le cauchemar des parents

Depuis début septembre, tous les jours, à midi, la même scène se reproduit. Un petit train d’enfants de 2 ans et demi à 3 ans déboule du couloir qui mène du réfectoire aux salles de classe. Un à un, ils s’assoient sur les bancs disposés près des toilettes. Puis ils attendent tranquillement que les deux enseignantes et les deux puéricultrices des classes de 1re les appellent pour le pipi postprandial. Ensuite, direction la classe où des petits lits ont été disposés dans chaque coin ou recoin disponible.
Lina, Ridoine, Alex, Claire et les autres ont chacun leur lit, le même tous les jours, placé au même endroit. Et Doudou ou la tutte à portée de main. Un luxe que madame Carine ne manque pas de vanter auprès des parents. « Tous les ans, c’est la même chose pendant les deux premiers mois, les parents me sollicitent tous les jours à propos de la sieste, explique-t-elle. J’ai donc développé tout un argumentaire pour les rassurer sur ce sujet. Mais, même s’il est important, à un moment, il faut passer à autre chose ».
Pendant ce temps, dans la pénombre de la classe où les rideaux ont été tirés, on entend quelques chuchotements, un rire cristallin… et ce qui ressemble franchement à un ronflement. Madame Carine se contente d’un léger « Chut » qui fait taire les dernières envies sonores. Le silence est désormais total et va durer une grosse demi-heure.

Gros dormeur ou petit siesteur ?

« Nous ne sommes qu’au mois d’octobre, les enfants sont encore nombreux à dormir, souligne l’enseignante. Mais après le congé d’automne, certains commenceront déjà à beaucoup raccourcir ce temps de sieste, voire même à le zapper complètement. Certains parents ne le comprennent pas, mais ils oublient parfois que dans une classe de 1re maternelle, la différence d’âge entre les élèves est parfois de près d’un an. Vous imaginez le décalage au niveau développement, maturité, langage, etc., entre un enfant qui fêtera ses 3 ans fin décembre et un autre qui aura 4 ans début janvier ».
Retournons dans la classe où nos petits dormeurs ne sont désormais plus que quelques-uns encore dans les bras de Morphée. Alors que Max, Shania, Aristide ou encore Cléo sont déjà réveillés depuis un moment, le calme règne pourtant dans la pièce.
« La sieste permet aux enfants de recharger les batteries avant d’attaquer les ateliers de l’après-midi, explique l’instit, et là, on est tout à fait dans le respect des besoins et des rythmes biologiques des enfants de cet âge. Mais on a tendance à oublier que c’est aussi un temps d’apprentissage autour de l’autonomie. En premier lieu, on apprend à s’endormir ailleurs que chez soi, ce qui est une première pour certains, et surtout dans un espace collectif. Ensuite, il faut se déshabiller, poser ses affaires comme il faut, se rhabiller dans le bon ordre. On apprend aussi à respecter le repos des copains et des copines qui dorment encore, à sortir de son petit lit sans faire de bruit, à s’occuper en silence. Cela fait partie des grandes règles de la vie en société que ces petits bouts apprennent en maternelle. »

Un repère dans la journée

Dans la salle de classe, les rideaux sont maintenant ouverts en grand, les lits ont été rangés et les enfants sont prêts à se remettre à l’ouvrage. Seule une blondinette rechigne encore un peu pour reposer son doudou dans le panier. Madame Carine lui dit gentiment qu’elle peut encore garder Lapinou quelques instants. À peine trente secondes plus tard, les grandes oreilles du doudou disparaissent dans une grande boîte rose.
« Je fais en sorte que, pour les enfants, ce moment après le repas soit un vrai repère dans leur journée, explique l’enseignante. Il y a les rituels pour se coucher, mais aussi ce qui suit la sieste. Je leur laisse toujours quinze à vingt minutes d’activités libres. Certains vont choisir de bouger, d’autres de prolonger le calme avec un livre ou de passer par le coin dînette. Pour moi, c’est intéressant à observer : je peux repérer qui est un peu patraque ou, au contraire, un peu trop excité. Je peux ainsi faire un travail différencié et, dans la mesure du possible, proposer aux enfants des choses qui leur conviennent le mieux à cet instant. »

Romain Brindeau

En bref

  • Le mot sieste vient du latin sexta, la sixième heure. Soit celle où on se repose après une bonne matinée de labeur.
  • Le temps de sieste ne figure pas tel quel dans les textes. Il n’est donc pas obligatoire légalement, mais il est fortement recommandé par les professionnel·le·s de l’éducation et de la santé.
  • Douze heures, c’est le temps moyen de sommeil nécessaire pour un enfant de 3 à 5 ans par tranche de vingt-quatre heures. La sieste à l’école dépassant rarement une heure, votre enfant devrait donc faire des nuits de onze heures dans l’idéal.  
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