Vie de parent

La tablette, la nouvelle ardoise numérique ?

La tablette numérique apporte son lot d’applications et de programmes dits adaptés aux enfants et élèves. Certaines écoles l’utilisent même en classe. Alors, la tablette n’est-elle qu’un gadget commercial ? Ou apporte-t-elle une valeur ajoutée à la pédagogie ?

La tablette, la nouvelle ardoise numérique ? - Thinkstock

La tablette numérique apporte son lot d’applications et de programmes dits adaptés aux enfants et élèves. Certaines écoles l’utilisent même en classe. Alors, la tablette n’est-elle qu’un gadget commercial ? Ou apporte-t-elle une valeur ajoutée à la pédagogie ? 

Dès leur plus jeune âge, nos bambins sont fascinés par les écrans. Davantage encore par la tablette numérique, qui par sa taille, tombe facilement entre leurs menottes. Intuitive, ludique, et interactive…elle a tout pour les captiver… et les instruire. Dans « Les enfants et les écrans »*, les experts de l’Académie des sciences de France font la part belle aux tablettes numériques. Elles ne sont plus les ennemies de la scolarité, ni un pur objet de distraction. Elles peuvent devenir un outil pédagogique et d’apprentissage.

Le format proche de leur intelligence 

Ce sont les tablettes qui suscitent le mieux l’éveil précoce des bébés (0-2 ans) au monde des écrans, selon ces spécialistes. C’est en effet « le format le plus proche de leur intelligence ». Le petit geste de balayage leur permet d’en parcourir les contenus bien plus facilement que les autres écrans qui requièrent le « pointage », plus précis. Chez les plus grands, l’usage des outils numériques, à la maison ou à l’école, est « un progrès technologique et éducatif important » à l’âge de tous les apprentissages. Pour autant que les programmes soient pédagogiques et appropriés.

Une tablette dans la mallette

Les tablettes numériques font leur apparition dans les écoles. Elles cohabitent de plus en plus avec le cahier sur les pupitres. « C’est un outil complémentaire, comme une calculette. On l’utilise pendant 10 minutes, quand on en a  besoin, pour une recherche sur Internet, un exercice de math, ou pour revoir une conjugaison », explique Christine Sornin, responsable du projet Edumobile, le portail des enseignants qui utilisent des tablettes en classe. « C’est un outil mobile, et très léger, avec lequel on peut sortir de la classe, pour filmer, prendre des photos. On a accès à une multitude d’outils et d’informations dans un petit outil, qui ne prend pas beaucoup de place. Et qui se range, et s’allume très vite », ajoute-t-elle.

Monsieur Petillion en a fait l’expérience dans sa classe de 4e primaire, à l’école de Profondsart (Limal) via le projet « Ecole numérique » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Les élèves sont beaucoup plus concentrés et motivés en classe. Et on peut envisager un travail différencié, qui respecte le rythme de chaque enfant. Ainsi par exemple la traditionnelle dictée s'effectue à présent de façon individuelle en écoutant, voir en réécoutant, le texte à son rythme », explique-t-il. « Les élèvent sont plus autonomes, ils collaborent beaucoup plus en classe. On a accès à une multitude de ressources, souvent gratuites et toujours à jour, et on fait une belle économie de papier », souligne encore l’instituteur.

L’écran fait-il écran ?

Si les étudiants se montrent plus motivés, restent-ils pour autant attentifs au contenu d’apprentissage, et disposés à assimiler la matière ? Pas pour Serge Minet, psychothérapeute et auteur de « Ne dites pas à mon fils que je joue » (éditions Racine). « La tablette met une distance entre l’enseignant et l’étudiant. L’écran mobilise son attention sur la captation. L’écran est une gêne dans l’apprentissage, dans l’enseignement. Il y a davantage l’urgence de la communication que le partage de ce qu’il y a à dire. On est dans la transcription mais pas dans l’écoute. Les étudiants écoutent mais n’entendent pas sa parole, ni ne sentent l’intensité de ce qu’il enseigne car ils sont figés dans l’écran », explique le spécialiste de la Clinique du jeu pathologique.

L’image du prof

« Ca ne sert à rien d’interdire. Il faut ouvrir un peu les portes pour trouver des intérêts pédagogiques et ne pas se bloquer par rapport à ces nouvelles technologies », affirme Christine Sornin. Elle estime qu’un enseignement efficace via tablettes numériques nécessite tout simplement une maîtrise de l’outil. « Il faut accompagner et former les enseignants. Sinon, comme devant tout nouvel outil, un prof peut avoir peur de se planter, ou d’être ridicule devant sa classe. Les élèves pourraient en profiter pour jouer au lieu de s’en servir comme outil d’apprentissage. Mais s’ils connaissant la manière d’exploiter les tablettes, les enseignants pourront les utiliser à bon escient », explique-t-elle. « La tablette numérique révolutionne la manière dont le prof travaille. L’enseignement n’est plus frontal. C’est très enrichissant. Et le prof se défait de l’image de ringard »,  soutient encore la formatrice à l’utilisation des tablettes en classe.

Encore faut-il qu’il y ait une bonne connexion Wifi en classe, et que les élèves ne soient pas trop maladroits avec leur tablette, plus fragile que son ancêtre cahier en cas de chute. Et la tablette a beau se démocratiser, l’outil a un coût, qui ne peut pas être imposé aux parents. Et si l’utilisation des tablettes se poursuit à la maison, l’éducation et le contrôle des parents restent essentiels, à tous les âges. Si rien ne prouve qu’il existe une addiction à Internet et aux jeux vidéo (voir Le Ligueur du 20/03/2013), il faut veiller à ce que nos enfants aient une pratique modérée et autorégulée des écrans.

Stéphanie Grofils – 19/03/2013

En savoir +

« Les enfants et les écrans », Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna, et Serge Tisseron, Le Pommier, 17€.

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