9/11 ans

Laisser le cerveau partir en voyage pour un meilleur apprentissage

Les vacances, c'est la possibilité de sortir du cadre d'apprentissage habituel pour continuer à s’instruire. Mais de manière ludique, sans se mettre la pression et sur un autre rythme où les périodes de repos ont une place primordiale.

Laisser le cerveau partir en voyage pour un meilleur apprentissage

Ça y est, les vacances sont (presque) là. Fini de se lever pour aller à l'école. Place au temps libre ! Mais ce n'est pas une raison pour oublier tout ce que l'enfant a appris pendant l'année scolaire. Les vacances peuvent même être un moment pour rattraper ses lacunes.

« L'école n'est pas le seul lieu d'apprentissage, confirme Maurice Johnson Konyonga, psychologue et expert en éducation. Pendant toute l'année, l'enfant est dans cet environnement ‘normé’. Les vacances, c'est la possibilité d'en sortir. L'apprentissage doit se faire par plaisir et les vacances sont l'occasion idéale pour cela. »

Sortir du cadre. Oui, mais comment ? Bien sûr, il y a les stages sportifs ou artistiques. « Il vaut mieux privilégier une, voire deux activités, une sportive et une autre artistique ou manuelle, selon Charline Urbain, professeur en faculté de psychologie et sciences de l'éducation à l'ULB. Répartir ces activités dans le temps. Et laisser à l'enfant des temps de détente où il peut totalement s'évader et faire preuve de créativité. Avec des activités ciblées et pas en abondance, on met l'enfant dans de bonnes conditions pour l'apprentissage ».

Et puis, ça peut être aussi simple que d'aller à l'extérieur, dans la nature. Pour l'asbl Empreintes, c'est d'ailleurs la base d'un bon apprentissage. « Notre expérience nous montre que plonger un enfant dans un milieu naturel va lui permettre d'être en bonne santé physique et mentale, a constaté Gaël Nassogne, chargée de projet au département mobilisation du mouvement de jeunesse Empreintes. La nature est source d'émerveillement, de curiosité ... et donc d'apprentissages ».

Du repos et du temps libre

Cela peut paraître paradoxal, mais une manière de garder le cerveau en éveil pendant les vacances, c'est de le laisser tranquille. C'est ce qu'a étudié Charline Urbain. « Les enfants ont besoin de ne pas être constamment en stimulation d'apprentissage ». Sauf que deux mois de repos, c'est un peu trop long et l'enfant risque bien d'oublier certains savoirs.

« L'enfant a plutôt besoin d'un apprentissage réparti dans le temps, parsemé de périodes de repos, souligne la psychologue de l'ULB. Le sommeil ou le temps libre permettent de consolider les connaissances, pour pouvoir faire un tri naturel dans les informations. Quand on apprend quelque chose, l'information n'est pas stockée de façon définitive au moment T. C'est avec le temps, le repos, le sommeil, qu'elle va pouvoir être consolidée ou soumise à l'oubli. L'information va s'intégrer dans les informations déjà en mémoire et va se stabiliser. Le temps et le sommeil jouent un rôle actif dans la consolidation de ces informations. »

Le ludique

On sort donc de l'apprentissage intensif pendant les vacances. Et on apprend autrement, doucement. « On peut reprendre ce qui a été fait à l'école, mais sans les cahiers, explique Maurice Johnson Konyonga. Et l'expliquer dans un contexte différent ». C'est ce que fait l'asbl Empreintes dans ses activités : l'éducation du dehors.

« Les apprentissages comme les mathématiques, le français, l'éveil, l'histoire ou la géographie peuvent être donnés à l'extérieur avec ce qu'il y a de disponible, avec les observations que les enfants peuvent faire ou avec des supports pour susciter l'éveil. L'idée est d'être connecté au vivant, à ce qu'il se passe et à ce qu'on observe directement sur le site. »

Un exemple pour les plus jeunes : construire des cibles avec des morceaux de bois trouvés par terre. Les cailloux trouvés sur le chemin servent à lancer sur la cible. L'idée, c'est de travailler les maths en calculant le nombre de points... « C'est du calcul mental, note Gaël Nassogne. L'enfant va aussi se rendre compte que ce bois est plus léger qu'un autre, etc. ». D’observation en observation, par l’expérience, par les échanges, les enfants parcourent l’ensemble des matières scolaires de base.

Le tempo

Tous les jours après le boulot, une fois par semaine lors d'un jour de congé ou même une fois tous les quinze jours... commencer par se choisir un tempo, c'est se donner des moments à partager avec son enfant pour qu'il sorte de la maison et puisse apprendre dans un environnement différent. Et pas toujours besoin de faire une leçon en pleine nature.

« Lors d'une balade en forêt, on apprend à reconnaître les arbres en fonction de leurs feuilles, sans pour autant le faire pendant cinq heures, explique Charline Urbain. Ensuite, c'est bien d'avoir des périodes où l'esprit peut se relâcher soit via une sieste ou via une activité simple. »

L’avis est le même pour le psychologue Maurice Johnson Konyonga : « Une manière de démystifier l'apprentissage, c'est de ne pas y accorder trop de temps. Seulement deux heures sur une journée, six heures par semaine si c'est vraiment nécessaire. Des activités extérieures peuvent allier des parties intellectuelles et des moments physiques ou plus dynamiques. »

Le lieu

La nature est partout. Elle ne saute pas toujours aux yeux, mais elle est bien là. « Il n'y a pas forcément besoin de faire 300 km ou d'aller dans les Vosges pour pratiquer l'éducation du dehors, explique Gaël Nassogne. L'occasion peut se présenter après une journée de travail. Parents et enfants profitent d'une ou deux heures pour aller dans le parc à côté de chez eux ou aller faire une promenade en forêt ». Aller jusqu'à ce lieu peut s'avérer être un apprentissage en soi.

« Être dans un terrain qui n'est pas tout plat, avec des anfractuosités, des irrégularités, avec des choses à escalader, à franchir... Il y aura naturellement de la stimulation et de la psychomotricité générale et fine, fait remarquer Gaël Nassogne. Ramasser un petit bâton, toucher des éléments, c'est de la stimulation. Et l'apprentissage des petits, ça passe aussi et essentiellement par là. »

Pour la psychologue de l'ULB, Charline Urbain, il est important de se retrouver dans des milieux comme ceux-là. « La nature est un environnement calme au niveau sensoriel. Il y a des odeurs, des choses à voir, mais dans un niveau de stimulation bien moins hétérogène que ce qu'on pourrait avoir dans d'autres situations d'apprentissage intensif. Ici, les sens peuvent progressivement se concentrer sur des sensations visuelles, tactiles ou olfactives... Les perceptions sont moins vite saturées, ce qui favorise la consolidation ».

Ne pas trop préparer

La vie des enfants est souvent minutée, aujourd'hui. Le parent vit parfois avec cette pression d'être un bon parent qui doit choisir des activités extra-scolaires, être tout le temps dans l'occupation de ses enfants... qui, du coup, n'est plus très souvent confronté à l'ennui. « Or, l'ennui est très important pour comprendre qui on est, nos motivations profondes, comprendre ce que l'on aime sans qu'il n'y ait d'injonctions extérieures, constate Gaël Nassogne. Souvent, l'enfant lit parce qu'on lui dit de lire, il dessine parce qu'on lui dit de dessiner... mais il n'y a plus cette recherche : ‘J'ai du temps devant moi, à quoi vais-je l'occuper ?’ ».

L'exploration libre dans un milieu naturel permet à l'enfant d'identifier lui-même ce qu'il a envie de faire, mais pas seulement. Il peut littéralement mettre ses idées en place. « Idéalement, il faut réaliser des apprentissages non-intensifs pour permettre une consolidation via le repos et le sommeil, développe Charline Urbain. Plutôt que d'avoir des apprentissages intensifs comme on peut le voir la veille de périodes d'examens où il n'y aura pas de consolidation à long terme. Le temps de détente permet la dynamique des apprentissages ».

Évidemment, la théorie est parfois compliquée à appliquer dans la pratique et les lacunes sont parfois importantes à rattraper. C'est pour cela que Maurice Johnson Konyonga n'hésite pas à rappeler qu’« il ne faut pas avoir peur de se tourner vers des professionnels. Ils pourront peut-être mieux identifier les profils d'apprentissages et prendre le temps de sortir du cadre ».

Marie-Laure Mathot

Une maman en parle

Se laisser guider

« Quand on visite un nouveau lieu, je regarde toujours s’il n’y a pas un jeu de piste, un outil pédagogique dédié aux enfants. Comme c’est généralement assez ludique, ça fonctionne bien, même pour les plus grands qui se prennent vite au jeu. Observation, dessin, écriture, logique, maths : c’est un vrai travail scolaire caché sous la découverte ! »
Angelica, maman de trois enfants de 6, 9 et 14 ans