Vie de parent

Le bien-être ensemble

Créer du plaisir, ressentir le bonheur d’être ensemble, fuir les conflits, en somme chercher à équilibrer au mieux son enfant, tout cela fait aussi partie des choses qui nous maintiennent en forme. Et c’est souvent un défi collectif. Comme on ne peut pas donner la recette du bien-vivre, on croit au mode d’emploi sur mesure. Alors, pour clore ce dossier, nous faisons appel à notre expert favori que l’on juge le plus compétent en matière familiale : le parent lui-même.

Le bien-être ensemble

De 6 mois à 2 ans 

« Une famille d’amis »

Aline est la maman de deux enfants de 3 semaines et 2 ans. Elle et son mari forment une famille transnationale (voir pages 26-27), elle est Écossaise, lui est Espagnol. Ils doivent se débrouiller seuls au jour le jour. Seuls, vraiment ?
« Tout est parti de la crèche. Nous avons sympathisé avec quelques parents et, très vite, une bande s’est formée. Du coup, chacun veille sur les petits de la meute. Nous fêtons les anniversaires ensemble, gardons les mômes des autres quand ils sont malades, nous pouvons appeler à la dernière minute en cas de besoin. Nous avons reconstitué une grande famille. Elle ne remplacera jamais celle du sang, mais elle est tellement importante. Quand je rentre dans mon pays ou celui de mon mari, cette clique amicale me manque vraiment. Je me demande ce qu’ils font, comment vont les enfants, quels progrès font-ils ? Quel bonheur de se dire que l’on s’appuie les uns les autres à l’heure où tout le monde parle d’individualisme. Il suffit juste d’oser faire le premier pas, de s’intéresser vraiment aux individus que l’on a en face et de parler d’autre chose que de soi. »

De 3 à 6 ans 

« On crée nos solutions en bande »

Estelle vit seule avec son fils Eliott, 5 ans. Elle déjoue les pièges d’un quotidien monoparental contraignant. Son atout ? L’autre. Sans jamais en abuser.
« Je déteste l’idée que demander un service soit considéré comme de la faiblesse, de l’assistanat ou de l’abus. S’appuyer sur ses amis, sur sa famille et savoir demander de l’aide, c’est précieux. Et c’est souvent dans l’intérêt de son enfant. Je ne parle pas de confier son môme tous les soirs pour sortir draguer des mecs. Mais bien de se simplifier la vie dans les petits détails. Par exemple, je suis au boulot, j’ai cinq minutes pour sauter dans le train. Plutôt que de courir et d’être en panique, j’appelle une amie pour qu’elle vienne chercher mon fils. Je dois aller chez le médecin en urgence, je ne vais pas y aller avec Eliott, j’envoie une fusée de détresse pour savoir qui veut bien m’aider. Évidemment, il faut appliquer le principe secret du ‘prêté pour un rendu’. Normal. Chacun tient ses comptes. Ça crée une dynamique : ‘Tu as dormi chez Lucas, à notre tour de l’inviter’ ou ‘Vous avez conduit les petits au sport, c’est moi qui les emmène mercredi’. J’aime bien l’idée que la famille déborde. Par exemple, quand les petits d’amis m’appellent ‘tata’, je trouve ça super. Voilà notre réponse de citoyens à la morosité ambiante, à la crise morale qui se veut paralysante. On trouve les solutions, on se réinvente en tant que parents, en tant que clans. Vous savez ce qu’il en ressort comme impression ? On est libres, complètement libres. »

De 6 à 11 ans

« Leur bien-être ? Nous leur avons demandé »

Une idée efficace est parfois toute bête. Hervé, papa de trois enfants de 5, 8 et 10 ans, raconte l’excellente initiative collective qu’ils ont eu, ses amis et lui.
« Nous nous retrouvons généralement le dimanche avec toute une bande d’amis, dont les enfants ont sensiblement le même âge. Nous leur avons demandé un jour, au cours d’un repas, quel était le sens du bien-être pour eux. Nous pensions qu’ils allaient nous parler de choses hyper-matérialistes. Mais ils nous ont dressé toute une liste étonnante. Ils ont commencé par nous expliquer que cela avait trait à tout ce qui vient sans faire d’effort. Leur vision du confort, quoi. Ensuite, ils nous ont expliqué qu’être vraiment bien, c’est trouver sa place dans une bande de potes à l’école. Ils nous ont dit qu’être à l’aise, c’est aussi avoir une idée de ce qu’ils deviendront quand ils seront grands, c’est hyper-important pour eux. Et qu’enfin, ils aiment avoir le droit de dire ce qu’ils pensent et pouvoir parler librement à table le soir en famille ou en classe. Nous étions tous épatés de toute cette innocente franchise et de ces belles explications. Nous en avons conclu qu’en gros, ce qu’ils aiment par-dessus tout, c’est se raconter. Ce qui est un peu le cas à chaque âge, non ? »

De 12 à 15 ans et +

« Il suffit juste de s’y mettre »

Aleyna élève ses deux filles de 13 et 16 ans dans l’unité familiale d’abord, puis dans la prise de conscience collective, essentielle selon elle à l’épanouissement des grands enfants.
« J’ai une double culture. Je suis Wallonne avant tout, mais je ne peux nier mes racines turques. Mes enfants sont 100 % de culture belge. Seulement, je refuse qu’ils grandissent égoïstement, loin des soucis quotidiens que vit notre famille dans l’est de la Turquie. Alors, j’en fais des militants. Nos activités extrascolaires, c’est aussi aller servir de la soupe aux plus démunis, aider des personnes âgées, intégrer les primo-arrivants. Ça fait très gaucho, mais je ne peux vivre autrement et je veux que mes enfants connaissent ça, ils en feront ce qu’ils voudront après. Je crois que ça les équilibre. Par exemple, ils sont très frappés par les prises de position radicales de leurs camarades qui tiennent de grands discours nourris par des idées infectes prises sur internet. Mon aîné a réagi très intelligemment. Il a invité les plus radicaux à rencontrer des victimes de conflits et des réfugiés politiques. J’ai discuté avec ses copains qui m’ont avoué que ça leur avait fait du bien. Ce que je dis à mes enfants, c’est qu’il suffit de s’y mettre. Je suis peut-être considérée par beaucoup comme une gentille cucul. Très bien. Que font ceux qui me jugent pour la bonne marche du monde ? Pourquoi n’essaieraient-ils pas de sortir le nez de chez eux et d’aller à la rencontre des réalités de notre société ? Je crois au bien-être par l’engagement. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

À lire

Pour découvrir plein de petits trucs très pratiques, mieux vivre ensemble et éduquer vos petits autour de valeurs citoyennes, retrouvez notre dossier Comment donner envie à nos enfants de partager.

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