Le burn-out maternel, oui, ça existe

Le baromètre Ligue nous apprend que plus de 2 parents sur 10 ont le sentiment de souffrir de burn-out. 22 % ressentent une pression tellement forte qu’ils en viennent à vouloir tout abandonner. 79 % des mères se plaignent d’une grande fatigue et 66 % d’un grand stress contre 73 % et 61 % des parents tous genres confondus. Difficile de comprendre ce phénomène tant il a été tu. On vous dit tout, sous l’œil expert de la psychologue Violaine Gueritault.

Le burn-out maternel, oui, ça existe

La psychologue Violaine Gueritault est la première à avoir utilisé le terme de « burn-out » pour décrire l’épuisement maternel. « Ce concept avait été uniquement décrit et validé scientifiquement dans le contexte professionnel, explique-elle. J’ai pris ces facteurs et j’ai découvert qu’ils s’appliquaient parfaitement à l’expérience de la mère. »
Selon cette spécialiste, on peut comparer le rythme de vie d’une mère à celui d'un cadre débordé. « La maternité est un poste à haut niveau de responsabilité. Il faut être disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an », illustre-t-elle. En plus, c'est souvent une situation dans laquelle la mère reçoit peu de reconnaissance extérieure pour ce qu'elle fait. Être mère de famille, s’occuper de ses enfants, est souvent perçu comme quelque chose de naturel. Tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas s’imaginer que ça peut être très stressant.
Phénomène réel, le burn-out maternel touche de plus en plus de mères, submergées par une fatigue dont elles ne parviennent pas à se remettre. À l’image de certains salariés, ces mères cherchent à concrétiser le fantasme de la perfection et y consument littéralement toute leur énergie, physique, mais aussi psychique.

La maternité idéalisée

Maryse Vaillant, psychologue et auteur du livre Être mère, mission impossible ?, explique : « Aujourd’hui, la working girl ne fait plus rêver. Les espérances féminines au niveau de l’emploi reculent et la maternité semble être le seul domaine dans lequel les femmes peuvent encore s’accomplir pleinement. La nécessité de réussir se déplace de la sphère professionnelle à la sphère familiale ». Ainsi, poussées par la société et par des normes personnelles d’une grande exigence, les femmes s’efforcent de vouloir être des mères parfaites.
D’après Cécile Croquin, présidente de l’association Maman blues, la société a aussi sa part de responsabilité : « On nous présente la maternité comme un paradis dans lequel les femmes ne peuvent que s’accomplir. La découverte de la réalité est parfois violente ». Dès les premiers mois et le premier enfant pour certaines, plus tard pour d’autres, la fatigue peut vite se faire ressentir. Les moments de doutes, de questionnements s’accumulent. « Les mères n’osent pas avouer leur mal-être et se mettent à culpabiliser. »
« Une maman en burn-out est confrontée à de grandes difficultés, explique Maryse Vaillant dans son livre Être mère, mission impossible. Car plus elle cherche à tout réussir, plus tout lui échappe. Elle a alors l’impression de n’avoir assez de temps pour personne : ni pour elle, ni pour ses enfants, ni pour son couple. De ne pas s’en sortir. De courir en permanence. Y compris en vacances. Elle se sent incomprise, mal aidée, peu soutenue… Mais estime paradoxalement que la charge de maternage lui incombe sans partage. Elle n’arrive pas à déléguer et se retrouve forcément dans l’impasse, et en souffre. »

Briser le tabou

Longtemps tabou, le syndrome de l’épuisement maternel sort aujourd’hui de l’ombre grâce aux témoignages courageux de mamans. Pas facile, en effet, d’avouer qu’on puisse penser, même un quart de seconde, à jeter son enfant par la fenêtre. Ou de vouloir faire ses bagages et s’enfuir le plus loin possible. « L’épuisement maternel, c’est le grand secret des femmes, commente Cécile Croquin. Elles parlent peu de cette fatigue maternelle, de cette difficulté à être mère parce qu’elles ressentent cet épuisement comme un échec. »
Comme s’il fallait être à la hauteur d’un challenge difficile, mais relevé depuis la nuit des temps par toutes les mères. De plus, avec l’avènement de la contraception, on peut désormais décider d’avoir un enfant ou non. Et pour beaucoup, si l’on choisit d’en avoir un, il ne faut pas se plaindre après. Or, il est tout à fait normal d’être fatiguée, épuisée. Toutes les mères passent par là.
Violaine Gueritault met en garde : « Dans des cas extrêmes, le burn-out maternel peut devenir dangereux pour la maman (dépression, idées suicidaires…), mais aussi pour l’enfant (maltraitance physique, émotionnelle et verbale). Ces seuils sont atteints lorsque la situation de crise est présente depuis déjà un bon moment et que les ressources émotionnelles et physiques de la mère sont de plus en plus faibles. »
Pourtant, bien souvent, personne ne perçoit les signaux de détresse que la mère envoie. C’est à elle seule de sortir la tête de l’eau au moment où elle se sent prête. Le déclic ? Il a souvent lieu lorsque la maman prend conscience du cycle infernal dans lequel elle est engagée. Une énième fessée, une colère plus forte que les autres ou simplement une envie irrépressible de tout quitter…

S’en sortir, c’est possible

Pour une maman épuisée, l'important est avant tout d'abandonner le fantasme de vouloir être une mère parfaite. Les mamans doivent comprendre et accepter que le mythe de la mère parfaite est seulement un mythe et qu’il est totalement irréaliste. « Les mamans devraient s’efforcer de faire une liste de toutes les choses formidables qu’elles accomplissent au quotidien et qui passent malheureusement inaperçues aux yeux de beaucoup, y compris à leurs propres yeux », souligne Violaine Gueritault.
Ensuite, elles doivent apprendre à demander de l’aide. Selon la psychologue, les mères commettent souvent l’erreur de vouloir tout faire elles-mêmes. Pourtant, elles ne sont pas indispensables. En tout cas, jamais 24 heures sur 24. Il est essentiel d’avoir du temps pour soi, un temps pendant lequel l’enfant est sous la responsabilité d’une autre personne. Il faut essayer de prendre du plaisir sans ses enfants, de décrocher.
Pour Maryse Vaillant, le premier des traitements reste le dialogue. « Le fait d’avoir des pensées négatives envers son enfant, l’envie de s’en débarrasser, est très culpabilisant si l’on n’a personne à qui en parler, personne qui puisse nous dire : ‘À moi aussi, ça m’arrive, ça nous arrive à toutes’. Si la seule représentation que l’on a est celle de cette mère parfaite que l’on fantasme, on se pense monstrueuse, anormale. Alors que toutes les mères vivent ce genre de pensées violentes. Et ce n’est pas parce qu’elles le pensent qu’elles vont passer à l’acte. »

Exit la culpabilité

Il est très difficile, voire impossible, pour une maman de guérir d’un burn-out maternel toute seule. Sortir de l’isolement, être écoutée (et comprise) de façon bienveillante peut faire toute la différence. Par ailleurs, si une dépression est présente, il faut que la mère soit réactive et demande de l’aide auprès d’un médecin, mais aussi d’un thérapeute à qui elle pourra se confier sans crainte d’être jugée. Un soutien psychologique est essentiel dans ce cas pour faire le point et surtout pour couper court à la culpabilisation galopante que ressentent beaucoup de mères et qui les paralyse et les enfonce dans leur isolement.
Et Maryse Vaillant de conclure : « Plus encore que les mères, c’est leur entourage qui doit être très attentif. Une femme un peu isolée, qui s’occupe beaucoup de son/ses enfant(s), a besoin d’être soutenue. Et il ne faut jamais prendre ses difficultés à la légère. Avis aux pères : même si elle veut tout faire seule, aidez votre femme, soulagez-la, partagez. »

Gaëlle Hoogstein

Les symptômes qui doivent vous alerter

Comme dans le travail, le burn-out maternel ne se produit pas du jour au lendemain, sa progression est lente et sournoise. Nuits hachées, cris des enfants, responsabilités quotidiennes... sont autant de contraintes qui se répètent inlassablement et provoquent à la longue chez la mère un épuisement psychologique et physique. Viennent alors troubles du sommeil, de l’alimentation, de l’humeur, dépression, consommation excessive d’alcool ou de médicaments…

Quand s'inquièter ?

Dans la majorité des cas, c’est la fatigue qui frappe en premier. Puis le quotidien devient mécanique, les gestes sont répétés machinalement, surtout ceux à destination des enfants. Pour essayer d’économiser ses forces, la mère prend ses distances, notamment sur le plan affectif. Mais très vite, cet état second la ronge. Elle réalise qu’elle s’éloigne chaque jour un peu plus de ce rôle de mère parfaite qu’elle cherchait pourtant à atteindre. Elle se dénigre, se déconsidère, perd confiance.

Toutes égales face au burn-out ?

Ce phénomène insidieux touche aussi bien les femmes qui travaillent que celles qui sont au foyer. En effet, chacune des deux situations apporte son lot spécifique de stress supplémentaire. Ainsi, les mères au foyer souffrent d'un manque de reconnaissance, d'une impression d'être transparentes et insignifiantes. Les femmes qui travaillent, quant à elles, dépensent beaucoup d'énergie à concilier leurs obligations familiales et professionnelles. Et, bien souvent, le résultat obtenu est insatisfaisant. Les mamans solos sont en tête de liste, car elles n’ont jamais aucun répit, devant gérer le quotidien quels que soient les problèmes qu’elles rencontrent.

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