16/18 ans

Le cannabis a toujours la cote
chez les ados

En vidant les poches de son pantalon pour lancer une machine, en faisant le ménage dans sa chambre ou au retour d’une soirée, vous avez découvert que votre ado fumait des joints. Vous tombez un peu des nues… À son âge, déjà ? Eh oui, la consommation de cannabis est de plus en plus précoce et banalisée chez les ados. Nos conseils pour prévenir et réagir.

Le cannabis a toujours la cote chez les ados

Des ados qui fument du cannabis, Patrick Spapen, psychologue à la Cannabis Clinic de l’Hôpital Brugmann, en rencontre tous les jours. « La majorité d’entre eux est là car leurs parents ont découvert qu’ils fumaient. Certains parce qu’ils reconnaissent que leur consommation est devenue problématique, mais ce sont alors plutôt des grands ados, voire de jeunes adultes », introduit le psychologue.
Actuellement, aucun chiffre n’existe sur la consommation de cannabis chez les jeunes en Belgique. Toutefois, selon une étude menée en 2018 par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, près de 50 % des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté le cannabis et 9 % seraient des consommateurs réguliers.
Parmi les fumeurs de cannabis, on retrouve plus de garçons que de filles et de plus en plus d’ados fument leur premier joint vers 13-14 ans. D’après cette même enquête, le cannabis serait d’ailleurs considéré par les jeunes comme moins nocif pour la santé que le tabac ou l’alcool. Certains le considèrent même comme un produit bio…

Les signes qui peuvent vous alerter

Plus nos enfants grandissent, plus une partie de leur vie nous échappe. C’est particulièrement vrai à l’adolescence où la majorité des ados veut s’émanciper de ses parents et se sent plus proche de ses amis que de sa famille. Difficile alors de savoir tout ce qui se passe en dehors de la maison.
Concernant la consommation de cannabis, plusieurs signes peuvent toutefois attirer votre attention. « Il y a des signes de base, comme les yeux rouges, l’odeur, un certain manque d’énergie et de motivation, une plus grande agressivité, des problèmes de mémoire à court terme ou encore une demande plus soutenue d’argent de poche, explique Patrick Spapen. Si l’ado consomme beaucoup de cannabis, on peut alors assister à une chute des résultats scolaires, à l’abandon d’activités de loisirs, à un isolement ou même à du vol car, consommé régulièrement, le cannabis peut vite devenir cher pour des jeunes sans revenus ».
Toutefois, pour Patrick Spapen, ces signes doivent être analysés avec précaution. Ce n’est pas parce que votre ado se replie sur lui-même ou a un mauvais bulletin qu’il faut tout de suite imaginer qu’il consomme du cannabis. « En effet, l’adolescence est une période de transformations durant laquelle on peut observer tous ces changements ». Par ailleurs, la prévention chez les adolescents est très complexe, notamment parce que les jeunes pensent qu’ils sont un peu immortels, que rien ne peut leur arriver. Pour l’ado, la meilleure prévention contre les drogues en général est d’être attentif à son bien-être. « Si votre ado se sent bien dans sa peau, dans sa famille, à l’école… il court moins de risques de devenir dépendant d’un produit », souligne le professionnel.

Pourquoi fument-ils ?

« Pour beaucoup d’ados, fumer un joint est un rite de passage vers l’âge adulte, tout comme la découverte du tabac et de l’alcool », commente Patrick Spapen. Son conseil aux parents : relativiser. « L’expérimentation en soi n’est pas un problème. Ce qu’il faut, c’est essayer de déterminer quel type de consommation a votre ado. Est-ce une consommation récréative (en soirée, avec ses amis et de façon occasionnelle) sans conséquence sur la vie courante ou une consommation problématique ? La plupart des gens arrêtent spontanément leur consommation récréative lorsqu’ils finissent leurs études, commencent à travailler ou fondent une famille ».
Pour l’expert, la consommation devient problématique quand l’ado consomme malgré les conséquences que cela a sur sa vie (il a du mal à se lever le matin, arrive en retard à l’école, a des difficultés à se concentrer en cours, etc.). Ou encore si l’adolescent développe une dépendance. En effet, si l’overdose de cannabis n’existe pas, l’accoutumance peut rapidement devenir un vrai problème. Avec le temps, le cannabis fait de moins en moins d’effet et il faut consommer de plus grandes quantités pour retrouver les sensations premières. Et arrêter n’est pas si facile.
« Certaines personnes qui fument tous les jours déclarent ne pas du tout se sentir défoncées, mais ont des symptômes dus au manque très important si elles arrêtent. On peut être nerveux, déprimé, agressif, avoir des insomnies ou des sueurs », explique le psychologue. Parmi les jeunes souffrant d’accoutumance, seuls 15 % d’entre eux arriveront à arrêter à l’âge adulte si aucune aide n’est proposée. Cette aide nécessite l’implication de la famille.

Help, il fume !

Vous avez découvert que votre ado fumait des joints ? Surprise, colère, déception, fatalisme… selon votre vécu et vos valeurs, vos réactions peuvent être très différentes. Pour savoir comment réagir, la première question à vous poser est celle de la relation que vous avez avec votre ado. Êtes-vous dans une relation franche et ouverte ? Vous faites-vous confiance ? Savez-vous « en gros » ce qui se passe dans la vie de votre ado ? Si la relation avec votre ado est bonne, le mieux est d’en parler ouvertement.
Patrick Spapen explique en effet qu’un ado qui commence à fumer va vivre une phase « lune de miel ». Il se sent détendu, relax, a de nouvelles sensations, voit les choses différemment, il rigole, c’est amusant. « Il a l’impression que le cannabis est bon pour lui. Aller à l’encontre de cela avec des arguments comme ‘Le cannabis, ce n’est pas bon pour la santé’, ça ne va servir à rien. Il risque même de contre-argumenter par exemple en mettant en avant les vertus thérapeutiques du cannabis. Souvent les adolescents sont plus informés sur le cannabis que les parents ».
Le psychologue conseille plutôt aux parents d’essayer d’en discuter calmement et ouvertement. « Demandez à votre ado ce que cela lui procure comme sensation, s’il fume seul ou avec d’autres, à quel moment de la journée… sans être intrusif ni agressif ». L’objectif est de réussir à ouvrir le dialogue et pouvoir discuter alors des risques associés à la consommation et des précautions à prendre.
Bien sûr, on ne dit pas que c’est facile. « Un parent qui a lui-même été un consommateur festif dans sa jeunesse aura peut-être plus de facilités à en discuter avec son ado qu’un parent qui a connu des problématiques d’addiction dans son entourage », commente Patrick Spapen.

Comment le pousser à arrêter ?

« Réagir en disant ‘Je veux que tu arrêtes de fumer’ - même si sur le fond, c’est ce que vous aimeriez - n’est pas forcément la bonne réaction, souligne l’expert. De toute façon, vous n’avez pas vraiment de pouvoir sur cela. Vous courez même au contraire le risque que votre ado commence à vous mentir pour éviter le conflit. Il s’éloigne alors de plus en plus de vous, peut finir par se sentir très seul, exclu de la famille et fumer davantage pour se déconnecter de ses sensations négatives. »
Certains jeunes arrivent par eux-mêmes à se rendre compte des effets négatifs du cannabis sur leur vie, mais souvent ce sont les proches qui le poussent (voire le forcent) à chercher de l’aide. « Il faut essayer d’ouvrir les yeux au jeune, mais dans une optique constructive ». C’est quand l’ado réussira à mettre en balance les avantages et les inconvénients qu’il arrivera à arrêter. D’autres problèmes peuvent aussi se cacher derrière la consommation de cannabis : difficultés scolaires, problèmes familiaux, anxiété, dépression… « En discuter permet de déterminer les attentes de chacun et de voir comment on peut faire pour qu’elles se rencontrent », conclut Patrick Spapen.

Gaëlle Hoogsteyn

En savoir +

Vous vous posez des questions sur le cannabis ? Voici quelques sites utiles :

À lire

L’herbe bleue (Pocket Jeunesse), le journal d’une jeune fille de 15 ans qui glisse inexorablement vers la toxicomanie.

Les parents en parlent...

Surveillance bienveillante

Je soupçonne mon fils – sans certitude toutefois – de fumer occasionnellement des joints avec ses copains. Tout comme je suppose qu’il boit quelques verres en soirée et a déjà sûrement testé la cigarette. Bien sûr, j’aimerais mieux me tromper, mais tant que je ne découvre pas qu’il est accro ou fume des joints avant d’aller à l’école, je laisse jeunesse se passer.
Véronique, un ado de 16 ans 

Sujet tabou

J’espère ne jamais devoir avoir ce genre de discussion avec ma fille. Moi-même, je n’ai jamais fumé, ni pris aucune drogue, et cela ne m’a pas empêchée de m’amuser dans ma jeunesse. Je serais sans aucun doute très déçue et fâchée. Je ne suis pas du tout ouverte sur le sujet et je n’arriverais pas à en parler sereinement.
Marielle, une fille de 15 ans

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