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Le cododo : pour mieux passer les premières nuits

Pratique décriée par une majorité de spécialistes, recommandée par certains parents, mamans en tête, le cododo suscite la polémique. Faut-il ou non l’adopter? Cette question ne se pose guère au cœur de la nuit, quand votre tout-petit pleure sans relâche. Vous le prenez alors tout contre vous… Question de survie !

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Cododo, cosleeping, bedsharing, autant de termes utilisés pour parler du sommeil partagé avec bébé.

Un sommeil particulier

Le nourrisson a des cycles de sommeil beaucoup plus courts que les nôtres : 50 minutes contre 90 minutes. Ils s’allongeront peu à peu jusqu'à l’adolescence. En phase de sommeil paradoxal, notre réveil est difficile alors qu’il est facile chez le tout-petit qui se réveille très souvent au cours de la nuit. D’où ces allers-retours pour tenter de le rendormir entre sa chambre et la vôtre, entre vos bras et ceux de l’autre parent.
Certains parents font le choix de laisser pleurer l’enfant pendant quelques nuits afin qu’il « apprenne » à dormir sans se réveiller. Cette méthode est-elle efficace ? Si vous êtes de ces parents-là, racontez-nous votre expérience. D’autres papas et mamans, épuisés, prennent leur petit dans leur lit.
Isabelle à mit un peu de temps avant de se décider à prendre Julius dans son lit sans culpabiliser : « Je l’écoutais pleurer dans son berceau derrière le mur de notre chambre. Impossible de rester indifférente à sa détresse, mais il fallait que je tienne bon. C’était nécessaire, m’avait-on dit, pour qu’il apprenne à dormir et à respecter le sommeil de ses parents. Parfois, n’y tenant plus, je prenais Julius tout contre moi et au creux de mon lit, il s’endormait rapidement. Mais là aussi, impossible de m’endormir tant la culpabilité m’envahissait. J’étais une mauvaise mère ! Tout le monde me condamnerait d’avoir cédé à ses ‘caprices’. Si bien que désemparée je restais éveillée, ne sachant plus quoi faire. »
Dans nos pays, il n’est pas courant de partager son sommeil avec celui de son enfant. Et si des parents le font, ils n’en parlent pas trop. Pourtant, d’autres cultures le font de façon tout à fait naturelle, la proximité mère-enfant (ou père-enfant) allant de soi. Au Japon, les enfants dorment traditionnellement avec leur mère jusqu’à l’âge de 3 ans. En Océanie, en Afrique, en Chine, le cododo est la norme. Dans son livre intitulé Dormir avec son bébé (Éd. L’Harmattan) Nathalie Roques dit : « Il est dans nos pays une problématique du sommeil de l’enfant qui n’existe pas dans le reste du monde… où le sommeil de bébé n’est tout simplement pas vécu comme un problème. »

Le cododo en pratique

Dormir avec son enfant ne veut pas systématiquement dire dormir dans le même lit, même si c’est, sans aucun doute, la forme de sommeil partagé la plus évidente. Différentes formes de cododo sont pratiquées.

  1. Le lit « side-car » : il se place tout contre le lit de papa et maman et est ouvert sur le côté. C’est un bon compromis entre le bébé dans le lit de ses parents et le bébé dans son propre berceau. À chacun son espace, mais le passage de l’un à l’autre est très facile ce qui permet une grande souplesse au cours de la nuit. Maman ne doit plus se lever pour allaiter et peut replacer facilement son petit après chaque tétée (en vente dans les magasins de matériel de puériculture).
  2. Les matelas ou futons par terre : une formule qui évite tout risque de chutes éventuelles. Les solutions sont multiples et variées, elles peuvent se succéder, voire se compléter dans le temps, le but étant de s’adapter à son enfant et à son évolution, tout en douceur.
  3. Certains pédiatres proposent, en lieu et place du lit partagé, une solution moins radicale : le berceau dans la chambre des parents pendant la première année de la vie. Une solution qui aurait un effet rassurant sur l’enfant et sur les parents.

Jusqu'à quel âge

Sans doute, le cododo durera-t-il le temps de l’allaitement ou, en tout cas, ses premiers mois. Il est cependant important que vous soyez attentif au moindre désir d’autonomie de votre petit et à son envie d’avoir son lit et son propre espace à lui. Il ne faut surtout pas qu’il se sente obligé de rester avec ses parents. Profitez-en pour lui manifester votre enthousiasme et peut-être prévoir une sortie en famille afin de lui acheter un nouveau « lit pour grand » qu’il choisira lui-même.
Christine se souvient : « Un jour, Lola, a exprimé le désir d’avoir son propre lit. Alors, on a décidé d’en faire un évènement et d’y consacrer tout notre samedi. On est partis pour acheter son lit et au retour, on s’y est tous mis pour le monter. Une fois qu’il a été terminé, Lola a voulu l’essayer, visiblement très fière de cette promotion de ‘grande fille’. L’après-midi, tournée des papys et des mamys qui sont venus voir l’objet ! Depuis lors, Lola adore dormir dans sa chambre et se choisit de nouveaux draps souvent roses et pleins de jolies fleurs… »
S’il arrive qu’après avoir commencé à faire ses nuits « chez lui », votre petit vous redemande de dormir dans votre lit, soyez souple, laissez-le faire. Ne pensez pas qu’il régresse : il a juste besoin de temps pour s’acclimater à cette nouvelle situation, même s’il l’a choisie tout seul.

Préparer l’après cododo

Il est bon de lui apprendre à dormir seul en le mettant dans sa chambre pour les siestes, en n’utilisant jamais le lit comme punition, en associant la chambre à des moments agréables de jeu, de lecture ou de câlins. L’amener peu à peu à aimer sa chambre puis son lit, autant de facteurs qui l’aideront à prendre son indépendance et son envol vers l’autonomie.

Et votre couple dans tout ça ?

Comment s’aimer et continuer à former un couple si votre petit est dans le lit avec vous ? Les adeptes du cododo vous diront que leur sexualité s’exprime ailleurs et à d’autres moments. « Ce n’est pas plus mal, on devient plus créatifs et surtout on continue à s’aimer autrement que dans le lit ». La situation est plus complexe si elle est subie par l’un ou l’autre parent. Dans ce cas de figure, il est plus sain que le parent qui se sent mal à l’aise dise clairement qu’il refuse de subir cette situation. Tolérer la présence de bébé dans son lit en espérant qu’elle n’aura qu’un temps, attendre de revenir à une situation « normale », n’est pas une solution. Il est bien évident que pour que cela fonctionne sans stress et dans la sérénité, le couple doit s’être mis d’accord et accepter ensemble l’aventure du partage.

Karin Mantovani

AUTANT SAVOIR

Pour co-dormir en toute sécurité

  • Assurez-vous que votre bébé ne peut pas tomber du lit « side-car » ou se retrouver coincé entre le matelas et le mur.
  • Si le matelas est par terre, il doit être ferme et plat ; les matelas d’eau, trop mous ou défoncés ne sont pas adaptés.
  • La pièce ne doit pas être surchauffée : 16 à 18° est la température idéale.
  • N’habillez pas trop votre bébé, il ne devrait pas porter plus de vêtements que vous n’en portez vous-même dans le lit.
  • Votre compagnon doit savoir que le bébé est dans le lit.
  • Ne laissez pas les animaux de compagnie partager le lit avec votre enfant.
  • Si vous avez consommé de l’alcool, pris de la drogue ou des médicaments qui affectent votre attention, ou si vous êtes anormalement fatiguée, ne dormez pas avec votre petit. Vous risquez de ne pas être dans les conditions optimales pour répondre à ses besoins éventuels ou à une situation inédite.

POINT DE VUE

MIreille Pauluis, psychologue

Il y a pas mal d'avantages au cododo durant les toutes premières semaines :

  • C'est pratique et moelleux.  
  • C'est plus sécurisant tant pour la mère que pour le bébé. Elle l'entend plus vite sans devoir tendre l'oreille et lui répond rapidement. Le nouveau-né ne sait en effet pas que la sensation de détresse où il se trouve va s'apaiser, qu'il ait froid, faim, besoin d'être bercé… Tout est angoisse pour lui.
  • on observe que, en cododo, le bébé passe beaucoup plus vite ses nuits.

Mais, cela n'est vrai, répétons-le, que les tout premiers mois. Le temps qu’il s’habitue à la perte du ventre chaud et bruyant de sa mère pour s’adapter à une chambre silencieuse… Si le cododo dure trop longtemps, ce n'est bon ni pour le bébé, ni pour la maman, ni pour le couple.

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