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Le congé parental, côté père,
côté mère…

Le congé parental offre la possibilité à chaque parent de s’occuper davantage de son ou ses enfants tout en conservant son emploi. Si jusqu'ici, la formule était surtout largement répandue chez les mamans, les papas sont de plus en plus nombreux à y adhérer. Assouplissement de la loi ou volonté de se consacrer aux siens, peu importe les causes: ils représentent aujourd’hui un quart des personnes en crédit-temps. Comment cela se passe-t-il au quotidien ? Comment s'organise cette nouvelle vie ? Plein feux sur le quotidien d'un homme et d'une femme qui ont permis à leur famille de s'aménager cette parenthèse.

Le congé parental, côté père, côté mère…

DIDIER, 33 ANS, BRUXELLOIS, PAPA D’UNE PETITE DE 3 ANS ET DEMI

Didier est arrivé à un moment de sa carrière où les doutes et les priorités s'entrechoquent. Ce n'est pas précisément le burn-out du quotidien qui a poussé Didier à doper les rangs des nouveaux pères qui mettent leur carrière en veille pour se consacrer à leur famille, mais plutôt le rythme très particulier de son travail. Salarié dans le secteur culturel, le jeune homme mène plusieurs chantiers d'envergure européenne de front. Ceci implique des voyages à l'étranger plusieurs fois par mois, loin des siens. « Cette idée de rencontres et de déplacements professionnels à travers l'Europe m'enthousiasmait énormément lorsque j'ai commencé mes fonctions » confie-t-il. Mais le ras-le-bol de la répétition et la fatigue accumulée finissent par le lasser. « Ma compagne travaille à mi-temps à Paris, et nous avons eu peur à un moment que toutes ces irrégularités affectent notre petite fille. Cependant, nous sommes absolument contre toute forme de routine », précise-t-il avec un brin d'humour.

Le nez dans le guidon

La suite du programme commence à s’obscurcir pour Didier. Il est temps de penser à une solution de repli. L'espace d'un instant, il songe tout simplement à remettre sa démission et trouver très rapidement un travail aux bénéfices plus avantageux pour toute la famille. Mais très vite, c'est la solution du congé parental qui lui paraît la plus logique. « Je prends le temps de me poser les vraies questions, sans avoir le nez dans le guidon ». Pour le jeune homme, l'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale est fondamental. Ce tournant professionnel, Didier l'envisage sereinement. «  Les bénéfices sont palpables pour tous. Il me semble absolument constructif de prendre ce temps pour ma famille. Je vois ma fille grandir, je participe aux étapes importantes de son évolution et pour rien au monde, je n’aurais voulu passer à côté ». Le regard des autres ? Le jeune homme s'en fiche. « Mes collègues et employeurs ont toujours su où se situaient mes priorités, je ne me pose pas les questions en ces termes-là. Les exemples de jeunes pères investis sont tellement nombreux dans mon entourage qu'il s'agit d'une vraie norme pour moi aujourd'hui ».

La parenthèse enchantée

Didier nous le confirme : « Congé parental ne rime pas avec vacances. Vivre au rythme de son enfant, se consacrer à son foyer, relève parfois de la tâche ardue, les recruteurs devraient le prendre en compte. Une personne qui a mis sa carrière entre parenthèses n'est pas restée sans rien faire. Au contraire, elle développe des aptitudes capitales pour la vie en entreprise ». Pour l'heure le jeune homme profite de ses brefs instants de calme entre activités scolaires, jeux dans les parcs et sorties culturelles avec sa fille pour se consacrer à la suite et remodeler son parcours professionnel : « Je suis vraiment heureux et cette parenthèse enchantée m'apporte tout ce que j'en attendais, et plus encore. Comme beaucoup de personnes qui ont eu le courage ou la possibilité de le faire, j'estime que chaque père devrait s'accorder ce répit, pour son propre équilibre et la bonne santé de sa famille ».

NADINE, 38 ANS, MAMAN DE LUCIA ET JOACHIM

« J'ai testé une formule différente pour mon petit garçon Joachim et ma petite fille Lucia ». Pour la naissance de son aîné, cette coordinatrice de projet dans une ONG internationale comptait tout mener de front. « Je voulais être une super-maman, une super-épouse et une super-working girl », analyse-t-elle. Elle opte donc pour la réduction de 1/5e temps de son activité professionnelle pendant cinq mois. « Je ne savais pas où je mettais les pieds, et je voulais lui consacrer une journée par semaine pour que les moments hors de la maison ne paraissent pas trop longs à Joachim et nous permettent de nous octroyer une coupure à lui et à moi ». De concert avec la crèche et son employeur, elle alterne alors les journées de pause dans la semaine, tantôt le mercredi, tantôt le vendredi. Était-ce la bonne formule à adopter ?

Burn-out

Très vite, la jeune maman s'éparpille. « Je me suis très vite rendu compte qu'il ne s'agissait pas d'un vrai break ». Nadine n'a pas perçu cette parenthèse comme une réduction concrète de la charge de travail. Pire encore, elle se colle des pressions gigantesques et travaille comme une personne à plein temps. « J'emportais des dossiers à la maison, je cumulais les heures supplémentaires, je n'arrivais pas à profiter de la rupture professionnelle lorsque je passais du temps avec mon fils. Au final, j'en suis ressortie crevée ». Le résultat est sans appel, à la fin de ces cinq mois vécus sur un rythme effréné, Nadine doit s’arrêter pour cause de burn-out. « Je n'en pouvais plus », conclut-elle, tout en précisant cependant qu'elle ne regrette rien de cette période et que chaque instant passé avec son fils fut précieux.

« Vous allez être neuneu ! »

Avec le recul, Nadine reconnaît qu'elle a manqué de préparation. « À cette époque, j'étais obsédée par l'idée de ne pas sacrifier ma carrière. J'ai foncé tête baissée, il fallait que je me prouve que je pouvais jouer sur tous les tableaux ». Selon la mère de famille, il y a un manque d'information primordial. « On ne dit pas assez aux jeunes mamans qu'il faut se ménager et que la reprise du boulot est à la fois déchirante et exténuante. Mon médecin m'avait pourtant mise en garde : ‘Vous allez être neuneu’, m'a t-il dit. En effet, de retour dans le monde de l'entreprise, on ne comprend rien à ce qui nous arrive. Avec la fatigue, l'allaitement en prime, nous sommes beaucoup moins alertes, nous nous laissons déborder, il faut l'accepter. »

Changement de formule

Fort de cette expérience, Nadine ne commettra pas deux fois la même erreur pour l'arrivée de Lucia. « J'avais parfaitement conscience qu'un deuxième enfant est une charge supplémentaire très lourde à gérer ». Cette fois, la maman change son fusil d'épaule, elle opte pour un congé de trois mois. « Cette fois, tout s'est merveilleusement bien déroulé : ma fille a pris la place de mon fils à la crèche, l'été qui se profilait, la rentrée sans accroc... le bonheur ». Nadine trouve dans cette formule, son véritable rythme. Mais n'est-ce qu'une question de durée de congé ? « Le changement qui s'est opéré est avant tout psychologique, j'ai décidé de donner la priorité aux enfants et de vraiment mettre en suspens le reste ». Nadine reprendra le travail de façon beaucoup plus décontractée.

Un luxe ?

De toute évidence, tous les ménages n'ont pas la possibilité de s'accorder ce temps de pause. Pour Nadine, il s'agit d'un luxe qu'elle s'est autorisée. « Il faut savoir que les allocations durant cette période sont très minces, j'ai vécu pendant trois mois avec à peine plus de la moitié de mon salaire », calcule-t-elle. Avant de reprendre : « Le coût de la crèche en moins. Mon conseil pour les futures mamans : se préparer et épargner pour cette période-là ». Autre conseil que Nadine prodigue à ses comparses, celui de ne pas cumuler tous les congés d'une traite et s'en garder « sous le coude ». La mère de famille est particulièrement détendue à l'idée de cette réserve potentielle.  

Un avant et un après

Suite à ce break bénéfique, Nadine réalise où se placent ses priorités. « J'ai décidé de changer de rythme. En gros de prendre un mercredi après-midi par semaine. Les congés parentaux m'ont donné le goût de ces ruptures ». À chaque fois, tout s'est bien passé avec sa hiérarchie qui l'accompagne dans chacune de ses décisions. « Eux comme moi réalisent que trois ou quatre mois (maximum !), ce n'est pas si énorme hors de l'entreprise. Il ne faut pas s'en faire tout un monde.
Aux mamans qui nous lisent : ces quelques mois loin du travail sont rattrapables. En revanche, ceux passés loin de votre enfant, vous ne les récupérez jamais ! »

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Le congé parental est spécifiquement destiné à la conciliation des vies professionnelle et familiale. En effet, alors que les congés de maternité et de paternité sont destinés à la période qui entoure la naissance de l’enfant, le congé parental peut-être pris jusqu’aux 12 ans de l’enfant et ce, de manière fractionnée. Il est également important de rappeler que chaque parent a droit individuellement au congé parental. Libre au père comme à la mère de prendre, par exemple, une partie du congé immédiatement après la naissance de l’enfant et une autre lors de l’entrée à l’école maternelle.
De plus, ce congé peut être pris sous la forme d’une interruption à temps plein, à mi-temps ou d’une réduction de 1/5e temps de l’activité professionnelle.
Depuis 2012, le congé parental est de 4 mois pour une interruption « à temps plein », fractionnable en mois ; de 8 mois à mi-temps, fractionnables en périodes de 2 mois ; de 20 mois à 4/5e temps, fractionnables en périodes de 5 mois.
Lors du congé parental les allocations octroyées par l’Onem s’élèvent à :

  • 771,33 € bruts (693,20 € nets) pour une interruption complète
  • 385,66 € bruts (319,52 € nets) pour une interruption à mi-temps
  • 130,83 € bruts (108,40 € nets) pour une interruption de 1/5e temps

En bref

Le congé parental chez les hommes a plus que doublé: les hommes ne représentent encore que le quart des personnes en congé parental, mais ils n’étaient que 8 %, il y a dix ans encore. En 2012, on compte 14,3 hommes en congé parental pour 1 000 salariés. Deux tiers des bénéficiaires ont en effet choisi de prendre un jour de congé par semaine.
Le nombre de femmes qui bénéficient d'un congé parental depuis 2002 est multiplié par 2,6. Une femme pour 20 salariées en Belgique s'est octroyée ce break. En Flandre, le ratio de femmes à y avoir recours est seulement 3,1 fois plus important que les hommes. Il est de 4,3 fois en Wallonie et de 5,5 fois à Bruxelles. (Source : Onem)

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